A Kaboul, la prière du vendredi sous l'oeil des talibans

AFP
<p>Un imam et un taliban armé lors de la prière du vendredi Abdul Rahman de Kaboul, le 20 août 2021</p>

Entouré d'hommes armés, un religieux musulman a dirigé avec ardeur la prière du vendredi dans une mosquée remplie à craquer à Kaboul, pour la première fois depuis la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan.

L'érudit a rassemblé ses fidèles à la mosquée Abdul Rahman, commençant par une leçon d’histoire sur la défaite de l’Empire britannique, de l’Union soviétique et celle des Américains sur le front afghan.

"Les Afghans ont aujourd’hui à nouveau montré une fierté collective", a-t-il lancé, ajoutant que "les Afghans sont par nature un peuple brave".

Les prêches lors de la prière du vendredi étaient traditionnellement organisés par le gouvernement pour communiquer des messages politiques, notamment sur l’unité nationale.

Depuis la reconquête du pouvoir par les talibans dimanche dernier, ces derniers tentent d'afficher une image plus modérée que sous leur régime pendant les années 90, balayé par l'intervention militaire américaine de 2001.

<p>Un imam et des talibans armés lors de la prière du vendredi à la mosquée Abdul Rahman de Kaboul, le 20 août 2021</p>

À cette époque, les magasins, écoles et administrations s’arrêtaient de fonctionner et la circulation était interrompue pour la prière du vendredi.

Toute personne en retard pour la prière, annoncée par le muezzin, risquait des coups de fouet sur les tibias.

- Une foule à genoux -

A Kaboul, les gardes de l’érudit islamique à la mosquée Abdul Rahman faisaient face vendredi à une foule à genoux, certains agitant anxieusement leurs chapelets.

<p>Des fidèles musulmans lors de la prière du vendredi à la mosquée Abdul Rahman de Kaboul, le 20 août 2021</p>

D’autres filmaient la cérémonie avec leur téléphone.

Dans les mosquées à travers la capitale afghane, les talibans avaient demandé aux imams de prêcher l'unité et d'appeler les personnes éduquées à ne pas quitter l'Afghanistan.

Dans l'ouest de Kaboul, des centaines d'autres fidèles se sont rendus à la mosquée Hazarat Mostafa, où un imam local n’a pas mentionné les talibans, maintenant son attention sur les versets du Coran.

Il a cependant brièvement évoqué les scènes tragiques et chaotiques à l'aéroport de Kaboul, où des milliers d’Afghans tentent désespérément de se rendre pour pouvoir fuir le pays.

"Ceux dont la foi est faible courent après ou s'accrochent aux avions américains. Ce ne sont pas de bonnes personnes, elles devraient rester et bâtir leur pays", a déclaré l'imam.

Les Etats-Unis ont envoyé des soldats à l’aéroport de Kaboul, pour tenter d’évacuer les Afghans qui avaient travaillé pour eux ces 20 dernières années, alors que leur retrait doit s'achever d’ici à la fin du mois.

Un fidèle de la mosquée Hazarat Mostafa a indiqué que de nombreuses personnes dans la pièce avaient commencé à se laisser pousser la barbe, une mesure obligatoire mise en place par les talibans sous leur règne précédent.

"Il y avait des talibans dans la foule, mais ils étaient calmes et pacifiques", a-t-il ajouté.

Les talibans martèlent qu’ils continueront à gouverner en accord avec les principes islamiques

Au pouvoir entre 1996 et 2001, les talibans avaient imposé leur vision de la charia, interdisant jeux, musique, photographies ou encore télévision.

<p>Des fidèles musulmans lors de la prière du vendredi à la mosquée Abdul Rahman de Kaboul, le 20 août 2021</p>

Les meurtriers étaient exécutés en public, les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et celles jugées coupables d'adultère étaient fouettées et lapidées à mort.

"Nous allons voir ce qu'il va se passer", a réagi Wahid, un commerçant qui a suivi la prière dans une petite mosquée de la ville.

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