L'attente du nouvel exécutif taliban se prolonge en Afghanistan, combats dans le Panchir

David FOX, avec Marine PENNETIER à Islamabad
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L'Afghanistan était toujours vendredi dans l'attente de l'annonce de son nouveau gouvernement près de trois semaines après le retour au pouvoir des talibans, dont la reconquête éclair du pays continue de se heurter à une poche de résistance dans la vallée du Panchir.

Vendredi soir, des rafales ont retenti dans Kaboul, tirées pour célébrer une victoire dans le Panchir que des rumeurs disaient acquise. Mais les talibans n'ont fait aucune annonce officielle, et un habitant du Panchir a affirmé à l'AFP par téléphone que ces annonces étaient fausses.

Pour l'heure, la présentation du nouvel exécutif à Kaboul, qui sera scruté de près par une population afghane et une communauté internationale peu convaincues par les promesses d'ouverture du mouvement islamiste, est attendue samedi au plus tôt, a déclaré à l'AFP un porte-parole taliban.

De retour au pouvoir 20 ans après en avoir été chassés par une coalition emmenée par les Etats-Unis, les talibans ont promis, depuis leur prise de Kaboul le 15 août dernier, la mise en place d'un gouvernement "inclusif" et que les droits des femmes seraient respectés.

La composition du nouvel exécutif fera donc figure de test quant à la volonté réelle de changement affiché par les islamistes, dont le premier passage au pouvoir (1996-2001) avait été marqué par une politique brutale à l'égard des femmes et des opposants politiques.

Mais si les Occidentaux sont restés jusqu'à présent prudents sur les possibilités d'un dialogue, des signes apparaissent de contacts avec les nouveaux maîtres de l'Afghanistan.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a ainsi annoncé vendredi qu'il se rendrait en début de semaine prochaine au Qatar, où se déroulent les principales discussions de la communauté internationale avec les talibans.

"Nous espérons que tout gouvernement mis en place aura une vraie inclusivité, qu'il y aura dedans des non-talibans, qui soient représentatifs des différentes communautés et des différents intérêts en Afghanistan", a-t-il dit.

Mais il a ajouté que les "actes" et les "politiques" de ce futur gouvernement seraient "aussi importants" que sa composition.

- Le "chemin de la guerre" -

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Sur le plan militaire, dans la vallée du Panchir, le Front national de résistance (FNR) emmené par le fils du commandant Massoud a déclaré avoir mené vendredi de "lourds combats" contre les talibans.

"Les talibans ont proposé d'attribuer deux sièges au FNR dans le gouvernement qu'ils veulent créer, alors que nous demandions un meilleur avenir pour l'Afghanistan", a expliqué Ahmad Massoud. "Nous n'avons même pas considéré" leur offre, a-t-il poursuivi, estimant que les talibans avaient "choisi le chemin de la guerre".

Ces dernières semaines, les talibans ont noué des contacts notamment avec certains de leurs opposants, comme l'ex-président Hamid Karzaï, ou l'ancien vice-président Abdullah Abdullah.

Parmi les scénarios possibles qui circulent, le chef des talibans, le mollah Hibatullah Akhundzada, devrait exercer l'autorité suprême au titre de guide religieux, selon la chaîne de télévision privée afghane Tolo News.

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La responsabilité de mener le gouvernement serait confiée à quelqu'un d'autre. Le cofondateur du mouvement, Abdul Ghani Baradar, devrait quant à lui occuper un poste important au sein de l'exécutif, toujours selon la première chaîne d'information afghane.

Pour Martine van Bijlert, du réseau des analystes de l'Afghanistan (AAN), le mouvement "n'était pas du tout préparé au départ soudain du président Ashraf Ghani le 15 août, et à ce que Kaboul tombe entre leurs mains si rapidement".

"Il n'avait jamais préparé de plan détaillé ou de politique gouvernementale", souligne-t-elle dans une note publiée mercredi, estimant les talibans "désormais divisés sur la voie à suivre".

- Corridors humanitaires -

Le temps presse pourtant au vu des nombreux défis à surmonter. L'urgence est avant tout économique: l'Afghanistan, l'un des pays les plus pauvres du monde, a vu l'aide internationale dont dépend son économie largement gelée.

Quelques bonnes nouvelles sont toutefois venues éclaircir légèrement ce tableau.

En première ligne dans les négociations internationales avec les nouveaux maîtres de l'Afghanistan, le Qatar a indiqué vendredi qu'il espérait voir s'ouvrir des "corridors humanitaires" dans les aéroports afghans d'ici 48 heures.

L'ONU a indiqué qu'elle tiendrait quant à elle à Genève une réunion le 13 septembre entre Etats membres afin d'accroître l'aide humanitaire à l'Afghanistan.

"L'Afghanistan fait face à une catastrophe humanitaire imminente", a déclaré le porte-parole du secrétaire général de l'organisation,Stéphane Dujarric .

Voisine de l'Afghanistan, la Chine a pour sa part promis de maintenir son ambassade à Kaboul et d'augmenter son aide au pays, selon un porte-parole des talibans. "Nous espérons que les talibans mettront en place une structure politique ouverte et inclusive (...) et qu'ils rompront définitivement avec tous les groupes terroristes", a toutefois prévenu un porte-parole chinois.

A Moscou, le président Vladimir Poutine a de son côté dit espérer que les talibans se comporteraient de manière "civilisée".

Pour leur part, les pays de l'UE ont détaillé vendredi leurs conditions pour leur relation future avec les talibans, et décidé de se coordonner pour assurer une présence civile à Kaboul afin d'aider aux évacuations, sous réserve que la sécurité le permette.

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Près d'une semaine après la fin du gigantesque pont aérien mis en place à l'aéroport de Kaboul pour évacuer afghans et ressortissants étrangers, les réseaux diplomatiques s'activent encore pour tenter de venir en aide aux Afghans menacés.

Les ministres italien et britannique des Affaires étrangères étaient respectivement attendus dans la région ce vendredi et la semaine prochaine.

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