La Guinée dans l'attente d'une réunion des Etats d'Afrique de l'Ouest sur le putsch

Mouctar BAH
<p>Scènes de joie lors de la libération de dizaines de détenus du régime du président guinéen déchu Alpha Condé, devant la prison civile de Conakry le 7 septembre 2021</p>

Les Guinéens attendaient mercredi de premières décisions de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) qui doit se réunir en sommet virtuel pour discuter du putsch qui a renversé le président guinéen Alpha Condé.

Les militaires emmenés par le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, peuvent se prévaloir d'une certaine popularité, comme en attestent les manifestations de sympathie de la population différents quartiers de Conakry, encore alimentée par la libération mardi soir d'un premier groupe de dizaines d'opposants au régime déchu.

La Cédéao, qui a condamné la prise de pouvoir éclair et l'arrestation de M. Condé dimanche, doit se réunir en sommet extraordinaire virtuel à partir de 14H00 GMT. L'organisation régionale se retrouve dans une situation comparable à celle qu'elle a connue lors d'un putsch similaire au Mali voisin en août 2020.

Elle avait alors pris des sanctions essentiellement économiques - arrêt des échanges commerciaux hors produits de première nécessité, fermeture des frontières - et suspendu le pays de l'organisation. Ces sanctions avaient été levées à la suite de l'engagement des militaires maliens sur la voie d'une transition de 18 mois maximum pour rendre le pouvoir à des dirigeants civils issus d'élections.

<p>Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya (C), chef des putchistes guinéens, salue la foule à Conakry le 6 septembre 2021</p>

L'épilogue de plus de dix années de régime d'Alpha Condé a suscité une large réprobation internationale et des appels à la "libération immédiate" de M. Condé et au rétablissement de "l'ordre constitutionnel" dans ce pays pauvre aux importantes ressources minières, notamment de bauxite.

Les putschistes, qui ont promis une "concertation" nationale en vue d'une transition politique confiée à un futur "gouvernement d'union nationale" disent avoir agi pour mettre fin à "la gabegie financière" et au "piétinement des droits des citoyens".

Ils ont dissous le gouvernement et les institutions et aboli la Constitution qu'avait fait adopter M. Condé en 2020 en invoquant ce changement de loi fondamentale pour se représenter après deux mandats, malgré des mois de contestation réprimée dans le sang.

- Détenus libérés -

Près de 80 détenus, dont plusieurs des principales figures de cette contestation, ont recouvré la liberté mardi soir à la suite de consultations entre les nouvelles autorités, l'administration pénitentiaire et leurs avocats.

Des correspondants de l'AFP ont vu une vingtaine d'entre eux sortir de la prison civile de Conakry sous les vivats de leurs partisans et de leurs proches.

L'un d'entre eux, Ismaël Condé, transfuge de l'ex-parti présidentiel condamné à une peine de prison pour des propos laissant entendre que seules les armes pourraient chasser Alpha Condé du pouvoir, a dit prier pour "une nouvelle ère pour la Guinée". "Nous sortons ragaillardis pour continuer la lutte pour une Guinée libre et démocratique", a-t-il assuré.

"Notre combat contre le troisième mandat a abouti, nous avons remporté la victoire", a déclaré pour sa part Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, un des principaux animateurs de cette contestation.

Les militaires ont instauré un couvre-feu et fermé les frontières, avant d'en annoncer lundi la réouverture.

Aucun décès lié au putsch n'a été rapporté officiellement. Mais des médias guinéens ont fait état d'une dizaine à une vingtaine de morts dans les rangs de la garde présidentielle, des informations invérifiables faute d'accès aux hôpitaux. Les photos et noms d'au moins une dizaine de victimes, accompagnés de messages de condoléances, circulaient sur les réseaux sociaux.

Le coup d'Etat, après des mois de crise politique et socio-économique aggravée par la pandémie de Covid-19, a suscité des explosions de joie à Conakry. Une coalition de l'opposition dirigée par le principal adversaire de M. Condé, l'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, a exprimé son soutien au nouveau pouvoir militaire.

"On est derrière Doumbouya", a déclaré à l'AFP Abdoul Gadiri Diallo, à Bambéto, banlieue réputée favorable à l'opposition, régulièrement secouée par des heurts entre manifestants et forces de sécurité, "il va très bien redresser ce pays-là, on compte sur lui".

Pour un autre habitant de Bambéto, Kaba Kemoko Lamine, "le peuple attendait ça depuis fort longtemps et l'occasion était là".

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