Afghanistan: les talibans prennent une autre ville du nord et regardent vers Mazar-i-Sharif

AFP
<p>Des familles ayant fui les combats entre les talibans et les forces afghanes se sont réfugiées dans une école à Ghaziabad, dans la province afghane de Kunar, le 7 août 2021</p>

Les talibans se sont emparés lundi d'une nouvelle capitale provinciale dans le nord de l'Afghanistan et ont commencé à tourner leur regard sur Mazar-i-Sharif, la plus grande ville de cette partie du pays.

Après avoir conquis en quelques heures dimanche Kunduz, la grande ville du nord-est, Taloqan, 50 km à l'est, et Sar-e-Pul, 400 km plus à l'ouest, les talibans ont ajouté lundi Aibak à cette liste.

Ils sont désormais en possession de six des 34 capitales provinciales, après s'être emparés samedi de Sheberghan, fief du célèbre chef de guerre Abdul Rashid Dostom, à 50 km au nord de Sar-e-Pul, et vendredi de Zaranj, capitale de la lointaine province de Nimroz (sud-ouest), à la frontière avec l'Iran.

Aibak, ville de 120.000 habitants située à environ 100 km au sud-ouest de Kunduz, est tombée sans résistance. "Les talibans ont capturé la ville d'Aibak et la contrôlent complètement", a déclaré à l'AFP Sefatullah Samangani, le gouverneur adjoint de la province de Samangan, dont Aibak est la capitale.

"La nuit dernière, un ancien sénateur s'est rendu aux talibans" et lundi des notables ont demandé au gouverneur de retirer ses forces de la ville pour qu'elle soit épargnée par les combats, ce qu'il a accepté, a-t-il expliqué.

Des milliers de personnes ont fui le nord, et beaucoup sont arrivées à Kaboul lundi, après un voyage éprouvant de dix heures en voiture, au cours duquel elles ont dû franchir de nombreux postes de contrôle talibans.

"Ils frappent et pillent", a déclaré Rahima, qui campe maintenant avec des centaines de personnes dans un parc de la capitale après avoir fui la province de Sheberghan.

"S'il y a une jeune fille ou une veuve dans une famille, ils les prennent de force. Nous avons fui pour protéger notre honneur", a-t-elle ajouté.

Les talibans, qui avancent à un rythme effréné, contrôlent désormais cinq des neuf capitales provinciales du nord et des combats sont en cours dans les quatre autres.

Les insurgés ont déjà en vue leur prochain objectif et ont annoncé avoir attaqué Mazar-i-Sharif. Mais des habitants et officiels ont assuré qu'ils ne l'avaient pas encore atteinte.

- 'La dernière goutte de sang' -

<p>Des enfants déplacés par les combats contre les talibans sont réfugiés à Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, le 26 juin 2021, avant que la ville ne tombe finalement aux mains des insurgés, début août</p>

La police de la province de Balkh, dont Mazar-i-Sharif est la capitale, a affirmé que les combats les plus proches en étaient distants d'au moins 30 km. Elle a accusé les talibans de vouloir "créer de l'angoisse dans la population civile avec leur propagande".

"L'ennemi fait maintenant mouvement vers Mazar-i-Sharif, mais heureusement les ceintures de sécurité (autour de la ville) sont solides et l'ennemi a été repoussé", a affirmé Mirwais Stanikzai, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, dans un message aux médias.

Cité historique et carrefour commercial, Mazar-i-Sharif est le pilier sur lequel s'est toujours appuyé le gouvernement pour contrôler le nord du pays. Sa chute serait un coup extrêmement dur porté au pouvoir.

Mohammad Atta Noor, l'ex-gouverneur de la province de Balkh, homme fort depuis longtemps de Mazar-i-Sharif et du nord, a promis de résister "jusqu'à la dernière goutte de sang". "Je préfère mourir dans la dignité que mourir dans le désespoir", a-t-il tweeté.

Le nord de l'Afghanistan a toujours été considéré comme très opposé aux talibans. C'est là qu'ils avaient rencontré la résistance la plus acharnée lors de leur accession au pouvoir dans les années 1990.

Les talibans ont dirigé le pays entre 1996 et 2001, imposant leur version ultra-rigoriste de la loi islamique, avant d'être chassés du pouvoir par une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.

Kunduz est la plus belle prise jusqu'ici des talibans, qui ont lancé une large offensive début mai à la faveur du retrait des forces internationales.

Située à 300 km au nord de Kaboul, Kunduz, déjà conquise deux fois ces dernières années par les insurgés, en 2015 et 2016, est un carrefour stratégique entre l'Afghanistan et le Tadjikistan.

- Lourdes pertes civiles -

<p>Carte d'Afghanistan localisant Zaranj, Sheberghan, Kunduz et Sar-e-Pul, villes tombées aux mains des talibans</p>

"Nous avons tous fui la ville de Kunduz (dimanche). La plupart des gens fuyaient leur maison, à pied, en voiture ou à tricycle, vers les provinces voisines, ou vers Kaboul et Mazar-i-Sharif", a déclaré Rahmatullah, 28 ans, un habitant de Kunduz.

"La situation sécuritaire n'est pas bonne et nous avons fui pour sauver nos vies. C'est comme un film d'horreur. Ceux qui sont coincés dans la ville n'osent pas sortir de leurs maisons", a-t-il ajouté.

Si l'armée s'est révélée incapable d'enrayer leur offensive dans le nord, elle continuait à faire front à Kandahar et Lashkar Gah, deux fiefs historiques des insurgés dans le sud de l'Afghanistan, ainsi qu'à Hérat, dans l'ouest.

"Heureusement, la situation sécuritaire s'est améliorée dans les provinces de Kandahar, Lashkar Gah et Hérat (...) Le plan (de l'ennemi) de prendre ces villes a été neutralisé", a assuré M. Stanikzai.

Mais cette résistance se fait au prix de lourdes pertes civiles. Au moins 20 enfants ont été tués et 130 blessés ces trois derniers jours dans la seule province de Kandahar, a indiqué lundi l'Unicef.

A Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand, dans laquelle les talibans avaient pénétré en début de semaine dernière, les autorités ont affirmé avoir dégagé de vastes zones de l'est et du nord-est de la ville.

<p>Une patrouille des forces de sécurité afghanes au bord d'une route à Kunduz (nord), le 22 juin 2021</p>

"L'opération de nettoyage continue avec succès mais est lente, car les talibans ont pris position dans les maisons des civils", a assuré sur Twitter Fawad Aman, le porte-parole du ministère de la Défense.

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