L'Algérie, endeuillée, toujours en guerre contre les incendies ravageurs

Yacine BENRABIA avec Abdelhafid DAAMACHE à Alger
<p>Un village de Kabylie, dans le nord de l'Algérie, menacé par les flammes, le 11 août 2021</p>

Les pompiers et volontaires, qui bénéficient d'un début d'aide internationale, luttent sans relâche contre les flammes qui ravagent le nord de l'Algérie, au premier jour du deuil national décrété pour honorer les 71 personnes mortes dans ces incendies avivés par la chaleur extrême.

En soirée, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé, dans un bref discours télévisé, l'arrestation de 22 suspects accusés d'être des pyromanes", dont 11 à Tizi Ouzou, grande ville de Kabylie, région berbérophone du nord-est de l'Algérie, traditionnellement frondeuse à l'encontre du pouvoir central.

M. Tebboune a accusé sans les nommer les indépendantistes kabyles de vouloir exploiter la catastrophe pour diviser le pays. Selon le chef de l'Etat, la majorité des incendies sont "d'origine criminelle".

Le pays le plus étendu du Maghreb est toujours en proie à de multiples incendies dévastateurs, qui ont déjà coûté la vie à 43 civils et 28 militaires, selon un dernier bilan.

Végétation calcinée, bétail agonisant et villages assiégés: les feux ont en outre semé la désolation sur leur passage en Kabylie, une région du nord-est de l'Algérie.

Dans un communiqué, la protection civile a fait état jeudi de "92 incendies dans 16 wilayas (préfectures) dont 37 à Tizi Ouzou et 15 à El Tarf", près de la frontière tunisienne.

A la préfecture de Tizi Ouzou, zone qui a enregistré le plus de pertes humaines, des images prises par un photographe de l'AFP montrent à perte de vue des secteurs entiers de forêt partis en fumée.

Alors qu'ils avaient dû évacuer leur domicile pour fuir les flammes, des villageois ont commencé à regagner leurs villages. Ils constatent alors, dévastés, l'ampleur des dégâts.

L'un d'eux raconte à l'AFP avoir tout perdu: "il ne me reste plus rien. Mon atelier, ma voiture, mon appartement".

Mais cet homme à "réussi à sauver sa famille", alors que "des voisins sont morts ou ont perdu leurs proches", se console-t-il, comme il peut.

- Deuil national -

Face au drame, l'Algérie observe à partir de ce jeudi un deuil national de trois jours et les drapeaux ont été mis en berne à Alger.

<p>Les drapeaux algériens mis en berne lors du premier des trois jours de deuil national décrété face aux incendies meurtriers en Kabylie, le 12 août 2021</p>

Au quatrième jour de ces incendies, les efforts pour venir à bout des feux se poursuivent sans relâche.

Avec des moyens souvent limités, pompiers, militaires et volontaires tentent toujours de maîtriser les flammes. Ils sont soutenus par deux bombardiers d'eau envoyés par la France qui sont arrivés jeudi, a indiqué dans un tweet le président français Emmanuel Macron.

Dans son allocution télévisée, le président Tebboune a promis que deux autres Canadairs devaient arriver d'Espagne et un autre de Suisse.

<p>Carte du nord de l'Algérie, localisant la Kabylie, où des incendies sont en cours</p>

Devant l'ampleur de la catastrophe, les appels à l'aide se multiplient dans la société civile, en Algérie et au-delà.

Des ONG s'activent en France -- où les liens humains avec la rive sud de la Méditerranée sont nombreux -- pour envoyer du matériel aux zones sinistrées par l'intermédiaire d'organisations locales.

Dans le pays même, "particuliers et associations se mobilisent, sans relâche, en organisant des collectes de vêtements, de denrées alimentaires, de médicaments", écrit le site d'information TSA.

"Que Dieu les bénisse, parce qu'on est épuisés (...) On n'avait plus d'électricité et des gens ont apporté des groupes électrogènes d'un peu partout", a confié à Berbère TV Djaffar, un habitant du village d'Agoulmim, en Kabylie.

<p>Un homme constate les ravages engendrés par les flammes dans sa boutique, le 11 août 2021 dans la région de Tizi-Ouzou, en Kabylie</p>

"Les flammes ont dévoré le village, elles étaient très hautes, elles ont tout rasé (…) Subitement c'est devenu comme un volcan", a-t-il ajouté.

- Diaspora mobilisée -

Alors que l'Algérie fait face à une vague de chaleur extrême, les vents compliquent la tâche des secouristes.

<p>Un hélicoptère de l'armée algérienne lutte contre les flammes dans la région de Kabylie, le 11 août 2021</p>

La justice a en outre ordonné l'ouverture d'une enquête sur les circonstances de la mort d'un homme, accusé d'être un pyromane par une foule qui l'a immolé.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent "une foule en colère" battant "à mort" un homme après l'avoir accusé de pyromanie, a dénoncé l'ONG Amnesty International.

Face à la double catastrophe des feux de forêts et de la pandémie du Covid-19, la diaspora algérienne de France s'est retrouvée en première ligne pour organiser la collecte et l'acheminement de l'aide d'urgence, une mobilisation massive de la société civile qui supplée partiellement les carences de l'Etat.

Chaque année, le nord de l'Algérie est touché par des feux de forêt. En 2020, près de 44.000 hectares de taillis sont partis en fumée.

Mais ce phénomène s'amplifie tandis que les incendies se multiplient sur la planète.

<p>Des pompiers et civils luttent contre les flammes qui attaquent un bâtiment de la région de Tizi-Ouzou, près d'Alger, le 11 août 2021</p>

Une vague de chaleur extrême doit se poursuivre jusqu'en fin de semaine au Maghreb selon différents services météorologiques. Mercredi, la Tunisie a enregistré un record absolu avec une température de plus de 50 degrés (50,3 C) à Kairouan (centre). Une trentaine d'incendies ont été enregistrés depuis lundi dans ce pays.

Sur la rive nord de la Méditerranée, la Grèce et la Turquie ont été les pays les plus touchés ces deux dernières semaines.

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