Le cerveau présumé des attaques du 11-Septembre devant la justice à Guantanamo

Paul HANDLEY
<p>La porte principale de la prison de Guantanamo, le 16 octobre 2018 à Cuba</p>

Le procès du cerveau présumé du 11-Septembre, Khalid Sheikh Mohammed, et de quatre autres accusés, a repris mardi après 18 mois d'interruption à la prison militaire de Guantanamo, mais son issue semble encore bien lointaine, alors que l'Amérique s'apprête à commémorer le 20e anniversaire des attentats.

L'audience, présidée par un nouveau magistrat militaire, le colonel Matthew McCall, a été toutefois ajournée au bout de deux heures et demi en raison de questions procédurales sur sa nomination. Il est le huitième officier à diriger les audiences.

Le procès pourrait reprendre mercredi, mais les débats pourraient ne pas débuter avant la semaine prochaine.

Khalid Sheikh Mohammed, surnommé "KSM", est entré sous escorte militaire dans la salle d'audience coiffé d'un turban bleu assorti à son masque chirurgical qui cachait une longue barbe rousse grisonnante.

Il s'est assis à une table couverte de documents, aux côtés de son avocat, comme le co-accusé Ammar al-Baluchi, aussi appelé Ali Abdul Aziz Ali et neveu de "KSM", ainsi que Walid bin Attash, Ramzi bin al-Shibh, et Mustafa al-Hawsawi.

Khalid Sheikh Mohammed a ensuite entamé une discussion animée avec Walid bin Attash, accusé de complicité dans la planification des attaques.

Ce dernier, qui portait un keffieh rose et une veste de camouflage beige, se déplaçait lentement à cause d'une prothèse à une jambe qu'il a perdue en Afghanistan en 1996.

Ramzi bin Al-Shibh, accusé d'être membre de la "cellule de Hambourg" réunissant les pirates de l'air, portait également une veste militaire sur son pantalon blanc en coton.

- Sous haute sécurité -

<p>Une photo supposée du cerveau des attentats du 11-Septembre, Khalid Sheikh Mohammed, postée sur le site www.muslm.net le 3 septembre 2009</p>

Ali Abdul Aziz Ali, qui aurait géré les transferts d'argent pour perpétrer les attentats, a révélé une courte barbe foncée en enlevant son masque.

Il portait une coiffe du Baloutchistan, sa région d'origine du sud-ouest du Pakistan, et un habit traditionnel.

Mustafa al-Hawsawi, qui aurait travaillé avec Ali Abdul Aziz Ali, portait un habit traditionnel saoudien. Il était assis sur un fauteuil roulant médical, ses avocats affirmant qu'il souffre de blessures rectales infligées lors de ses interrogatoires par la CIA.

Dans le public, séparé par une paroi de verre, figuraient des familles des 2.976 victimes des attentats du 11-Septembre et des journalistes.

Le tribunal militaire, qui siège dans la prison de la base navale américaine de Guantanamo, dans le Sud-Est de Cuba, a été placé sous haute sécurité. La salle est entourée de grillages avec barbelés.

Le protocole sanitaire est également strict après plusieurs cas positifs au coronavirus dans d'autres audiences.

Les cinq hommes, accusés de "meurtre" et d'"actes terroristes", risquent la peine de mort.

Emprisonnés depuis quinze ans, ils n'avaient plus comparu depuis le début de l'année 2019, avant que la pandémie de Covid-19 ne mette la procédure à l'arrêt.

Leur procès, qui relève d'une justice militaire d'exception, doit reprendre comme il s'est arrêté, avec une défense invoquant des actes de tortures, lorsque les accusés étaient aux mains de la CIA, pour faire invalider la plupart des preuves avancées par les autorités américaines.

Et il pourrait s'écouler encore des mois, voire plus d'une année, avant que le procès n'entre dans sa phase vraiment décisive, au vu des très nombreux recours déposés par les avocats des accusés pour obtenir des pièces.

L'un d'eux, James Connell, a même assuré qu'il ne "savait pas" si ce procès irait un jour jusqu'à son terme.

- Montagnes de documents -

<p>Le déroulement schématique des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis</p>

La défense fait valoir que les accusés portent encore les séquelles des tortures infligées par la CIA, pendant leur détention dans les prisons secrètes de l'agence de renseignement entre 2002 et 2006.

Sans compter, selon leurs avocats, l'effet de quinze années d'emprisonnement dans des conditions de grand isolement.

La reprise du procès intervient quelques jours avant les commémorations des attaques qui ont frappé les Etats-Unis il y a vingt ans.

Pour l'accusation, même si les interrogatoires de la CIA devaient être invalidés, une condamnation des cinq hommes ne fait aucun doute.

Les procureurs assurent que les accusés ont fourni des preuves solides pendant les interrogatoires menés cette fois par le FBI, la police fédérale, en 2007 après leur arrivée à Guantanamo.

Mais la défense estime que le FBI a participé aux actes de torture de la CIA et également usé de techniques d'intimidation, rendant ses interrogatoires tout aussi douteux.

<p>Un garde regarde à l'intérieur d'une cellule de la prison de la base navale américaine de Guantanamo, le 24 avril 2007 à Cuba</p>

"N'ayez aucune illusion, ces hommes ont été emmenés à Guantanamo pour couvrir des actes de torture", plutôt que d'être présentés à la justice américaine ordinaire, a dit James Connell, qui défend Ammar al-Baluchi.

La défense réclame des montagnes de documents confidentiels que le gouvernement refuse jusqu'ici de livrer, que cela concerne le programme de torture, les conditions de détention à Guantanamo ou la santé des accusés.

Elle veut aussi entendre des dizaines de témoins supplémentaires, en plus des 12 ayant déjà défilé devant la juridiction militaire, notamment deux hommes ayant supervisé le programme d'interrogatoires de la CIA.

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