Les Américains renvoient des milliers de soldats en Afghanistan en pleine offensive des talibans

AFP
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Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé jeudi l'envoi de milliers de soldats à Kaboul pour évacuer diplomates ou ressortissants face à l'avancée rapide des talibans qui se sont rapprochés de la capitale afghane et ont pris Hérat, la troisième ville d'Afghanistan.

En raison de "l'accélération des offensives militaires des talibans" et de "la hausse de la violence et de l'instabilité qui en résulte à travers l'Afghanistan", Washington a décidé de "réduire encore davantage" sa "présence diplomatique" à Kaboul "dans les prochaines semaines", a annoncé le porte-parole du département d'Etat Ned Price.

Pour sécuriser et mener à bien cette évacuation de diplomates américains, le Pentagone va déployer 3.000 soldats à l'aéroport international de la capitale afghane, a précisé son porte-parole John Kirby. Un millier d'autres seront envoyés au Qatar en soutien technique et logistique, tandis que 3.500 à 4.000 vont être prépositionnés au Koweït pour faire face à une éventuelle dégradation de la situation.

En tout, ce sont donc près de 8.000 militaires américains qui sont remobilisés, et ce en plein retrait total d'Afghanistan des troupes des Etats-Unis et de la coalition internationale, qui doit prendre fin le 31 août au plus tard.

"Il ne s'agit pas d'un réengagement militaire dans le conflit en Afghanistan", a assuré la diplomatie américaine, tandis que le Pentagone a également affirmé qu'il n'utiliserait pas l'aéroport de Kaboul pour des frappes contre les talibans.

- Avertissement européen -

Londres a parallèlement annoncé le redéploiement de 600 militaires pour aider les ressortissants britanniques à quitter l'Afghanistan.

Ces évacuations interviennent alors que les talibans, sourds aux avertissements diplomatiques des Etats-Unis et de la communauté internationale, continuent d'avancer à un rythme effréné.

Trois jours de réunions entre les principaux acteurs sur le sort de l'Afghanistan à Doha se sont achevés jeudi sans avancée significative. Dans une déclaration commune, les Etats-Unis, le Pakistan, l'Union européenne et la Chine ont affirmé qu'ils ne reconnaîtraient aucun gouvernement en Afghanistan "imposé par la force".

Bruxelles a réitéré cet appel, menaçant les talibans d'un "isolement" international.

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Mais le gouvernement afghan a désormais perdu le contrôle de la plupart des territoires du nord, du sud, et de l'ouest de l'Afghanistan, et lutte pour maintenir sa présence à Kandahar, deuxième plus grande ville du pays, assiégée et ravagée par les combats.

A Hérat, dans l'ouest afghan, située à 150 km de la frontière iranienne et capitale de la province du même nom, les insurgés "ont tout pris", a indiqué à l'AFP un haut responsable des forces de sécurité sur place, précisant que les forces afghanes avaient battu en retraite "pour empêcher plus de dommages dans la ville" et se retiraient vers une base militaire située à Guzara, un district voisin.

Les talibans "ont hissé leurs drapeaux partout dans la ville", a raconté à l'AFP Masoom Jan, un habitant, précisant que les gens avaient "été pris par surprise". "Nous avons vraiment peur, nous sommes pris au piège, nous ne pouvons même pas quitter la ville en pleine nuit", a-t-il ajouté.

Les talibans avaient hissé leur drapeau au-dessus du siège de la police de Hérat en fin de journée, a rapporté un correspondant de l'AFP, précisant qu'ils n'avaient rencontré aucune résistance.

Zabihullah Mujahid, un porte-parole des talibans, a confirmé la prise de la ville sur Twitter, affirmant que des soldats avaient "abandonné les armes et rejoint" le groupe.

"Des dizaines de véhicules militaires, armes et munitions" sont "tombés dans les mains" des talibans, a-t-il ajouté.

- "Résistance" -

Plus tôt dans la journée, le gouvernement a reconnu la chute de Ghazni, à 150 km au sud-ouest de Kaboul, ce qui rapproche les talibans de la capitale. "L'ennemi a pris le contrôle de Ghazni (...) Il y a des combats et de la résistance" de la part des forces de sécurité, a affirmé Mirwais Stanikzai, porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Ghazni est la capitale provinciale la plus proche de Kaboul conquise par les insurgés depuis qu'ils ont lancé leur offensive en mai, à la faveur du début du retrait des forces étrangères.

Selon une source sécuritaire, Qala-e-Naw, capitale de la province de Badghis, voisine de Hérat, a également été prise.

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Face à la dégradation de la situation militaire, Kaboul a proposé "aux talibans de partager le pouvoir en échange d'un arrêt de la violence dans le pays", a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un négociateur du gouvernement aux pourparlers de paix à Doha.

Le président afghan, Ashraf Ghani, avait toujours rejeté jusqu'ici les appels à la formation d'un gouvernement intérimaire non élu comprenant les talibans. Mais son revirement risque d'être bien tardif, les insurgés n'ayant montré aucun signe, depuis l'ouverture des négociations de paix en septembre 2020, qu'ils étaient prêts à un compromis.

Ils y seront sans doute encore moins enclins après avoir avancé à un rythme effréné ces derniers jours. En une semaine, ils ont pris le contrôle de 12 des 34 capitales provinciales afghanes.

D'autres capitales provinciales semblent également près de tomber, comme Lashkar Gah, province voisine de Kandahar.

Selon une source sécuritaire, l'armée pourrait évacuer la ville dans la nuit.

Mardi soir, les talibans avaient conquis Pul-e-Khumri, capitale de la province de Baghlan, à 200 km au nord de Kaboul. Ils se rapprochent ainsi donc de la capitale à la fois par le nord et par le sud.

Les combats dans tout le pays ont un fort impact sur la population civile. Au moins 183 civils ont été tués, dont des enfants, en un mois à Lashkar Gah, Kandahar, Hérat et Kunduz.

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Nombre de civils ont afflué ces derniers jours à Kaboul, où une grave crise humanitaire menace. Ils tentent désormais de survivre dans des parcs ou sur des terrains vagues, dans le dénuement le plus complet.

Les forces internationales doivent avoir quitté l'Afghanistan d'ici le 31 août, vingt ans après leur intervention pour chasser les talibans du pouvoir, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

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