Les talibans accusés de s'en prendre aux Afghans ayant aidé les forces étrangères

David FOX
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La crainte grandissait vendredi que les talibans trahissent leurs promesses de tolérance et de clémence envers leurs opposants, l'Otan pressant les islamistes d'autoriser les Afghans qui le souhaitent à quitter le pays.

Après deux décennies de guerre contre les forces gouvernementales, américaines et de l'Otan, les insurgés ont pris dimanche Kaboul après une campagne militaire fulgurante qui a fait s'effondrer l'armée afghane.

Des dizaines de milliers d'Afghans se sont précipités dès lundi à l'aéroport de la capitale pour fuir leur pays. Un gigantesque pont aérien impliquant de nombreux pays occidentaux et d'autres a été mis en place, évacuant des milliers de personnes. Les Etats-Unis à eux seuls prévoient de faire partir 30.000 personnes.

Mais ils sont encore très nombreux coincés entre les postes de contrôle talibans et les barbelés posés par l'armée américaine, dans l'attente désespérée d'un vol. Coups de feu sporadiques, routes paralysées par la foule: la situation est chaotique.

"Que les gens puissent atteindre et entrer dans l'aéroport" devient "un défi de plus en plus épineux", a déploré vendredi le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, appelant, comme le G7 et l'ONU, les talibans à laisser partir ceux qui le veulent.

Un civil allemand a été blessé par balles sur la route de l'aéroport, selon le gouvernement allemand.

Parmi d'innombrables témoignages poignants, une vidéo postée sur les réseaux sociaux montre des Afghans faisant passer un bébé en pleurs par-dessus la foule à l'aéroport et le donnant à un soldat américain.

De nombreux Afghans s'amassent aussi près des ambassades dans l'espoir d'être évacués, mais ne peuvent y entrer.

- Chasse aux opposants -

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Les talibans tentent de convaincre qu'ils ne chercheront pas à se venger de leurs anciens ennemis, promettant de "nombreuses différences" par rapport à leur précédent règne, entre 1996 et 2001, quand ils avaient imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique qui empêchait les femmes de travailler ou étudier et punissait de terribles châtiments les voleurs et les meurtriers.

Mais selon un rapport d'experts travaillant pour l'ONU, les nouveaux maîtres de l'Afghanistan possèdent des "listes prioritaires" de personnes recherchées, les plus menacés étant les gradés de l'armée, de la police et du renseignement afghans.

Le rapport affirme que les talibans effectuent des "visites ciblées" chez les personnes qu'ils veulent arrêter et leurs familles. Leurs points de contrôle filtrent aussi les personnes dans les grandes villes et celles souhaitant accéder à l'aéroport de Kaboul.

"Nous nous attendons à ce que les individus ayant travaillé pour les forces américaines et de l'Otan et leurs alliés, ainsi que les membres de leurs familles, soient menacés de tortures et d'exécutions", a déclaré Christian Nellemann, le directeur du groupe d'experts, le Centre norvégien d'analyses globales.

Des talibans recherchant un journaliste de Deutsche Welle (DW), désormais installé en Allemagne, ont abattu mercredi un membre de sa famille et en ont grièvement blessé un autre, a signalé cette radio allemande.

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Selon le site de DW, les talibans ont perquisitionné au moins trois de ses journalistes, le patron d'une radio a été abattu, et Nematullah Hemat, de la chaîne privée Ghargasht TV, a été enlevé par les talibans.

Outre les journalistes, les ex-insurgés "pourchassent activement pour se venger, particulièrement les officiers de sécurité et du renseignement national", a affirmé l'ex-ministre de l'Intérieur Masoud Andarabie, en fuite à l'étranger, à la radio britannique Times. "Ils ont étendu et accentué leurs recherches ces dernières 24 heures".

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Les talibans répètent que leurs hommes n'étaient pas autorisés à agir ainsi.

Un de leurs hauts responsables, Nazar Mohammad Mutmaeen, a assuré que ces consignes restaient d'actualité. "Certaines personnes le font encore, peut-être par ignorance (...) Nous avons honte", a-t-il tweeté.

- Insécurité alimentaire -

Les talibans ont dit vouloir établir de "bonnes relations diplomatiques" avec tous les pays, mais prévenu qu'ils ne feraient aucun compromis sur leurs principes religieux.

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La Chine, la Russie, la Turquie et l'Iran ont émis des signaux d'ouverture, les pays occidentaux restant méfiants.

Le président russe Vladimir Poutine a appelé vendredi à empêcher "l'effondrement" de l'Afghanistan.

Il a également critiqué la politique occidentale "irresponsable" visant à "imposer des valeurs étrangères" aux Afghans "sans tenir compte des particularités historiques, nationales ou religieuses".

Quant au président américain Joe Biden, sous le feu des critiques, chez lui et à l'étranger, pour le départ précipité de ses troupes d'Afghanistan, il devait tenir une allocution télévisée pour la seconde fois en quelques jours.

L'économie afghane, sinistrée, dépend pour beaucoup de l'aide internationale. "Une personne sur trois" est en situation d'insécurité alimentaire dans le pays, confronté à une seconde sécheresse sévère en trois ans, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

"La situation est désastreuse. Les dernières analyses indiquent que 14 millions de personnes sont déjà confrontées à un risque de faim sévère ou aigüe, c'est une personne sur trois. Et deux millions d'enfants sont confrontés à un risque de malnutrition", s'est alarmée Mary-Ellen McGroarty, représentante du PAM.

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"La démocratie a échoué en Afghanistan. Il faudra attendre de voir si (les talibans) peuvent nourrir les gens et leur amener le calme et la paix. S'ils le font, les gens commenceront à les aimer, sinon ils échoueront eux aussi", a estimé Reza, un habitant de Kaboul.

Les talibans ont demandé aux imams de prêcher l'unité et d'appeler les personnes éduquées à ne pas quitter l'Afghanistan dans leur sermon à la prière du vendredi, la première depuis leur accession au pouvoir.

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Dans la mosquée Abdul Rahman de Kaboul, bondée, des hommes armés encadraient un imam tenant un discours enflammé sur les défaites des envahisseurs successifs - britanniques, soviétiques et américains - et saluant la "fierté collective" retrouvée des Afghans, "peuple brave".

- Résistance et négociations -

Quelques signes isolés de résistance ont été signalés.

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Des villageois armés ont repris vendredi aux islamistes trois districts de la province de Baghlan (nord), selon des médias locaux.

Ahmad Massoud, dont le père, le commandant Ahmed Shah Massoud - assassiné le 9 septembre 2001 par Al-Qaïda -, était le plus célèbre adversaire des talibans et des Soviétiques, a appelé avec l'ancien vice-président Amrullah Saleh à la résistance, depuis sa vallée du Panchir au nord-est de Kaboul, la dernière région à ne pas être contrôlée par les talibans.

L'ex-vice-président Abdullah Abdullah a posté vendredi sur Facebook des photos le montrant avec l'ex-président Hamid Karzaï (2001-2014) en discussion avec des notables du Panchir, quelques jours après que le duo ait rencontré des leaders talibans.

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