Après la chute d'Herat, des soldats afghans amnistiés par les talibans

AFP
<p>Un taliban dans une rue d'Herat, le 14 août 2021</p>

Des milliers de soldats afghans ont envahi le bureau du gouverneur de la ville d'Herat dans l'ouest du pays à la recherche des talibans, non pas pour les combattre mais pour leur demander une lettre d'amnistie.

Herat, la troisième ville du pays, est tombée jeudi aux mains des talibans qui sont désormais aux portes de Kaboul, la capitale afghane.

Ismail Khan, 75 ans, un des seigneurs de guerre les plus connus d'Afghanistan, s'est rendu aux talibans, après la chute d'Hérat, dont il était le maître incontesté depuis des décennies. Les insurgés ont promis d'assurer sa sécurité.

Alors que les craintes de représailles violentes grandissent à mesure que les talibans se rapprochent d'une prise de contrôle complète du pays, les soldats afghans à Herat - presque tous en civil - se sont rassemblés pour tenter d'obtenir une lettre d'amnistie auprès des nouveaux maîtres de la ville.

À l'intérieur du bureau de l'ancien gouverneur d'Herat, des talibans assis sur des canapés – certains caressant des fusils militaires américains – notent des noms et examinent des listes étalées sur une table basse en verre.

Sur du papier à en-tête des talibans, ils écrivent des notes d'amnistie - certaines valables pour une longue durée, d'autres quelques jours seulement.

Un soldat afghan présent dans l'enceinte raconte à l'AFP que son unité a été encerclée par les talibans avant la chute de la ville. Maintenant, dit-il, il veut juste être en sécurité.

- "Quitter la ville" -

"Je suis venu ici pour avoir une lettre d'amnistie afin que je puisse quitter la ville", déclare Ahmed Shahidi. "Jusqu'à ce que je puisse trouver un endroit pour être en sécurité à l'avenir".

<p>Des talibans patrouillent dans les rues d'Herat, le 14 août 2021</p>

Un responsable des talibans, Najeebullah Karokhi, a affirmé que 3.000 personnes avaient jusqu'à présent obtenu une amnistie.

"Ceux qui viennent d'autres provinces auront une lettre d'amnistie temporaire de trois jours afin qu'ils puissent se rendre dans leur province d'origine, où ils doivent obtenir une autre lettre d'amnistie valable à long terme de nos fonctionnaires", a-t-il déclaré.

Dans la partie ombragée d'une cour du bâtiment, des centaines de personnes assises attendent patiemment tandis qu'un homme tenant des bordereaux d'amnistie crie des noms, un par un pour qu'ils soient récupérés.

Le processus bureaucratique des talibans semble s'être installé dans la banalité, après la vitesse de leurs conquêtes à travers l'Afghanistan.

Il y a quelques semaines à peine, Ismail Khan, provocant et en colère – qui dirigeait Herat comme son fief – avait juré de défendre la ville avec sa milice et avait appelé les forces gouvernementales à faire preuve de plus de détermination.

<p>Des talibans devant l'entrée du bureau du gouverneur à Herat, le 14 août 2021</p>

Mais les défenses de la ville se sont apparemment évaporées du jour au lendemain, les troupes se sont retirées dans une base à l'extérieur de la ville, et Khan a été capturé par les talibans.

Le porte-parole du chef de guerre a déclaré que ce dernier a été autorisé à retourner dans sa résidence à la suite de pourparlers avec les talibans, sans toutefois dévoiler leur teneur.

"Nous avons dû quitter la ville afin d'éviter de nouvelles destructions", a déclaré de son côté à l'AFP un haut responsable de la sécurité gouvernementale à Herat.

En à peine dix jours, les talibans, qui avaient lancé leur offensive en mai à la faveur du début du retrait final des troupes américaines et étrangères, ont pris le contrôle de la grande majorité du pays.

- Craintes de vengeance -

La déroute est totale pour les forces de sécurité afghanes, pourtant financées pendant 20 ans à coups de centaines de milliards de dollars par les Etats-Unis, et pour le gouvernement du président Ashraf Ghani.

<p>Un taliban dans une rue d'Herat, le 14 août 2021</p>

Les craintes de vengeance des talibans ne sont pas infondées : les insurgés ont infligé des punitions féroces aux opposants et à ceux qui ne respectaient pas leur version ultra-rigoriste de la loi islamique lorsqu'ils étaient au pouvoir de 1996 à 2001.

Mais dans les zones nouvellement conquises, ils ont déjà été accusés de nombreuses atrocités: meurtres de civils, décapitations, enlèvements d'adolescentes pour les marier de force, notamment.

Les insurgés ont démenti avoir commis ces crimes.

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