11-Septembre: Al Kim, un ambulancier dans les ruines des tours jumelles

Laura BONILLA
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Al Kim a échappé à la mort d'un cheveu lors des attentats du World Trade Center. La tragédie l'a profondément secoué, mais il sait désormais que la vie est fugace et qu'il faut "mettre les choses en perspective".

Le 11 septembre 2001, cet ambulancier âgé alors de 37 ans, employé des MetroCare Ambulances à Brooklyn, est dépêché sur le site des tours jumelles, au sud de Manhattan, que deux avions de ligne détournés par des jihadistes viennent de percuter.

Il doit évacuer les blessés vers l'hôtel Marriott, situé entre les tours. Alors qu'il s'apprête à prendre en charge de premières victimes, il entend comme un train lancé à toute vitesse. Instinctivement, il se jette sous une camionnette garée à proximité, sous un pont piétonnier.

Il est 09h59, la tour sud s'effondre. "Je ne pouvais pas croire que j'allais mourir comme ça," dit-il.

"Je ne pouvais plus respirer, tant il y avait de fumée dans l'air", se souvient-il pour l'AFP en visitant pour la première fois, presque 20 ans après, le Mémorial aux attentats du 11 Septembre, tout proche du lieu où il faillit mourir. "Je ne voyais même pas mes mains, devant mes yeux."

Le souffle de chaleur provoqué par l'effondrement de la tour lui brûle les narines, le sourcil gauche. Son corps tout entier se couvre d'une épaisse couche de cendres.

Dans une obscurité totale, il retrouve des collègues, ils se mettent à marcher au milieu des décombres, des flammes et des appels à l'aide.

"Pendant que nous marchions vers la lumière, les alarmes retentissaient partout autour de nous", dit-il. Les alarmes individuelles de pompiers pris dans les décombres, qui se déclenchent automatiquement lorsqu'ils restent inertes un certain temps.

- "Etat d'alerte" -

Ils entendent des cris: un pompier coincé dans les gravats, le visage couvert de cendres. Il s'appelle Kevin Shea et a une triple fracture au cou.

Kim et ses collègues ont juste le temps de le tirer de là pour le mettre à l'abri lorsque la tour nord s'effondre elle aussi. Shea sera le seul survivant de sa brigade de 12 pompiers.

Après cet épisode, les souvenirs de Kim sont flous.

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"Je pensais que c'était la fin de notre petit monde (...) Tout autour de moi était un champ de ruines. Pour moi, la ville entière était comme ça et peut-être au-delà."

Il restera sur les lieux jusqu'au soir, pour y retourner le lendemain et plusieurs jours de suite.

Il reconnait avoir vécu pendant près de deux ans dans "un état d'alerte constant", gardant des réserves d'eau, des masques à gaz et de la nourriture pour deux semaines dans sa voiture.

"J'étais paré" pour d'autres attaques, dit-il. "Ma famille me traitait de tortue, car j'allais partout avec ma camionnette, avec toute ma vie dedans. On parlait beaucoup aux informations d'attaques au gaz, qu'ils allaient lancer du sarin dans les tunnels..."

- Résilience -

Avec le temps, il a surmonté son anxiété. Mais les émotions restent.

"Les New-Yorkais ont été vraiment forts et résilients. Ils n'ont pas fui la ville. Ils ont tenu, j'ai tenu", dit avec fierté celui qui est aujourd'hui directeur exécutif des services d'urgence médicale de Westchester, dans la banlieue new-yorkaise.

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Jamais, dit-il, il ne s'est senti aussi "patriote" que dans les jours qui suivirent les attentats. Tout comme "ces élans de soutien pour New York, je n'avais jamais vu ça et aujourd'hui encore, je n'ai jamais rien vu de pareil".

La tragédie lui a fait mesurer "combien la vie est précieuse et fragile."

La récente pandémie "a renforcé ce sentiment de fugacité des choses. Il y a des choses difficiles dans notre métier, sur les plans professionnel et personnel et elles sont importantes, mais quand tu penses à ces moments plus graves, tu remets les choses en perspective. Je porte ces moments avec moi, de façon positive", dit-il.

Il y a trois ans, en courant un demi-marathon à New York avec sa femme, il est passé à côté du pilier du pont piétonnier qui lui a sauvé la vie. Pour une fois qu'il n'y avait pas de circulation, il est allé l'embrasser. Puis a repris sa course.

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