Hong Kong: des organisateurs de la veillée annuelle pour Tiananmen arrêtés

AFP
<p>Veillée aux chandelles organisée au 30e anniversaire de la répression de Tiananmen à Pékin, le 4 juin 2019 au parc Victoria à Hong Kong</p>

La police hongkongaise a arrêté mercredi plusieurs membres de l'association organisatrice de la veillée annuelle en mémoire de la répression de Tiananmen (Chine), au lendemain de leur refus de coopérer à une enquête menée au nom de la sécurité nationale.

Dans un bref communiqué de presse, l'organisation Hong Kong Alliance a annoncé que trois de ses membres, Simon Leung, Sean Tang et Chan To-wai, avaient été arrêtés mercredi matin.

Une autre membre, l'avocate Chow Hang-tung, est sortie de son bureau menottée et accompagnée de la police, a constaté une journaliste de l'AFP.

La police a confirmé l'arrestation de trois hommes et une femme pour "ne pas avoir fourni des informations" liées à la loi sur la sécurité nationale. Les quatre personnes sont placées en détention pour les besoins de l'enquête.

L'organisation fait partie des groupes pro-démocratie sous le coup d'une enquête au nom de la puissante loi sur la sécurité nationale, imposée par Pékin afin d'éliminer toute dissidence après les énormes manifestations de 2019 dans l'ancienne colonie britannique.

Le mois dernier, la police a ordonné à l'Alliance de lui remettre des informations financières et opérationnelles, l'accusant d'être un "agent étranger".

L'association a choisi d'ignorer cette requête qui comprenait des détails personnels sur tous ses membres depuis sa fondation en 1989, tous les compte-rendus de réunion et les rapports financiers, ainsi que tous les échanges avec des ONG de défense de la démocratie et des droits humains en Chine.

<p>Simon Leung (d) et deux autres membres de Hong Kong Alliance lors d'une conférence de presse, le 5 septembre 2021 à Hong Kong</p>

Mardi, date limite pour répondre aux demandes de la police, des membres de l'Alliance ont remis une lettre expliquant que la requête était illégale et arbitraire et qu'aucune preuve d'une infraction n'avait été présentée.

L'Alliance a aussi rejeté l'accusation d'être un "agent étranger", expliquant être un groupe local travaillant pour les Hongkongais.

- Plus de 120 arrestations -

A l'issue de ces arrestations, le très discret bureau représentant Pékin pour la sécurité nationale à Hong Kong, qui s'est installé dans un hôtel public peu après la promulgation de la loi l'an dernier et qui est en train de construire son siège dans la ville, a publié un communiqué.

"Quiconque a violé la loi de Hong Kong sur la sécurité nationale et d'autres lois doit être puni par la loi", a souligné le bureau.

Cette agence ne s'était jusqu'alors exprimée que deux fois, après les arrestations du magnat de la presse pro-démocratie Jimmy Lai et du professeur de droit Benny Tai, et n'avait formulé aucune explication après les plus de 120 autres arrestations au nom de cette même loi de sécurité nationale.

La Chine est en train d'imprimer sa marque autoritaire sur Hong Kong, avec l'arrestation de dizaines de figures pro-démocratie.

L'Alliance était autrefois l'un des symboles de la pluralité politique dans la ville.

<p>Quelque 100.000 personnes participent à une veillée aux chandelles dans le parc Victoria à Hong Kong, pour le premier anniversaire du massacre de la place Tienanmen (Pékin, Chine), le 4 juin 1990</p>

Chaque année depuis 1989, elle rassemblait le 4 juin des dizaines de milliers de personnes dans un parc pour une veillée aux chandelles en mémoire des victimes de la répression de Tiananmen, les slogans appelant à la démocratie en Chine.

Les deux dernières veillées ont été interdites et un musée dirigé par l'Alliance a été fermé il y a quelques mois.

Les autorités, à Pékin et à Hong Kong, ont averti que les prochaines veillées entreraient certainement en infraction avec la loi sur la sécurité nationale.

<p>L'avocat et militant pro-démocratie Lawrence Lau, poursuivi pour subversion, arrive au QG de la police, à Hong Kong le 8 septembre 2021</p>

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l'armée chinoise avait réprimé dans le sang sept semaines de manifestations étudiantes sur l'immense place Tiananmen, au coeur de Pékin, faisant des centaines, voire plus d'un millier de morts.

Ce sujet est tabou en Chine, où le régime communiste n'a jamais exprimé de regrets pour le massacre de 1989 et où aucune commémoration n'est autorisée.

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