Suède: ouverture du procès d'un Iranien accusé d'exécutions de masse en Iran en 1988

AFP
<p>Des milliers de photos de personnes tuées en Iran lors d'exécutions de masse en 1988 et lors de manifestations anti-régime plus récentes, à Washington le 4 septembre 2020</p>

Un procès qui restera dans les annales: un ancien responsable iranien, accusé d'être impliqué dans des exécutions de masse d'opposants ordonnées par l'ayatollah Khomeini pendant l'été 1988, doit être jugé à partir de mardi en Suède, une première dans ce dossier très sensible.

Hamid Noury, 60 ans, a été arrêté en novembre 2019 à l'aéroport international de Stockholm-Arlanda à l'occasion d'une visite en Suède. Il se trouve depuis en détention provisoire.

Selon le parquet suédois, M. Noury a, entre le 30 juillet et le 16 août 1988, "intentionnellement ôté la vie à un très grand nombre de prisonniers sympathisants ou appartenant aux Moudjahidine du peuple" visés par un ordre d'exécution de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique d'Iran, après les attaques commises par le mouvement contre le régime à la fin de la guerre entre l'Iran et l'Irak (1980-88).

Son procès doit s'ouvrir à 09H15 (07h15 GMT) devant le tribunal de Stockholm. Trois journées d'audience sont prévues cette semaine pour ce procès fleuve hors normes qui doit durer jusqu'en avril 2022 et durant lequel des dizaines de témoins seront appelés à la barre.

L'accusé, qui occupait à l'époque des fonctions d'assistant auprès de l'adjoint au procureur à la prison iranienne de Gohardasht à Karaj, comparaît notamment pour "crimes de guerre" et "meurtres", en vertu de la compétence universelle de la justice suédoise pour ces chefs.

Selon Anna Wester, du tribunal de Stockholm, ce procès d'envergure internationale constitue une première dans l'histoire des deux pays.

L'affaire est très sensible en Iran, des militants accusant des responsables aujourd'hui au gouvernement d'y avoir joué un rôle: comme Ebrahim Raïssi, nouveau président de la République islamique accusé par Amnesty International d'avoir été membre d'une "Commission de la mort", à l'origine des exécutions.

Interrogé en 2018 et en 2020 sur ces exécutions, M. Raïssi a nié y avoir été impliqué mais a rendu "hommage" à l'"ordre" donné selon lui par l'ayatollah Khomeini de procéder à cette épuration.

- Trentaine de plaintes -

Des ONG de défense des droits humains font campagne depuis des années pour que justice soit rendue sur ce qu'elles considèrent être l'exécution extrajudiciaire de milliers d'Iraniens, en majorité jeunes, à travers l'Iran, au moment où s'achevait la guerre irano-irakienne.

Durant la même période, Hamid Noury est également soupçonné d'avoir participé à l'exécution d'autres prisonniers sur la base de leur idéologie ou de leur croyance, considérés comme opposés à "l'Etat théocratique iranien", selon le parquet.

Aujourd'hui visé par une trentaine de plaintes de parties civiles --des victimes, des témoins ou des proches des victimes--, l'accusé "nie toute accusation d'implication dans les exécutions présumées de 1988", selon son avocat Thomas Söderqvist.

Iraj Mesdaghi, ancien prisonnier de Gohardasht à l'origine de l'arrivée d'Hamid Noury en Suède, a expliqué à l'AFP l'avoir appâté en lui promettant un voyage en "croisière de luxe" dans le nord de l'Europe.

"J'ai reçu une lettre de la part de l'ex-mari de sa fille. Il me disait qu'il pouvait m'aider à l'arrêter, en regagnant sa confiance", explique à l'AFP ce témoin clef dans cette affaire très sensible, après avoir constitué un dossier de "plusieurs milliers pages" à Londres puis à Stockholm.

Hamid Noury a cru qu'il allait rencontrer sa petite-fille, qui se trouvait en Suède, et faire un séjour de luxe dans plusieurs pays d'Europe mais à son arrivée sur le sol suédois, il a été arrêté.

"C'est la première fois qu'un bourreau doit répondre de ses actes devant la justice d'un autre Etat", se félicite aujourd'hui Iraj Mesdaghi.

Début mai, plus de 150 personnalités, dont des lauréats du prix Nobel, d'ex-chefs d'Etat ou de gouvernement et d'anciens responsables de l'ONU, avaient réclamé une enquête internationale sur ces exécutions de 1988.

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