A Kaboul, la vie reprend dans la peur sous le nouveau règne taliban

David FOX
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La vie a repris mardi à Kaboul sous le nouveau régime taliban qui appelait à retourner au travail, même si les habitants apeurés restaient sur leurs gardes.

Les talibans ont annoncé une "amnistie générale" pour tous les fonctionnaires d'État, appelant chacun à reprendre ses "habitudes de vie en pleine confiance".

Des magasins ont rouvert, le trafic automobile a repris et des policiers faisaient la circulation, les talibans tenant des postes de contrôle.

Un responsable taliban a accordé une interview à une journaliste d'une chaîne d'informations, tandis qu'une école de filles a rouvert à Hérat (ouest).

Mais des signes montraient que la vie ne serait plus celle d'hier. Les hommes ont troqué leurs vêtements occidentaux pour le shalwar kameez, l'ample habit traditionnel afghan, et la télévision d’État diffuse désormais essentiellement des programmes islamiques.

Les écoles et universités de la capitale restent fermées, et peu de femmes osaient se risquer dehors, même si quelques-unes se sont brièvement rassemblées devant l'entrée de la "zone verte" pour demander le droit de retourner y travailler. Des talibans ont tenté en vain de les disperser avant qu'elles se laissent convaincre par des civils de partir.

Depuis qu'ils sont entrés dans la ville dimanche, après une fulgurante offensive leur ayant permis en 10 jours de contrôler quasiment tout le pays, et qu'ils ont investi le palais présidentiel déserté par le président Ashraf Ghani en fuite, les talibans ont multiplié les gestes d'apaisement à l'égard de la population.

Mais pour nombre d'Afghans, la confiance sera dure à gagner. Du temps où ils étaient au pouvoir (1996-2001), les talibans avaient imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et voleurs et meurtriers encouraient de terribles châtiments.

"Les gens ont peur de l'inconnu", confie un commerçant de Kaboul. "Les talibans patrouillent la ville en petits convois. Ils n'importunent personne, mais bien sûr les gens ont peur".

Malgré les assurances des talibans, certaines informations semblaient suggérer qu'ils continuaient à rechercher des responsables gouvernementaux, un témoin racontant que des islamistes étaient entrés dans la maison d'un de ces officiels pour l'emmener de force.

Face à "la détérioration rapide de la situation en matière de sécurité et de droits humains" et "à la situation d'urgence humanitaire", le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a demandé que soient interdits les renvois forcés d'Afghans vers leur pays.

- Biden "ne regrette pas" -

Très critiqué, le président américain Joe Biden a défendu bec et ongles la décision de retirer les troupes américaines du pays, malgré les scènes de détresse lundi à l'aéroport de Kaboul, où des milliers de personnes ont tenté de fuir.

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"Je suis profondément attristé par la situation, mais je ne regrette pas" la décision de retirer les forces américaines d'Afghanistan, a déclaré M. Biden.

Les États-Unis étaient intervenus en raison du refus des talibans de livrer le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

Les talibans sont entrés dimanche dans Kaboul sans faire couler le sang. Mais leur triomphe a déclenché une panique monstre à l'aéroport de Kaboul. Une marée humaine s'est précipitée lundi vers ce qui est la seule porte de sortie de l'Afghanistan.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des scènes d'anarchie, comme ces centaines de personnes courant près d'un avion militaire américain qui roule pour aller se mettre en position de décollage, pendant que certaines tentent follement de s'accrocher à ses flancs ou à ses roues.

Un cliché montrait quelque 640 Afghans entassés dans un avion cargo C-17 de l'US Air Force, dont certains ont grimpé à bord alors que la rampe d'accès n'était plus qu'à moitié ouverte.

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Washington a envoyé 6.000 militaires pour sécuriser l'aéroport et faire partir quelque 30.000 Américains et civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis qui craignent pour leur vie.

De Madrid à La Haye, en passant par Paris, Bucarest et Londres, plusieurs autres pays s'activaient également mardi pour rapatrier leurs ressortissants.

- Moscou voit du "positif" -

Les 45 premiers exfiltrés de Kaboul par la France étaient attendus dans la journée à Paris.

L'Espagne envoie deux avions militaires, la Suède a déjà rapatrié l'ensemble de son personnel diplomatique, tandis que le Danemark a déployé "une capacité supplémentaire d'avions militaires" pour "l'évacuation d’Afghanistan".

M. Biden a menacé les talibans d'une réponse militaire "rapide et puissante" s'ils venaient à perturber les opérations d'évacuation.

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Les États-Unis pourraient reconnaître un gouvernement taliban s'il "préserve les droits fondamentaux de son peuple (...) y compris de la moitié de sa population - ses femmes et ses filles", et qu'il "n'offre pas de refuge aux terroristes", a indiqué le porte-parole du département d’État, Ned Price.

La Chine, première à dire lundi vouloir entretenir des "relations amicales" avec les talibans, a fustigé mardi la "terrible pagaille" laissée par les Etats-Unis, qui partout, en Irak, en Syrie et en Afghanistan, laissent "des troubles, des divisions, des familles dévastées et décimées".

La Russie, dont l'ambassadeur devrait être le premier contact diplomatique du nouveau régime, a estimé mardi que les assurances des talibans en matière de liberté d'opinion sont un "signal positif" et dit souhaiter le lancement d'un "dialogue national (...) avec la participation de toutes les forces politiques, ethniques et confessionnelles" d'Afghanistan.

La Turquie a aussi salué les "messages positifs" des talibans, et l'Iran a fait des gestes d'ouverture.

- "Honte pour l'Occident" -

Washington, qui déplore 2.500 morts et une facture de plus de 2.000 milliards de dollars, et dont l'image ressort profondément écornée du conflit, a essuyé de nombreuses critiques de ses alliés européens.

Le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a dénoncé un "échec de la communauté internationale".

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier, insistant sur la "tragédie humaine" vécue par les Afghans et "dont nous sommes co-responsables", a jugé que "les images de désespoir à l'aéroport de Kaboul sont une honte pour l'Occident politique". Son pays a suspendu son aide au développement de l'Afghanistan.

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Le président français, Emmanuel Macron, a estimé que l'Afghanistan ne devait "pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu'il a été".

Mais pour nombre d'analystes, même si les talibans devraient être plus prudents dans leurs relations avec Al-Qaïda, leur succès va galvaniser les jihadistes.

"Ca donne aux jihadistes un formidable élan. Cela leur fait croire qu'ils peuvent expulser une puissance étrangère, même une majeure telle que les Etats-Unis", estime Colin Clarke, directeur de recherche du Soufan Center, un think-tank de géopolitique new-yorkais.

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