Le chaos à l'aéroport de Kaboul fait ses premiers morts

David FOX
<p>Des Afghans se rassemblent près de l'aéroport de Kaboul dans l'espoir de monter à bord d'un avion pour fuir le pays, le 20 août 2021.</p>

Le chaos qui règne à l'aéroport de Kaboul, où des milliers d'Afghans tentent désespérément de monter dans un avion pour fuir le pays, a provoqué ses premiers morts samedi, au moment où la direction des talibans se réunissait pour définir les contours d'un gouvernement "inclusif".

Des images tournées par la chaîne d'information britannique Sky News montrent les corps d'au moins trois personnes, vraisemblablement écrasées par la foule qui se presse contre les portes de l'aéroport, prises entre les soldats américains d'un côté et les combattants islamistes de l'autre.

Le journaliste de Sky Stuart Ramsay, qui se trouvait à l'aéroport, a déclaré que les personnes à l'avant de la foule avaient été "écrasées" et que les médecins se précipitaient d'un blessé à l'autre. Les images montrent aussi de nombreux blessés.

M. Ramsay a déclaré que les gens étaient "déshydratés et terrifiés". Son équipe a filmé des soldats en train de d'arroser la foule avec un tuyau d'arrosage, disant qu'ils utilisaient "n'importe quoi pour les rafraichir". Compte tenu du chaos ambiant, il a estimé que les décès semblaient "inévitables".

- Un miracle

Samedi, les routes menant à l'aéroport de Kaboul continuaient d'être congestionnées. Malgré des jours d'échec, des milliers de familles se massaient encore devant l'aérodrome, espérant monter par miracle dans un avion. Devant elles, des militaires américains et une brigade des forces spéciales afghanes se tenaient aux aguets pour les dissuader d'envahir les lieux.

Derrière eux, des talibans, désormais accusés de traquer des Afghans ayant travaillé pour l'Otan pour les arrêter et de restreindre l'accès à l'aéroport qu'ils souhaitent quitter à tout prix, observaient la scène.

Samedi, l'ambassade américaine à Kaboul a appelé ses ressortissants à éviter de s'approcher de l'aéroport pour cause de "potentielles menaces de sécurité".

"Nous conseillons aux citoyens américains d'éviter de se déplacer vers l'aéroport et d'éviter les portes de l'aéroport pour le moment, à moins que vous ne receviez des instructions individuelles d'un représentant du gouvernement américain pour ce faire", détaille le bulletin publié sur le site internet de l'ambassade.

Nouvelle incarnation du désespoir, une vidéo d'un soldat américain soulevant un bébé par-dessus les barbelés surplombant l'aéroport a fait le tour du monde. "Les parents ont demandé aux Marines de s'occuper du bébé parce qu'il état malade", a expliqué John Kirby, le porte-parole du Pentagone. "C'était un acte de compassion", a-t-il ajouté.

Pour le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, il va être "impossible" d'évacuer tous les collaborateurs afghans des pouvoirs occidentaux avant le 31 août.

L'administration américaine a fixé à cette date le retrait définitif de ses forces d'Afghanistan et prévoit d'évacuer plus de 30.000 Américains et civils afghans.

Face à la "tragédie" qui se joue en Afghanistan, les Européens doivent se doter d'une capacité militaire d'intervention pour faire face aux prochaines crises qui menacent en Irak et au Sahel, a estimé M. Borrell.

Pendant ce temps, le cofondateur et numéro deux des talibans, Abdul Ghani Baradar, est arrivé samedi à Kaboul après avoir passé deux jours à Kandahar, berceau du mouvement.

Ce mollah, qui dirigeait jusque là le bureau politique des talibans au Qatar, va "rencontrer des responsables jihadistes et des responsables politiques pour l'établissement d'un gouvernement inclusif", a déclaré à l'AFP un haut responsable taliban.

D'autres dirigeants du mouvement ont été aperçus dans la capitale afghane ces derniers jours, dont Khalil Haqqani, l'un des terroristes les plus recherchés au monde par les Etats-Unis, qui ont promis une récompense de 5 millions de dollars contre des informations permettant sa capture.

Des réseaux sociaux pro-talibans ont montré Haqqani rencontrant Gulbuddin Hekmatyar, considéré comme l'un des chefs de guerre les plus cruels du pays pour avoir notamment bombardé Kaboul durant la guerre civile (1992-96). Hekmatyar, surnommé "le boucher de Kaboul", était un rival des talibans avant que ceux-ci ne prennent le pouvoir entre 1996 et 2001.

- un règne "différent"

Ces mêmes réseaux ont annoncé quelques heures plus tard "l'allégeance" à leur mouvement d'Ahmad Massoud, le fils du défunt commandant Ahmad Shah Massoud, connu pour son opposition au groupe fondamentaliste.

Ahmad Massoud, qui plus tôt cette semaine avait demandé des armes aux Etats-Unis pour se défendre contre le nouveau pouvoir dans sa vallée du Panchir (au nord-est de Kaboul), ne s'est pas encore prononcé officiellement sur le sujet.

Depuis l'arrivée de Baradar sur le sol afghan, les talibans ont assuré que leur règne serait "différent" du précédent (1996-2001), marqué par son extrême cruauté notamment à l'égard des femmes. Ils ont répété vouloir former un gouvernement "inclusif", sans toutefois expliciter ce que cela serait.

<p>Des talibans armés accompagnent un imam pour la prière du vendredi dans une mosquée de Kaboul, le 20 août 2021</p>

Les talibans ont dit vouloir établir de "bonnes relations diplomatiques" avec tous les pays, mais prévenu qu'ils ne feraient aucun compromis sur leurs principes religieux.

La Chine, la Russie, la Turquie et l'Iran ont émis des signaux d'ouverture, les pays occidentaux restant méfiants.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé samedi que son pays ne pourrait supporter "un fardeau migratoire supplémentaire" provenant de l'Afghanistan.

"Une nouvelle vague migratoire est inévitable si les mesures nécessaires ne sont pas prises en Afghanistan et en Iran. La Turquie, qui accueille déjà 5 millions de réfugiés, ne peut supporter un fardeau migratoire supplémentaire", a-t-il affirmé lors d'une conversation téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel.

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