Zambie: Hichalema, l'éternel opposant, enfin premier

AFP
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Hakainde Hichilema était la figure même de l'éternel opposant, toujours second. Homme d'affaires zambien parti de rien, sa persévérance a payé: il a été élu lundi président de son pays d'Afrique australe.

"HH" a écrasé son rival de toujours, le président sortant Edgar Lungu, avec 2,8 millions de voix, soit près d'un million de plus que le président sortant. La course était pourtant annoncée serrée depuis des semaines.

Costume chic sur chemise à col ouvert, projetant une image à la fois sérieuse et décontractée, il a été submergé par l'émotion au moment de prendre la parole lundi, quelques heures après l'annonce de sa victoire, retirant son masque et s'essuyant les yeux: "C'est avec honneur, humilité et gratitude que je me tiens devant vous pour dire que le changement est là".

Elevé comme un "garçon simple qui surveillait le bétail", "HH" tentait, à 59 ans, sa chance pour la sixième fois à la présidence, pour la troisième fois face à M. Lungu.

Celui que la rue surnomme aussi "Bally", terme affectueux réservé aux pères ou aux aînés, avait jusqu'ici perdu toutes les élections régulières ou anticipées organisées dans le pays depuis une quinzaine d'années.

Lors du précédent scrutin, en 2016, il avait perdu avec une marge si faible - à peine plus de 100.000 voix - qu'il avait contesté les résultats, affirmant que le scrutin lui avait été volé.

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Arrêté une quinzaine de fois depuis qu'il fait de la politique, il a passé quatre mois à l'isolement en prison pour "trahison" après avoir refusé le passage à un convoi présidentiel juste après l'élection de 2016.

Lundi, il a dénoncé "le régime brutal" de son prédécesseur, promettant une "meilleure démocratie" et le respect des droits de l'Homme et des libertés.

Orateur éloquent, toujours rasé de frais, M. Hichilema, front haut et sourcils broussailleux, a mené une campagne habile sur les réseaux sociaux et travaillé dur pour se débarrasser de son image élitiste, troquant ses costumes sur mesure pour des treillis ou des jeans plus simples.

- "Cran et détermination" -

Il a promis de redresser l'économie, alors que M. Lungu était très critiqué pour avoir endetté de manière déraisonnable le pays, notamment auprès de créanciers chinois, pour lancer de grands travaux d'infrastructure tape-à-l'oeil alors que l'inflation galopait.

Lors de son dernier discours de campagne, M. Hichilema a affirmé que sa motivation politique lui venait du désir d'offrir aux Zambiens "une vie meilleure": "Cela me peine de voir des citoyens se coucher sans avoir mangé".

Il déplorait aussi le potentiel sous-exploité des ressources naturelles de la Zambie, deuxième producteur de cuivre en Afrique. "Des actifs valant des milliards de dollars ne rapportent rien (...) pour améliorer nos vies".

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Dans un entretien à l'AFP en mai, M. Hichalema se décrivait comme "un citoyen ordinaire, un Africain ordinaire".

Né en 1962 dans une famille pauvre du Sud du pays, c'est son "cran" et sa "détermination" à l'école, raconte-t-il, qui lui ont valu une bourse déterminante à l'université de Zambie.

Il en sort diplômé en économie et gestion des affaires, avant de prolonger ses études avec un MBA à l'Université de Birmingham en Angleterre.

A l'âge de 26 ans, il est PDG de la branche zambienne d'un cabinet comptable international.

Il commence dans l'immobilier, investissant progressivement dans la finance, l'élevage, la santé et le tourisme. "HH" a siégé au conseil d'administration de plusieurs grandes entreprises zambiennes.

Il a longtemps été considéré par ses détracteurs comme un opportuniste en politique, catapulté à la tête du parti UPND, qu'il finançait déjà, à la mort de son ancien dirigeant en 2006.

Chrétien de l'ethnie Tonga, il est marié et père de trois enfants. Mécène à ses heures, il finance des écoles et paye les frais de scolarité d'enfants défavorisés.

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