Afghanistan: les talibans pointent du doigt les Américains pour le chaos à l'aéroport de Kaboul

David FOX
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Une semaine après la secousse causée dans le monde par leur prise du pouvoir en Afghanistan, les talibans ont reproché dimanche aux États-Unis d'être responsables du chaos à l'aéroport de Kaboul, où des dizaines de milliers d'Afghans tentent toujours de quitter leur pays à tout prix.

Face à cette situation, les dirigeants du G7 vont tenir une réunion virtuelle mardi, a annoncé le Premier ministre britannique Boris Johnson, dont le pays assure actuellement la présidence du groupe.

"Il est vital que la communauté internationale travaille ensemble pour assurer des évacuations sûres, prévenir une crise humanitaire et aider le peuple afghan à protéger les progrès (réalisés) les 20 dernières années", a-t-il ajouté.

A Kaboul, des milliers de familles terrifiées cherchent toujours à fuir via l'aéroport, bien que Washington ait mis en garde contre des menaces pour la sécurité en ce lieu et que l'Union européenne ait estimé "impossible" d'évacuer toutes les personnes menacées par les talibans.

Depuis leur entrée dans Kaboul le 15 août, les islamistes tentent de convaincre la population qu'ils ont changé, affirmant que leur politique sera moins brutale que lorsqu'ils étaient à la tête du pays de 1996 à 2001. Mais cela n'endigue pas le flot de ceux qui ne croient pas en leurs promesses et veulent désespérément partir.

"L’Amérique, avec toute sa puissance et ses équipements (...), a échoué à ramener l'ordre à l'aéroport. Il y a la paix et le calme dans tout le pays, mais il n'y a que le chaos à l'aéroport de Kaboul (...) Cela doit cesser le plus tôt possible", a déclaré dimanche un haut responsable taliban, Amir Khan Mutaqi.

Sept Afghans sont morts dans cette gigantesque cohue à l'aéroport, a annoncé dimanche le ministère britannique de la Défense, sans dire s'il parlait d'un seul incident ou de plusieurs, ni quand cela avait eu lieu.

Un journaliste, faisant partie d'un groupe d'employés de presse et d'universitaires qui a eu la chance d'accéder à l'aéroport dimanche, a décrit des scènes d'Afghans totalement désespérés s'accrochant à leur bus au moment où ils y pénétraient.

"Ils nous montraient leurs passeports et criaient: +Emmenez-nous avec vous, s'il vous plaît emmenez-nous avec vous", a raconté ce journaliste à l'AFP.

La chaîne britannique Sky News avait diffusé samedi les images d'au moins trois corps recouverts d'un drap blanc, reposant à l'extérieur de l'aéroport. Les circonstances de leur mort ne sont pas connues.

Le journaliste de Sky News, Stuart Ramsay, qui était sur place, a affirmé que de tels drames sont "inévitables", car des gens sont "écrasés" et d'autres "déshydratés et terrifiés".

- Espérer un miracle -

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La veille, une vidéo postée sur les réseaux sociaux montrait des Afghans faisant passer un bébé en pleurs par-dessus un mur à l'aéroport et le donnant à un soldat américain.

Parfois, les événements dramatiques se poursuivent en plein vol. Une Afghane qui était évacuée vers la base de Ramstein, en Allemagne, dans un avion militaire américain, a donné naissance dans les airs à une petite fille, selon l'US Air Force.

Espérant toujours un miracle, des familles demeurent massées entre les barbelés qui entourent le périmètre séparant les talibans des troupes américaines, et l'accès à l'aéroport reste très difficile.

Le président américain Joe Biden a reconnu vendredi que l'opération d'évacuation était l'une des "plus difficiles de l'histoire".

Quelques heures plus tard, l'ambassade des États-Unis en Afghanistan a exhorté les ressortissants à éviter de se rendre à l'aéroport, en raison de menaces portant sur la sécurité du lieu, qui n'ont pas été précisées.

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Les États-Unis, qui ont déployé des milliers de soldats pour tenter de sécuriser l'aéroport, ont fixé au 31 août la date limite pour terminer les opérations d'évacuation. Cette date correspond à celle du retrait définitif prévu des forces américaines présentes en Afghanistan.

Washington prévoit d'évacuer entre 10.000 et 15.000 de ses ressortissants, et de 50.000 à 60.000 Afghans et leurs familles, selon l'administration Biden. Mais un nombre considérable d'autres personnes tentent de fuir.

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"Nous nous battons à la fois contre le temps et l'espace", a reconnu samedi le porte-parole du Pentagone, John Kirby". D'autres hauts responsables étrangers avaient cependant des mots plus durs.

"Il veulent évacuer 60.000 personnes d'ici la fin du mois. C'est mathématiquement impossible", a déclaré à l'AFP le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

- 'Gouvernement inclusif' -

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Ce dernier a affirmé avoir fait part aux Américains du fait que les mesures de sécurité à l'aéroport sont trop strictes et empêchent les Afghans qui travaillaient pour les Européens d'y pénétrer.

Depuis le 14 août, quelque 17.000 personnes ont été évacuées par les États-Unis, dont 2.500 Américains. Des milliers d'autres ont été exfiltrées à bord d'avions militaires étrangers.

Les talibans ont accepté que l'armée américaine supervise les évacuations, ce qui leur permet de se focaliser sur la manière dont ils entendent gouverner le pays après le départ des forces étrangères.

Le cofondateur et numéro deux des talibans, le mollah Abdul Ghani Baradar, est arrivé samedi à Kaboul. Des responsables talibans ont affirmé travailler à l'"établissement d'un gouvernement inclusif".

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Les talibans sont entrés la semaine dernière dans Kaboul sans rencontrer de grande résistance, à l'issue d'une offensive éclair entamée en mai à la faveur du début du retrait des forces américaines et de l'Otan.

Une poche de résistance aux talibans s'est formée dans la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul. Ce Front national de résistance (FNR) est notamment emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud assassiné en 2001 par Al-Qaïda.

Alors que les talibans avaient annoncé vendredi "l'allégeance" à leur mouvement d'Ahmad Massoud, un porte-parole du FNR a déclaré à l'AFP que le Front se prépare à "un conflit de longue durée" avec les talibans s'il ne parvient pas à négocier avec eux la formation d'un gouvernement inclusif.

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