Grèce : accalmie sur le front des incendies d'Eubée, inquiétude dans le Péloponnèse

Alexandros KOTTIS et Yannick PASQUET à Athènes
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Près de 900 pompiers grecs et étrangers semblaient mercredi "prendre lentement le contrôle" de l'incendie qui ravage depuis neuf jours l'île grecque d'Eubée et redoublaient d'efforts pour venir à bout d'un feu préoccupant dans la péninsule du Péloponnèse.

"Hier nous avons vu le soleil pour la première fois depuis des jours", a assuré Yiannis Kontzias, le maire de la ville d'Istiaia, sur l'île d'Eubée, menacée par le brasier pendant des jours.

"Je pense que nous pouvons dire" que nous sommes "en train de prendre lentement le contrôle sur le front des incendies" d'Eubée, a-t-il déclaré à la télévision publique ERT.

En revanche, la situation dans une partie de la péninsule du Péloponnèse, qui abrite des forêts épaisses et de profonds ravins, suscitait l'inquiétude.

Selon Christos Lambropoulos, gouverneur adjoint de la région d'Arcadie en partie embrasée, les secours concentrent leurs efforts pour éviter que le feu n'atteigne le mont Ménale, surmonté d'une épaisse forêt.

- Villages évacués -

Dans la région de Gortynie, une vingtaine de villages ont été évacués devant l'avancée des flammes.

Dans l'ensemble de la région, près de 580 pompiers, dont 139 Français, bataillaient jour et nuit contre le feu, équipés de 181 véhicules.

Devant l'ampleur de la catastrophe qui a débuté le 27 juillet, de nombreux pays, notamment européens, ont envoyé plus de 1.200 renforts, des véhicules et du matériel.

L'Allemagne a ainsi déployé 220 pompiers en Grèce.

Trois personnes ont trouvé la mort dans ces violents incendies qui ont ravagé plus de 90.000 hectares depuis le 29 juillet, selon le Système européen d'information sur les feux de forêts (EFFIS), et entraîné la fuite de milliers d'habitants de plusieurs régions.

En seulement huit jours, 586 feux ont été dénombrés en Grèce, attisés par la pire canicule en trois décennies dans un pays méditerranéen pourtant coutumier des fortes chaleurs estivales, selon le vice-ministre de la Protection civile Nikos Hardalias.

Le bilan environnemental est catastrophique. A Eubée, "l'éco-système dans son intégralité est détruit", s'est alarmé un responsable de la Croix-Rouge, Dimitris Haliotis.

Des sapeurs-pompiers français, déployés en Grèce, ont également témoigné des immenses dégâts causés à la nature.

"Quand on est arrivés (...) on avait l'impression que c'est la Grèce entière qui brûlait", a témoigné auprès de l'AFP Nicolas Faure tandis que le colonel Frédéric Gosse déplorait le "cocktail maudit" qui a provoqué ces incendies: "des températures bien supérieures à 40 degrés, plusieurs mois sans pluie et des vents violents".

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Les experts relient sans équivoque cette vague caniculaire au changement climatique. Un rapport préliminaire de l'ONU, auquel l'AFP a eu accès, qualifie le pourtour méditerranéen de "point chaud du changement climatique".

Face à cette "catastrophe naturelle aux proportions sans précédent", le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a annoncé le déblocage d'aides de 500 millions d'euros.

- Colère -

Cela n'empêchait pas la colère de responsables politiques et d'habitants, qui se sentent abandonnés à leur sort, d'enfler.

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Des voix s'élèvent pour demander la démission de hauts fonctionnaires responsables des secours qui, en juin, assuraient encore que le pays était bien préparé à un tel fléau.

Kyriakos Mitsotakis a même demandé pardon aux Grecs pour les "possibles erreurs" commises alors que s'est engagé un vaste mouvement de solidarité de la population avec la collecte de vêtements et l'envoi de vivres aux victimes.

Outre la destruction de centaines d'habitations et un coup dur aux forêts grecques, l'économie d'Eubée est sinistrée.

"Nous avons perdu le mois d'août, qui aurait soutenu les gens pour l'année à venir", s'est alarmé le maire Yiannis Kontzias.

Le président de la fédération locale des hôteliers, Theodoros Roumeliotis, a déploré une chute vertigineuse de 90% des réservations dans la station balnéaire d'Aidipsos qui fait d'ordinaire le plein en cette période.

Dans un secteur déjà lourdement affecté par la pandémie de Covid-19, "c'est une perte colossale", a-t-il confié à l'AFP.

Effondrés et impuissants, les habitants ne pouvaient quant à eux que constater l'ampleur des destructions.

"J’ai fui pour me sauver", raconte Rita, 65 ans, dans sa voiture remplie de sacs. Sa maison dans le hameau de Kastri a partiellement brûlé. "La vie était ici. Je n’ai plus de larmes", se désole la retraitée.

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