Afghanistan: les talibans prennent Ghazni et se rapprochent de Kaboul

David FOX
<p>Un drapeau taliban flotte sur un kiosque de la place principale de Pul-e-Khumri, en Afghanistan, le 11 août 2021</p>

Les talibans ont pris jeudi la ville stratégique de Ghazni, à 150 km au sud-ouest de Kaboul, et se rapprochent dangereusement de la capitale de l'Afghanistan après s'être emparés en quelques jours de l'essentiel de la moitié nord du pays.

Le gouvernement a reconnu que Ghazni était tombée, mais assuré que des combats y étaient toujours en cours. "L'ennemi a pris le contrôle de Ghazni (...) Il y a des combats et de la résistance (de la part des forces de sécurité)", a affirmé Mirwais Stanikzai, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, dans un message WhatsApp aux médias.

Ghazni est la capitale provinciale la plus proche de Kaboul conquise par les insurgés depuis qu'ils ont lancé leur offensive en mai, à la faveur du début du retrait des forces étrangères, qui doit être achevé d'ici la fin août.

Les talibans ont avancé à un rythme effréné ces derniers jours. En une semaine, ils ont pris le contrôle de 10 des 34 capitales provinciales afghanes, dont sept situées dans le nord du pays, une région qui leur avait pourtant toujours résisté par le passé.

Ils ont aussi encerclé Mazar-i-Sharif, la plus grande ville du nord, où le président afghan, Ashraf Ghani, s'est rendu mercredi pour tenter de remobiliser l'armée et les milices favorables au pouvoir.

Mardi soir, les talibans avaient conquis Pul-e-Khumri, capitale de la province de Baghlan, à 200 km au nord de Kaboul. Ils se rapprochent ainsi donc de la capitale à la fois par le nord et par le sud.

Ghazni, qui était déjà tombée brièvement en 2018, est la plus importante prise des talibans jusqu'ici avec Kunduz, carrefour stratégique du nord-est, entre Kaboul, à 300 km au sud, et le Tadjikistan.

- Verrou vers le sud -

Même si les talibans étaient déjà présents depuis longtemps dans les provinces de Wardak et Logar, à quelques dizaines de kilomètres de Kaboul, la chute de Ghazni est un signal très inquiétant pour la capitale.

<p>Carte de l'Afghanistan localisant les villes prises par les talibans, au 12 août</p>

Cette ville est aussi un verrou important sur l'axe majeur reliant Kaboul à Kandahar, la deuxième plus grande ville afghane, au sud. Sa prise permet aux insurgés de couper les lignes de ravitaillement terrestres de l'armée vers le sud.

Cela va encore accentuer la pression sur l'armée de l'Air afghane, qui doit bombarder les positions talibanes et acheminer du matériel et des renforts, là où ils ne peuvent pas venir par la route.

Kandahar, capitale de la province du même nom, et Lashkar Gah, capitale du Helmand voisin, sont assiégées depuis des mois par les talibans, dont ce sont deux fiefs traditionnels. De violents combats les y opposent aux forces de sécurité depuis plusieurs jours.

Mercredi, les talibans ont annoncé sur Twitter avoir pris la prison de Kandahar, située dans la banlieue, pour en libérer "des centaines de prisonniers", comme ils le font à chaque fois qu'ils pénètrent dans une nouvelle ville.

A Lashkar Gah, l'armée a lancé le 4 août une contre-attaque pour tenter d'en déloger les talibans qui s'étaient infiltrés en ville. La cité est soumise aux bombardements de l'armée afghane et les combats y sont meurtriers, notamment pour les civils.

- Crise humanitaire -

Les combats dans tout le pays ont un fort impact sur la population civile. Au moins 183 civils ont été tués, dont des enfants, en un mois à Lashkar Gah, Kandahar, Hérat (ouest) et Kunduz, et au moins 359.000 personnes ont été déplacées en 2021 par les violences, selon l'ONU.

<p>Des Afghanes sur une route à Ghazni, le 3 juin 2021</p>

Nombre de civils ont afflué ces derniers jours à Kaboul, où une grave crise humanitaire menace. Encore traumatisés pour certains par les atrocités commises sous leurs yeux par les talibans, ils tentent de survivre dans les camps de réfugiés de la capitale, dans le dénuement le plus complet.

Les forces internationales doivent avoir quitté l'Afghanistan d'ici le 31 août, vingt ans après leur intervention pour chasser les talibans du pouvoir, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Washington n'a pas caché son exaspération ces derniers jours face à la faiblesse de l'armée afghane, que les Américains forment, financent et équipent depuis des années.

"Nous voyons une détérioration de la situation sécuritaire, nous avons été absolument sincères là-dessus", a déclaré mercredi à la presse John Kirby, le porte-parole du Pentagone.

Mais, a-t-il souligné, "il y a (aussi) des endroits et des moments, comme aujourd'hui, où les forces afghanes sur le terrain se battent" réellement.

A Doha, au Qatar, l'émissaire américain, Zalmay Khalilzad, a rencontré ces deux derniers jours des dirigeants talibans pour essayer de relancer un processus de paix avec le gouvernement afghan au point mort.

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