Washington veut frapper le régime du Bélarus au portefeuille

Aurélia END
<p>Le président Joe Biden à la Maison Blanche le 30 juillet 2021</p>

Les Etats-Unis ont annoncé lundi une volée de sanctions contre des personnalités, entreprises et entités du Bélarus, faisant monter la pression sur le régime autoritaire d'Alexandre Loukachenko, selon un communiqué publié par la Maison Blanche.

Un an après l'élection qu'il juge "frauduleuse" du président du Bélarus, et qui a été suivie d'une vague de répression contre l'opposition bélarusse, Joe Biden a signé un décret qui durcit le régime de sanctions américaines en vigueur depuis 2006, en l'élargissant à plusieurs secteurs-clés de l'économie de ce pays frontalier de la Russie.

En plus d'une longue liste de responsables officiels, il s'agit de viser les sociétés et les hommes d'affaires qui fonctionnent comme des "portefeuilles" du régime, a précisé pour sa part la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, dans un communiqué distinct.

"Les actions du régime de Loukachenko sont une tentative illégale de garder le pouvoir à tout prix", a déclaré le président américain, ajoutant: "Nous sommes aux côtés du peuple bélarusse qui revendique courageusement la démocratie."

L'annonce américaine intervient peu après la conférence de presse annuelle du président bélarusse, qui a proclamé une fois de plus sa victoire lors d'un scrutin "totalement transparent" face à une opposition qui préparait un "coup d'Etat".

<p>Le président bélarusse Alexandre Loukachenko lors d'une conférence de presse à Minsk, le 9 août 2021</p>

Mettant directement en application ce nouveau décret présidentiel, le département américain du Trésor a détaillé une volée de sanctions contre des entreprises, personnalités et entités du Bélarus.

Il a identifié celles susceptibles à la fois de favoriser l'enrichissement presonnel du président bélarusse et de financer son régime, en échange de faveurs diverses (ristournes fiscales, monopoles sur certains marchés etc).

- Comité olympique -

Parmi elles, le Comité national olympique du Bélarus. L'institution est visée peu après que la sprinteuse Krystsina Tsimanouskaya a dit avoir été victime d'une tentative de rapatriement forcé des Jeux olympiques de Tokyo, pour avoir critiqué des responsables sportifs de son pays.

La jeune femme, qui dit craindre la prison, est désormais en Pologne, voisine du Bélarus et fervent soutien de l'opposition exilée.

En plus de ce scandale qui illustre "l'incapacité (de cette institution) à protéger les athlètes de la répression politique", les Etats-Unis accusent le Comité olympique bélarusse de "faciliter le blanchiment d'argent".

Washington va également sanctionner l'entreprise publique Belaruskali OAO, l'un des plus gros producteurs d'engrais à base de potasse du monde, "source d'enrichissement illégal du régime", précise la Maison Blanche.

<p>La sprinteuse bélarusse Krystsina Tsimanouskaya, à Tokyo, le 2 août 2021</p>

Sont aussi visés plusieurs hommes d'affaires de plusieurs secteurs (énergie, transports, BTP) et les entreprises qu'ils contrôlent.

Washington a également établi toute une liste de responsables des services de sécurité bélarusses et d'officiels impliqués selon les Etats-Unis dans le détournement en mai d'un vol Ryanair par le Bélarus.

Les Etats-Unis appellent Alexandre Loukachenko, entre autres, à "libérer immédiatement tous les prisonniers politiques" et à engager un "dialogue" avec l'opposition en vue d'organiser une élection présidentielle libre, faute de quoi, indique la Maison Blanche, "l'administration américaine continuera à faire usage" de son pouvoir de sanctions.

Ces sanctions américaines interviennent par ailleurs dans un moment de grande tension entre les Etats-Unis et la Russie de Vladimir Poutine, principal allié du président bélarusse.

- Répression -

<p>L'opposante bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa, lors d'une interview avec l'AFP, à Washington, le 28 juillet 2021</p>

Joe Biden avait reçu le 28 juillet à la Maison Blanche l'opposante bélarusse en exil Svetlana Tikhanovskaïa, une marque appuyée de soutien à celle qui affirme avoir remporté la présidentielle de 2020.

Le président du Bélarus exerce depuis cette élection une répression qui va crescendo contre toute forme d'opposition politique et de critique émanant de la société civile.

La semaine écoulée a par exemple été marquée par l'ouverture du procès d'une des grandes figures de la contestation en 2020, Maria Kolesnikova, et par la mort suspecte du militant Vitali Chychov, retrouvé pendu en Ukraine.

Le président bélarusse a démenti lundi toute implication dans ce décès, en lançant lors de sa conférence de presse annuelle: "Chychov, mais c'est qui pour moi ou pour le Bélarus? (...) C'est personne pour nous, qui serait allé le pendre?".

Ces affaires viennent après des mois d'arrestations massives, exils forcés d'opposants et liquidation de nombre d'ONG et médias indépendants.

Le régime bélarusse est aussi accusé d'avoir détourné en mai un vol commercial en prétextant une alerte à la bombe, afin d'arrêter le dissident et journaliste Roman Protassevitch qui se trouvait à bord.

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