Le président Ashraf Ghani, symbole de la faillite de l'Afghanistan

AFP
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Le président afghan, Ashraf Ghani, que l'on a dit en fuite dimanche face à l'avancée des talibans, est un économiste longtemps présenté comme un expert en États faillis, mais qui sera devenu en quelques années l'image même de la faillite de son pays malgré l'aide internationale.

L'ancien vice-président Abdullah Abdullah a affirmé dimanche qu'Ashraf Ghani avait quitté l'Afghanistan, où les talibans sont sur le point de prendre le pouvoir.

Après avoir été élu en 2014 sur la promesse de redresser l'Afghanistan et d'en finir avec la corruption qui gangrénait le pays, il n'aura finalement tenu aucune de ces deux promesses et aura été contraint de quitter le pouvoir alors que les talibans encerclaient la capitale.

Âgé de 72 ans, M. Ghani grandit en Afghanistan, avant de s'exiler en 1977 aux États-Unis, où il étudie à l'université Columbia de New York, pour devenir professeur de sciences politiques et d'anthropologie dans les années 1980. Il entre ensuite à la Banque Mondiale en 1991.

Il revient en Afghanistan juste après la chute des talibans à la fin 2001, d'abord comme conseiller spécial de l'ONU avant de devenir un des architectes du gouvernement d'intérim.

Entre 2002 et 2004, il est le très actif ministre des Finances du président Hamid Karzaï, installant une nouvelle monnaie, réformant la fiscalité, encourageant la diaspora afghane à revenir au pays et assurant le lien avec les bailleurs de fonds internationaux qui financent le gouvernement.

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Il y fait également campagne contre la corruption qui gangrène déjà les nouvelles institutions du pays, et gagne une réputation d'homme inflexible mais aussi parfois caractériel.

- Reclus dans son palais -

"Il n'a jamais laissé personne l'approcher de trop près", a écrit l'essayiste pakistanais Ahmed Rashid qui le connaît depuis près de trente ans. Malheureusement, ses fréquentes explosions de colère et son arrogance vis-à-vis de ses compatriotes afghans ont fait de lui un personnage détesté".

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Après avoir largement échoué lors de l'élection présidentielle de 2009, où il n'arrive que quatrième avec moins de 3% des voix, Ashraf Ghani fait campagne en 2014 sur fond de polémique.

Il choisit parmi ses deux colistiers le très controversé Abdul Rashid Dostom, chef de guerre accusé d'avoir fait massacrer de centaines de prisonniers talibans en 2001.

Loin d'être donné gagnant après le premier tour, où il n'obtient que 31,6% des voix, loin derrière les 45% réunis par son adversaire Abdullah Abdullah, il sort finalement largement vainqueur du second tour (55% des votes) d'un scrutin entaché d'irrégularités.

Son accession au pouvoir se fera via un accord de partage du pouvoir avec M. Abdullah, devenu chef d'un gouvernement d'unité nationale sous l'égide de Washington, et qui conteste déjà sa réélection.

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Avant de se lancer dans la course présidentielle, M. Ghani supervisait le transfert de responsabilité des troupes de la coalition de l'Otan aux forces afghanes.

Ses relations avec Washington, qui promettaient d'être bonnes, se sont envenimées après que les États-Unis ont décidé d'entamer des négociations bilatérales avec les talibans à Doha.

L'allié américain l'a exclu de ces pourparlers en raison du refus des talibans de le voir y prendre part, avant de le forcer à libérer 5.000 insurgés dans le cadre de ces négociations de paix qui n'auront jamais abouti.

Toutes ses offres de paix, à l'exception d'un éphémère cessez-le-feu en juin 2018, marquant la fin du ramadan, ont été refusées par les rebelles, qui qualifient son gouvernement de "marionnette" de Washington.

Ghani avait appelé à combattre les talibans "pendant des générations" si les pourparlers de paix devaient échouer, dans un pays entré en guerre il y a plus de quarante ans.

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Marié à Rula, rencontrée alors qu'il étudiait à l'université américaine de Beyrouth et avec qui il a eu deux enfants, Ghani avait récemment vaincu un cancer de l'estomac.

"Je ne compte pas mener une vie isolée", avait-il dit à l'AFP avant de devenir président. Mais il aura finalement fait le contraire, restant de plus en plus reclus dans son palais, où il ne faisait plus confiance qu'à une poignée de collaborateurs.

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