Covid-19 : Agnès Buzyn attendue à la CJR pour répondre de sa gestion de la crise

Guillaume DAUDIN
<p>Agnès Buzyn auditionnée par le Sénat à Paris le 23 septembre 2020</p>

Vers une première mise en examen pour la gestion gouvernementale de l'épidémie de Covid-19 ? L'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn est convoquée vendredi à 9H00 à la Cour de justice de la République (CJR) qui enquête sur la question depuis juillet 2020.

La mise en cause de Mme Buzyn serait la première dans ce vaste dossier consacré à la manière - critiquée, encore aujourd'hui - dont les autorités françaises ont anticipé puis géré quotidiennement l'épidémie de coronavirus qui a fait au moins 115.000 morts dans le pays, selon Santé publique France.

Au tout début 2020, Mme Buzyn occupait un rôle central, à la tête du ministère de la Santé (mai 2017 - février 2020).

Alors que le monde commençait à prendre peur suite aux informations alarmantes venant de Wuhan, en Chine, celle qui est hématologue de formation avait pris la parole à l'Élysée le 24 janvier 2020 pour dire: "les risques de propagation du coronavirus dans la population sont très faibles". Avant de préciser que cette analyse pouvait "évoluer".

<p>Agnès Buzyn et Edouard Philippe le 20 novembre 2019 lors d'une conférence de presse à Paris sur les moyens des hôpitaux</p>

Mi-février, elle était remplacée par Olivier Véran, quittant le gouvernement pour briguer la mairie de Paris.

Mais quelques jours après sa défaite électorale, alors que la France se confinait, elle créait un tollé en disant, dans le Monde du 17 mars 2020: "Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous". "Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade", avait-elle encore dit au Monde, au sujet du processus électoral.

Des propos confirmés en juin 2020 devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise sanitaire: elle avait indiqué avoir alerté l'Elysée et Matignon en janvier sur le "danger" potentiel du coronavirus.

Depuis, la CJR, seule institution habilitée à juger des ministres en exercice, a reçu de nombreuses plaintes liées au Covid-19, "14.500" selon le procureur général près la Cour de cassation François Molins, mercredi.

Manque d'équipements de protection pour les soignants et pour la population, errements sur la nécessité ou non de porter des masques, etc.: neuf de ces plaintes ont été jugées recevables par la commission des requêtes de la CJR, qui fait office de filtre, et ont permis l'ouverture d'une enquête en juillet 2020.

Depuis, d'autres plaintes ont été jugées recevables et jointes à l'enquête, tandis que des perquisitions ont été menées mi-octobre 2020 par les enquêteurs de l'Oclaesp (Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique) et de l'Oclciff (Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales).

- Auditions à venir -

Ces perquisitions ont visé les domiciles et bureaux du ministre de la Santé Olivier Véran, de l'ex-Premier ministre Edouard Philippe et des anciens membres du gouvernement Agnès Buzyn, Sibeth Ndiaye, mais aussi du directeur général de la Santé Jérôme Salomon et de la directrice générale de Santé Publique France, Geneviève Chêne.

<p>Passation de pouvoir entre Olivier Véran et Agnès Buzyn le 17 février 2020</p>

La commission d'instruction de la CJR a ouvert son enquête sur la seule infraction "d'abstention de combattre un sinistre".

A l'issue de son audition, Mme Buzyn peut être mise en examen ou ressortir sous le statut plus favorable de témoin assisté, si elle parvient à convaincre les juges qu'il n'existe pas suffisamment d'indices graves ou concordants pouvant être retenus contre elle.

L'ancienne ministre n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Ce développement majeur dans cette enquête pourrait être suivi par d'autres convocations visant des membres actuels ou passés de l'exécutif, parmi lesquels Olivier Véran ou Edouard Philippe, et avoir d'importantes conséquences politiques pour la majorité, alors qu'Emmanuel Macron pourrait briguer sa ré-élection au printemps 2022.

Interrogé jeudi au sujet de la convocation d'Agnès Buzyn, Jean Castex a répondu qu'"un chef de gouvernement ne peut pas commenter un processus judiciaire en cours". "Il faut à tout prix éviter (…) que la paralysie guette l’action des pouvoirs publics au moment ou au contraire on a besoin des décisions pour faire face à des crises", a cependant ajouté le Premier ministre, considérant que Mme Buzun "a pris les décisions que les circonstances lui commandaient de prendre".

"Lorsqu'on est un représentant politique et qu'on commet des fautes dans le cadre de ses fonctions, les premiers juges sont d'abord les électeurs. Le risque, c'est de paralyser l'action politique (...) et c'est surtout de faire un tribunal populaire", s'est inquiété de son côté jeudi au micro de Franceinfo le député de la majorité Sacha Houlié.

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