Afghanistan: "le Lion d'Hérat" s'est rendu aux talibans

AFP
<p>"le Lion d'Hérat", le seigneur de guerre afghan Ismail Khan, le 9 juillet 2021 à Hérat</p>

Il y a un mois, "le Lion d'Hérat", Ismail Khan, un des seigneurs de guerre les plus célèbres d'Afghanistan, promettait de défendre sa terre contre les talibans, appelant la population à se joindre au combat. Mais Hérat a fini par tomber et son chef par se rendre aux insurgés.

Ismail Khan, un seigneur de guerre de 75 ans, a tenu pendant des décennies le pouvoir à Hérat, dans l'ouest de l'Afghanistan, la troisième plus grande ville du pays, dont la valeur stratégique réside surtout dans sa proximité avec l'Iran.

Son sort est resté quelques heures incertain après la prise jeudi d'Hérat, qui était encerclée depuis plusieurs jours par les talibans.

Puis ceux-ci ont affirmé qu'Ismail Khan s'était rendu avec ses hommes et que sa sécurité était assurée. Jamal Naser Habibi, son porte-parole, a confirmé qu'un accord avait été trouvé et qu'il serait "renvoyé vers sa résidence".

<p>Des miliciens afghans, appuyant les forces de sécurité afghanes contre les talibans, rassemblés devant la maison du seigneur de guerre Ismaïl Khan, le 9 juillet 2021 à Hérat</p>

Les talibans ont aussi publié une vidéo du vieux chef de guerre. "Ils devraient bien traiter les gens et les gens devraient avoir de bons sentiments à leur égard, pour qu'ils mènent ensemble une vie prospère", y dit-il.

"Nous espérons que tous nos frères créeront une atmosphère pacifique et en finiront avec ces combats, et que la paix et la stabilité seront rétablies en Afghanistan", ajoute-t-il.

Quelques heures après la chute d'Hérat, un groupe d'insurgés avait décroché le drapeau afghan qui flottait au-dessus d'un poste de police. Certains s'étaient perchés sur le capot d'un Humvee, véhicule militaire abandonné par les troupes gouvernementales. L'un d'entre eux, lance-roquette sur l'épaule, esquissait un sourire devant une caméra.

<p>Des combattants talibans dans une rue de Hérat après la prise de la ville, le 12 août 2021 en Afghanistan</p>

Autour, la circulation des voitures et des bicyclettes semblait en apparence normale. Le drapeau blanc des talibans ondoyait au bout d'une perche fixée sur une moto.

- Caractère insoumis -

Comme dans d'autres villes tombées aux mains des talibans cette semaine, les autorités disent avoir renoncé pour éviter un bain de sang aux civils.

<p>Des combattants talibans à Hérat, le 13 août 2021 en Afghanistan</p>

Les insurgés "ont tout pris", a indiqué à l'AFP un haut responsable des forces de sécurité sur place, précisant que les forces afghanes avaient battu en retraite "pour empêcher plus de dommages dans la ville" et se retiraient vers une base militaire située à Guzara, un district voisin.

L'immense milice d'Ismail Khan avait remporté une série de succès contre les talibans lorsque ces islamistes radicaux sont arrivés au pouvoir dans les années 1990. Mais il avait ensuite été contraint de fuir en Iran avec des milliers d'hommes en 1995 après la défection d'un de ses alliés.

Le guerrier avait été capturé deux ans plus tard par les talibans alors qu'il revenait pour organiser un soulèvement. Il était parvenu à s'évader de sa prison en 1999 et jouissait encore de sa liberté lorsque les forces américaines ont occupé le pays en 2001.

Le mois dernier, le vieux "Lion" semblait n'avoir rien perdu de son caractère insoumis, déclarant à la presse: "Nous serons bientôt en première ligne et, avec l'aide de Dieu, nous changerons la situation".

"Nous espérons que les hommes et les femmes de Hérat font le choix en ce moment de soutenir le front de la résistance pour défendre leur liberté et sauver leur honneur", avait-il lancé.

<p>Carte de l'Afghanistan localisant les villes prises par les talibans, au 13 août</p>

Imputant au gouvernement la responsabilité de la détérioration rapide de la situation, il avait exhorté les militaires à faire preuve d'une plus grande fermeté et "toutes les forces de sécurité actuelles à résister avec courage".

Les talibans, qui enchaînent les conquêtes-clés, se sont aussi emparés dans la nuit de la deuxième ville d'Afghanistan, Kandahar, et sont encore rapprochés vendredi de Kaboul. Ils contrôlent désormais l'essentiel du nord, de l'ouest et du sud du pays.

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