Afghanistan: Biden confirme le retrait au 31 août, à condition que les talibans coopèrent

Francesco FONTEMAGGI avec David FOX à Kaboul
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Confronté à un ultimatum des talibans, Joe Biden a confirmé mardi la date butoir du 31 août pour terminer la "mission" de l'armée américaine en Afghanistan, à condition que le nouveau régime afghan permette à tous ceux qui désirent être évacués d'accéder à l'aéroport de Kaboul.

Lors d'un sommet virtuel avec ses homologues du G7, le président des Etats-Unis a donc opposé pour l'instant une fin de non recevoir aux alliés de Washington qui plaidaient avec insistance pour une prolongation de la présence militaire américaine, afin de laisser plus de temps aux évacuations d'Afghans jugés à risque dans leur propre pays depuis la prise du pouvoir par les talibans.

"Il a confirmé que nous étions actuellement sur la voie de terminer d'ici le 31 août" la "mission" américaine à Kaboul, a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué.

Mais le respect de ce calendrier "dépend" de la coopération des talibans pour permettre "l'accès" à "l'aéroport pour les personnes évacuées", a-t-elle prévenu. Joe Biden a ainsi "demandé au Pentagone et au département d'Etat des plans d'urgence pour ajuster le calendrier si cela devait être nécessaire".

Le 46e président des Etats-Unis devait s'exprimer à 20H30 GMT, lors d'une allocution très attendue retardée de plus de quatre heures.

- "Expertise" -

Alors que près de 60.000 étrangers et Afghans ont déjà fui le pays par avion depuis la prise de pouvoir éclair des talibans il y a neuf jours, le chaos persistait autour de l'aéroport de la capitale.

Des milliers d'Afghans y sont massés depuis des jours, certains avec leur famille entière, dans l'espoir de pouvoir entrer et monter dans un des avions affrétés par les Occidentaux qui se succèdent sur le tarmac.

Dans l'après-midi, les talibans ont énergiquement répété leur opposition "ferme" à toute extension des évacuations au-delà du 31 août, date prévue du retrait des forces américaines qui les encadrent à l'aéroport.

Lors d'une conférence de presse, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a sermonné les Occidentaux, accusé de vider le pays de ses forces vives en évacuant les Afghans qui ont travaillé avec eux, souvent parmi les plus qualifiés.

Les Occidentaux "ont des avions, ils ont l'aéroport, ils devraient emmener leurs ressortissants (...) hors d'ici", a-t-il déclaré. Mais "ils ne devraient pas encourager les Afghans à fuir l'Afghanistan" ni emmener avec eux des Afghans qualifiés, ingénieurs ou autres.

"Nous leur demandons d'arrêter cela (...) Ce pays a besoin de son expertise", a-t-il insisté.

Les islamistes avaient déjà haussé le ton lundi à propos des évacuations, présentant la date du 31 août comme "une ligne rouge" et menaçant de "conséquences" si les Occidentaux prolongeaient leur "occupation" au-delà.

Lors de la réunion du G7 avec les dirigeants de l'Allemagne, du Canada, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni, l'Union européenne avait elle demandé à Joe Biden de sécuriser l'aéroport de Kaboul "aussi longtemps que nécessaire" pour "achever" les évacuations.

- "Empêcher le terrorisme" -

Mais dans son communiqué final, le G7 s'est tourné vers les talibans, leur demandant de "garantir un passage sûr" à ceux qui veulent quitter l'Afghanistan, y compris au-delà du 31 août.

Cette demande est "la première condition que nous posons" au nouveau régime taliban "en tant que G7", a indiqué le Premier ministre britannique Boris Johnson, dont le pays préside actuellement le groupement.

Le G7 prévient aussi les talibans qu'ils devront "rendre compte de leurs actes pour empêcher le terrorisme et sur les droits humains, en particulier ceux des femmes", et que leur pays, qui fut un refuge d'Al-Qaïda avant les attentats du 11 septembre 2001, ne devait "jamais redevenir un havre pour le terrorisme et une source d'attaques terroristes contre d'autres" pays.

D'après le Washington Post, le directeur de la CIA William Burns a eu un entretien confidentiel lundi à Kaboul avec le cofondateur des talibans Abdul Ghani Baradar - la plus haute rencontre à ce niveau entre les États-Unis et le régime fondamentaliste depuis son retour au pouvoir.

Washington a fait partir 48.000 personnes -- dont 4.000 ressortissants américains -- depuis la mise en place du pont aérien le 14 août, veille de l'entrée des talibans dans Kaboul et de leur prise du pouvoir, selon le gouvernement américain. Plusieurs milliers d'autres personnes ont été évacuées par leurs alliés.

Deux nouveaux vols de personnes évacuées par la France de Kaboul ont atterri mardi à Paris, transportant 450 personnes dont une grande majorité d'Afghans.

Les Afghans déterminés coûte que coûte à quitter le pays, dont beaucoup ont travaillé pour l'ancien gouvernement ou avec des étrangers, redoutent que les talibans ne cherchent à se venger et instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que quand ils étaient au pouvoir, entre 1996 et 2001.

- Femmes fonctionnaires -

"Les talibans n'ont pas changé", a affirmé lundi Nilofar Bayat, la capitaine de l'équipe afghane de basket-ball en fauteuil roulant, qui est parvenue à quitter son pays pour se réfugier en Espagne.

Hors de Kaboul, dans les campagnes et certaines villes, beaucoup sont soulagés de voir des décennies de guerre prendre fin. Mais les femmes et les minorités ethniques s'inquiètent pour leur sort.

Conscients du défi qui les attend, maintenant qu'ils doivent gouverner un pays ayant beaucoup changé en deux décennies, plus urbanisé notamment, les talibans s'efforcent de se présenter sous un jour plus modéré à la population et à la communauté internationale, mais sans convaincre.

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Lors de sa conférence de presse, le porte-parole taliban a assuré que les Afghanes employées dans l'administration pourraient retourner au travail "lorsque la sécurité sera assurée".

“Nous voulons qu'elles travaillent, mais aussi que la sécurité soit bonne", a expliqué Zabihullah Mujahid, en ajoutant qu'elles devaient rester chez elles d'ici là.

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La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a déclaré mardi que le respect par les talibans des droits fondamentaux des femmes et des filles serait une "ligne rouge fondamentale".

Les islamistes sont entrés le 15 août dans la capitale sans rencontrer de résistance, à l'issue d'une offensive éclair entamée en mai à la faveur du début du retrait des forces américaines et de l'Otan.

Depuis ils travaillent à la formation d'un gouvernement censé inclure d'autres factions.

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