Macron en force à Marseille avec un plan d'urgence

Jérôme RIVET et Laurence BENHAMOU avec le bureau de Marseille
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Emmanuel Macron est arrivé mercredi après-midi à Marseille pour présenter un ambitieux plan destiné à répondre aux "urgences" sociales, éducatives, économiques et sécuritaires que cumule la deuxième ville de France, à huit mois de la présidentielle.

Accompagné de pas moins de sept ministres, le chef de l'Etat a été accueilli par le maire socialiste de la cité phocéenne, Benoît Payan, à l'hôtel de ville pavoisé aux couleurs françaises, européennes et marseillaises (bleu et blanc), mais aussi au son des "Macron démission" lancés par quelques manifestants.

Prévu jusqu'à vendredi soir, le déplacement a débuté avec une réunion d'Emmanuel Macron avec une vingtaine d'élus locaux, dont la présidente de la métropole Martine Vassal, et les députés, dont Jean-Luc Mélenchon (LFI), élu à Marseille.

Un vaste périmètre de sécurité a été mis en place sur les quais du Vieux-Port, qui baigne encore dans une atmosphère estivale.

La visite doit se poursuivre sur le terrain, à la rencontre des habitants de la cité Bassens, dans ces quartiers nord de la ville, gangrénés par la violence et les trafics de stupéfiants.

En fin d'après-midi, le président abordera le sujet de l'insécurité, au commissariat nord de Marseille, après un été marqué par une douzaine de règlements de compte sanglants, toujours sur fond de trafics de drogues.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a déjà promis 300 policiers de plus à Marseille d'ici 2023, mais le maire estime qu'il manque encore 800 policiers nationaux.

Plusieurs figures de la droite dénoncent l'incapacité d'Emmanuel Macron à avoir fait reculer l'insécurité depuis quatre ans. Le candidat à la primaire des Républicains Michel Barnier a ainsi regretté sur LCI que le "pouvoir actuel n'ait pas pris la mesure du niveau d'insécurité dans le pays".

A gauche aussi, la situation des quartiers populaires de Marseille inquiète : "Il faut des moyens globaux en matière d'éducation, de services publics, de policiers", a réclamé la maire adjointe Samia Ghali, qui dénonce "des prisons à ciel ouvert, avec un gardien à l'entrée de la cité qui vous autorise ou pas à rentrer ou sortir de chez vous".

"Maintenant, plus personne ne veut sortir, même pour aller acheter le pain, on a peur", témoigne d'ailleurs Khadija, voisine de la cité des Marronniers où un adolescent de 14 ans a été tué mi-août près d'un point de vente de drogue.

- Paris ne vient pas "gérer Marseille" -

Signe de l'importance qu'Emmanuel Macron veut donner à ce "plan Marseille" qu'il présentera jeudi après-midi, ce déplacement de deux jours et demi est le plus long consacré à une seule ville depuis le début de son quinquennat.

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Marseille "est une ville dans une situation financière exsangue, qui n'est pas à la hauteur de ce qu'elle devrait être. Cela fait longtemps qu'elle rate ses rendez-vous", regrette son maire socialiste Benoît Payan, interrogé par l'AFP.

Soucieux de respecter les susceptibilités locales, l'Elysée assure que "ce plan a été co-construit en lien étroit avec différents acteurs, en particulier les élus locaux" et qu'il ne s'agit pas que "Paris vienne gérer Marseille".

Jeudi matin, Emmanuel Macron assistera à la rentrée dans une école des quartiers nord. La municipalité a annoncé un vaste plan de rénovation de plus de 200 des 472 écoles de la ville, pour 1,2 milliard d'euros, dont une partie sera prise en charge par l'Etat.

Le président devrait aussi faire des annonces pour combler le déficit criant de transports à Marseille, qui ne compte que deux lignes de métro pour ses 870.000 habitants.

Et d'autres investissements sont attendus pour réhabiliter les logements insalubres, près de trois ans après la mort de huit personnes dans l'effondrement d'un immeuble rue d'Aubagne. Marseille compterait 40.000 taudis selon la Fondation Abbé Pierre.

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"Emmanuel Macron va un peu raser gratis (...) C'est la période électorale, il dépense, il arrose", a dénoncé le député LR Eric Ciotti sur FranceInfo.

De leur côté, les élus locaux se montrent attentistes, rappelant qu'en 2012 le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait déjà présenté un plan global d'action pour "sortir Marseille de ses difficultés".

"Mais on ne voit jamais rien, ils s'en foutent de nous", lâche, fataliste, Nair Abdallah, militant associatif à la cité Maison Blanche.

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Après un dîner jeudi avec le chef du gouvernement italien Mario Draghi, Emmanuel Macron consacrera la journée de vendredi à l'environnement, avec une sortie en mer dans le Parc national des Calanques et l'ouverture du Congrès mondial de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui se tient à Marseille jusqu'au 11 septembre.

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