L'Afghanistan aux mains des talibans, chaos total à l'aéroport de Kaboul

David FOX
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L'Afghanistan se trouvait lundi aux mains des talibans après l'effondrement des forces gouvernementales et la fuite à l'étranger du président Ashraf Ghani, et des milliers de personnes tentaient désespérément, dans un chaos total, de fuir le pays à l'aéroport de Kaboul.

Le fulgurant triomphe des insurgés, qu'ils ont célébré dimanche soir en investissant le palais présidentiel à Kaboul, a déclenché des scènes de panique monstre à l'aéroport de la capitale.

Une marée humaine s'est précipitée vers ce qui est la seule porte de sortie du pays, pour tenter de fuir le nouveau régime que le mouvement islamiste radical, de retour au pouvoir après 20 ans de guerre, promet de mettre en place.

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montraient des scènes de chaos absolu, des milliers de personnes attendant sur le tarmac même, et des grappes de jeunes hommes, surtout, s'agrippant aux passerelles ou aux escaliers pour tenter de monter dans un avion.

Les forces américaines ont même tiré en l'air pour tenter de contrôler cette foule, pas convaincue par les promesses des talibans que personne n'avait rien à craindre d'eux, a indiqué à l'AFP un témoin, qui a avoué avoir "très peur".

"Nous avons peur de vivre dans cette ville et nous tentons de fuir Kaboul", a raconté à l'AFP depuis l'aéroport Ahmad Sekib, 25 ans, un autre témoin utilisant un faux nom.

"J'ai lu sur Facebook que le Canada accepte des demandeurs d'asile d'Afghanistan. J'espère que je serai l'un d'eux. Comme j'ai servi dans l'armée, j'ai perdu mon boulot, et c'est dangereux pour moi de vivre ici car les les talibans me cibleront, c'est sûr", a-t-il expliqué.

Les vols commerciaux ont été annulés au départ et vers Kaboul. Et des compagnies internationales ont suspendu le survol du pays, à la requête de l'Afghanistan et en raison du trafic militaire américain.

La capitale était en revanche plutôt calme. Les rues étaient moins bondée que la veille et largement patrouillées par des talibans en armes, qui installaient des postes de contrôle.

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Les talibans ont informé leurs combattants que "personne n'est autorisé à entrer dans la maison d'autrui sans permission", a affirmé un de leurs porte-parole, Suhail Shaheen.

Sur les comptes Twitter qui leur sont favorables, ils se vantaient d'avoir été chaleureusement accueillis à Kaboul, ou encore que des jeunes filles retournaient dès lundi à l'école, comme d'accoutumée.

- "Servir notre nation" -

Ils ont aussi indiqué que des milliers de combattants convergeaient vers la capitale pour venir en assurer la sécurité.

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Le désormais ex-président Ghani a reconnu dimanche soir que les talibans avaient "gagné", après avoir fui le pays.

Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur des talibans, a appelé ses troupes à la discipline. "A présent, c'est le moment d'évaluer et de prouver, à présent nous devons montrer que nous pouvons servir notre nation et assurer la sécurité et le confort dans la vie", a-t-il affirmé.

La débâcle est totale pour les forces de sécurité afghanes, financées pendant 20 ans à coups de centaines de milliards de dollars par les États-Unis.

En dix jours, le mouvement islamiste radical, qui avait déclenché une offensive en mai à la faveur du début du retrait des troupes étrangères, a pris le contrôle de quasiment tout l'Afghanistan.

Et ce vingt ans après en avoir été chassé par une coalition menée par les États-Unis en raison de son refus de livrer le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

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La Chine a été le premier pays à dire lundi vouloir entretenir des "relations amicales" avec les talibans. La Russie a indiqué que sa décision de reconnaître le nouveau pouvoir dépendrait de "ses agissements".

A contrario, le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a estimé que ce n'était "pas le moment" de reconnaître le régime taliban. Il a aussi qualifié leur retour aux pouvoir d'"échec de la communauté internationale".

Le drapeau américain a été retiré tôt lundi de l'ambassade des États-Unis à Kaboul et "mis en sécurité avec le personnel de l'ambassade" regroupé à l'aéroport dans l'attente d'une évacuation, ont annoncé le département d’État et le Pentagone.

Les Américains ont envoyé 6.000 militaires pour sécuriser l'aéroport et évacuer quelque 30.000 Américains et civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis qui craignent les représailles des talibans.

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De nombreux autres diplomates et ressortissants étrangers ont également été évacués à la hâte de Kaboul dimanche. Le Conseil de sécurité de l'ONU devait se réunir lundi à 14H00 GMT pour débattre de la situation en Afghanistan.

- Pilule amère pour Washington -

les États-Unis et 65 autres pays ont plaidé pour que les Afghans et étrangers voulant fuir l'Afghanistan soient "autorisés à le faire", appelant les talibans à la "responsabilité" en la matière.

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L'administration du président américain, Joe Biden, a défendu sa décision de mettre fin à 20 ans de guerre, la plus longue qu'ait connue l'Amérique.

"Ceci n'est pas Saïgon", a assuré dimanche le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, sur CNN, évoquant la chute de la capitale vietnamienne, en 1975, un souvenir encore douloureux pour les États-Unis.

Mais la pilule est amère pour Washington dont l'image en ressort profondément écornée et qui déplore 2.500 morts et une facture de plus de 2.000 milliards de dollars.

"Je suis le quatrième président à gouverner avec une présence militaire américaine en Afghanistan (...) Je ne veux pas, et je ne vais pas, transmettre cette guerre à un cinquième", avait auparavant justifié le président Biden.

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Son prédécesseur Donald Trump - qui avait conclu avec les talibans en février 2020 l'accord de retrait des forces américaines - a fustigé "une des plus grandes défaites dans l'histoire américaine" et l'a appelé à démissionner.

Beaucoup d'Afghans, principalement dans les villes, craignent que les talibans n'imposent la même version ultra-rigoriste de la loi islamique que lorsqu'ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001.

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Ils ont maintes fois promis que s'ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les "valeurs islamiques".

Mais le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit "particulièrement préoccupé par l'avenir des femmes et des filles, dont les droits durement acquis doivent être protégés".

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