Afghanistan : les menaces demeurent contre l'aéroport, d'où des évacuations auront lieu "jusqu'au dernier moment"

David FOX
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L'évacuation des milliers de personnes fait toujours face à des "menaces précises et crédibles" au lendemain de l'attentat-suicide meurtrier contre l'aéroport de Kaboul, mais les opérations se poursuivront "jusqu'au dernier moment", a assuré Washington vendredi.

Au moins 85 personnes, dont treize soldats américains, ont péri dans l'attaque revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique (EI), que de nombreux pays dont les Etats-Unis et leurs alliés ainsi que la Russie et la Chine ont condamnée.

"Nous estimons qu'il y a toujours des menaces crédibles (...), des menaces précises et crédibles", a affirmé le porte-parole de l'armée américaine, John Kirby.

La tension est à son comble, à quelques jours de la date-butoir du 31 août prévue pour le retrait des soldats américains d'Afghanistan après 20 ans de guerre, synonyme de fin des évacuations.

Quelque 5.400 personnes étaient actuellement réfugiées dans l'enceinte de l'aéroport, attendant de monter dans un avion, a dit le général Hank Taylor. "Nous avons la capacité d'inclure des évacués dans des avions militaires américains qui quittent l'Afghanistan jusqu'au dernier moment", a-t-il tenté de rassurer.

L'attaque, un double attentat-suicide vraisemblablement perpétré par un seul kamikaze, selon le général Taylor, a visé les Etats-Unis, qui organisent les évacuations, et les Afghans parmi les milliers de ceux qui campent depuis des jours devant l'aéroport, dans l'espoir de fuir les talibans.

Elle a foudroyé ses victimes, certaines projetées aux alentours jusque dans les eaux sales d'un canal d'égout bordant l'entrée de l'aéroport.

"Il y a beaucoup de femmes et d'enfants parmi les victimes. La plupart des gens sont choqués, traumatisés", a déclaré vendredi un responsable de l'ancien gouvernement renversé mi-août par les talibans, annonçant à l'AFP le nouveau bilan d'au moins 72 morts et 150 blessés à partir des informations recueillies dans les hôpitaux locaux.

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Deux Britanniques et un enfant de Britannique ont péri dans l'attaque "abjecte", a pour sa part annoncé Londres vendredi.

Nombre de sources craignaient que le bilan ne s'alourdisse encore et les hôpitaux locaux étaient assaillis de personnes cherchant leurs proches disparus depuis la veille à l'aéroport.

La double explosion a en outre provoqué la mort d'au moins treize soldats américains et en a blessé dix-huit autres, selon le Pentagone, ce qui en fait l'attaque la plus meurtrière contre l'armée américaine en Afghanistan depuis 2011.

- Ton martial -

Confronté à la plus grave crise depuis le début de son mandat et manifestement secoué, le président américain Joe Biden a réagi en promettant de "pourchasser" et de "faire payer" les auteurs de l'attaque. "Nous ne pardonnerons pas. L'Amérique ne se laissera pas intimider", a-t-il lancé d'un ton martial.

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M. Biden n'en reste pas moins déterminé à mettre fin à deux décennies d'une guerre longue, lointaine et sanglante pour son pays.

Vendredi, la situation est demeurée calme à Kaboul, notamment autour de l'aéroport où les vols affrétés par les Occidentaux ont repris sur le tarmac de l'aéroport, dernière enclave occupée par les forces occidentales en Afghanistan.

L'Otan et l'Union européenne avaient appelé après l'attentat à poursuivre les évacuations malgré tout.

La France, via le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune, a fait savoir qu'elle pourrait les continuer "au-delà" de vendredi soir, tout en se voulant prudent au vu du contexte sécuritaire incertain. Une délégation française a rencontré vendredi des responsables talibans à Doha pour la première fois depuis qu'ils ont pris le pouvoir il y a bientôt deux semaines.

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La Suisse, l'Italie, l'Espagne et la Suède ont annoncé vendredi avoir terminé leurs vols d'évacuation, comme l'Allemagne, les Pays-Bas, le Canada ou l'Australie avant elles. Côté britannique, les exfiltrations s'achèveront "dans quelques heures", a précisé Londres vendredi matin.

Le gigantesque pont aérien a jusqu'ici permis l'évacuation de plus de 100.000 étrangers et Afghans.

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan a de son côté annoncé vendredi que son pays avait eu de premières discussions avec les talibans à Kaboul et qu'il étudiait une proposition qu'ils ont faite pour gérer l'aéroport de la capitale après le retrait américain.

- "Corps projetés" -

Les talibans se sont efforcés depuis leur retour d'afficher une image d'ouverture et de modération. Mais beaucoup d'Afghans, souvent urbains et éduqués, redoutent qu'ils n'instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que lorsqu'ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001.

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Ceux qui travaillé ces dernières années avec les étrangers ou le gouvernement pro-occidental déchu, notamment, craignent d'être réduits au silence, voire traqués, et ont nourri le flot des nombreux candidats au départ.

Les talibans, qui ont permis aux Etats-Unis de finir de gérer les évacuations, travaillent à la formation du gouvernement qu'ils comptent mettre en place après le départ des Américains.

Mais leurs rivaux jihadistes de l'EI, responsables eux aussi de sanglantes attaques en Afghanistan ces dernières années, semblaient vouloir capitaliser sur l'atmosphère de fébrilité et de chaos à Kaboul, en particulier autour de l'aéroport.

Un témoin afghan de l'attentat, prénommé Milad, a décrit à l'AFP "une énorme explosion au milieu de la foule qui attendait devant une des portes de l’aéroport", où entrent des gens qui se font évacuer par les Occidentaux, puis "des corps et des fragments humains projetés" tout autour.

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Le nouveau régime taliban, via son porte-parole Zabihullah Mujahid, a "fermement condamné" l'attentat, tout en soulignant qu'il était survenu dans une zone placée sous la responsabilité de l'armée américaine.

Après l'attentat, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a convoqué les membres permanents du Conseil de Sécurité pour une réunion lundi sur la situation en Afghanistan.

Alors que les talibans, privés des nombreuses élites expérimentées désormais en exil, risquent de peiner à remettre sur les rails un pays à l'économie en lambeaux, la Suède a fait savoir vendredi qu'elle interrompait son aide financière à l'Afghanistan.

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