Un prêtre tué par l'homme mis en cause dans l'incendie de la cathédrale de Nantes

Maxime MAMET, Alexandre HIELARD
<p>Un gendarme ramasse des fleurs à l'entrée de la communauté religieuse à Saint-Laurent-sur-Sevres, le 9 août 2021</p>

Un prêtre a été tué lundi en Vendée dans une communauté religieuse par un homme qui y était hébergé, le présumé incendiaire de la cathédrale de Nantes en juillet 2020, qui s'est lui-même rendu ensuite à la gendarmerie pour se dénoncer, a-t-on appris de sources policière et proches du dossier.

L'homme était sorti le 29 juillet d'une hospitalisation en psychiatrie où il avait été soigné pendant plus d'un mois, a indiqué lors d'un point presse le vice procureur de La-Roche-Sur-Yon, Yannick Le Goater.

Le magistrat a déclaré qu'une enquête était ouverte pour "homicide volontaire" et qu'en l'état, "aucun mobile lié à un motif terroriste" n'apparaissait dans cette affaire.

De source proche du dossier, on souligne que "le criminel était catholique. Loin du terroriste islamiste…" Le drame a été annoncé par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur Twitter, confirmant une information de Valeurs Actuelles.

<p>Carte localisant Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée</p>

"Tout mon soutien aux catholiques de notre pays après le dramatique assassinat d’un prêtre en Vendée", a tweeté le ministre, attendu en fin d'après-midi sur place, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, à une quinzaine de kilomètres au sud de Cholet et à une dizaine de km du parc du Puy-du-Fou.

Selon le compte-rendu du magistrat, le suspect s'est rendu en milieu de matinée à la brigade de gendarmerie de Mortagne-sur-Sèvre. Il a remis une clé aux gendarmes avec laquelle ceux-ci, après s'être déplacés dans la communauté religieuse, ont ouvert une porte et découvert le corps sans vie du religieux né en 1960. "Il a ajouté (aux gendarmes) qu'il fallait le mettre en prison", a indiqué le vice-procureur.

M. Le Goater a précisé que le suspect, Emmanuel Abayissenga, de nationalité rwandaise, avait été incarcéré du 20 juillet 2020 au 31 mai 2021, dans le cadre de l'enquête sur l'incendie de la cathédrale de Nantes, le 18 juillet 2020. Il avait ensuite été placé sous contrôle judiciaire, avec une obligation de résidence au sein de la communauté religieuse ainsi que l'obligation de pointer deux fois par mois à la gendarmerie.

Le 20 juin dernier, la "brigade (de gendarmerie) avait été sollicitée" par la victime, le père supérieur de la communauté, car le suspect "voulait quitter son hébergement" contraint, a précisé M. Le Goater.

Cette initiative de la victime, née et grandie à Besançon, selon ses proches, avait entraîné l'hospitalisation en soins psychiatriques du suspect.

Selon les premiers éléments, la victime est décédée après avoir reçu des coups, d'après une source policière. L'autopsie permettra de préciser les causes de la mort.

- "Tristesse et effroi" -

Le président Macron a "exprimé toute sa sympathie" à la communauté religieuse des Montfortains, tandis que Jean Castex a fait part de son "profond effroi" et sa "vive compassion", ont indiqué l'Elysée et Matignon à l'AFP.

La Conférence des évêques de France et la Conférence des religieux et religieuses de France ont aussi exprimé "leur immense tristesse et leur effroi" après "l'assassinat du Père Olivier Maire, Supérieur Provincial des Missionnaires Monfortains".

<p>L'évêque de Luçon Francois Jacolin le 14 mars 2021</p>

L'évêque de Luçon, Mgr François Jacolin, doit se rendre sur place et rencontrer le ministre de l'Intérieur.

Sur Twitter, le sénateur LR de la Vendée Bruno Retailleau a rendu hommage au religieux tué, évoquant "la bonté de ce prêtre" et "la profondeur de la foi".

"Compassion pour la communauté chrétienne dont le prêtre a été assassiné. Pourquoi le criminel, un incendiaire de cathédrale, n'était-il pas suivi de près pour son évident grave dérangement mental?", s'est interrogé dans un tweet Jean-Luc Mélenchon (LFI).

- Polémiques immédiates -

<p>La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul incendiée à Nantes le 18 juillet 2020</p>

Le drame a aussitôt fait l'objet de polémiques politiques, à huit mois de l'élection présidentielle.

La présidente de Rassemblement national Marine Le Pen, a réagi immédiatement sur Twitter, voyant dans cet assassinat la "faillite complète de l'Etat et de Gérald Darmanin" et dénonçant le fait que son auteur n'ait pas été expulsé près l'incendie de Nantes.

Le ministre de l'Intérieur a répliqué sans tarder sur Twitter: "Cet étranger n’était pas expulsable malgré son arrêté d’expulsion tant que son contrôle judiciaire n’était pas levé". Il a accusé Marine Le Pen de "polémiquer sans connaître les faits".

La dernière attaque mortelle visant un membre de l’Église catholique en France remonte au 29 octobre dernier, lorsqu'un Tunisien avait tué au couteau deux fidèles et le sacristain de la basilique de Nice.

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