La soirée funeste du 13 novembre 2015 décortiquée au procès

Marie DHUMIERES, Alain JEAN-ROBERT
<p>Croquis d'audience réalisé le 9 septembre 2021 montrant Salah Abdeslam, l'un des principaux accusés au procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris</p>

Que s'est-il exactement passé le soir du 13 novembre 2015 ? Vendredi, au troisième jour du procès des attentats les plus meurtriers ayant jamais frappé la France, la cour d'assises spéciale de Paris tentera de dérouler l'enchaînement de la tragédie.

Le président Jean-Louis Périès a prévu de lire son rapport résumant les 542 tomes du dossier. Selon une source judiciaire, la lecture pourrait durer neuf heures.

La nuit de terreur du 13 novembre 2015 a débuté à 21H16, aux abords du Stade du France à Saint-Denis, où se jouait le match de football France-Allemagne. A quelques minutes d'intervalle, trois jihadistes déclencheront leur ceinture explosive.

Un peu plus tard, au coeur de Paris, d'autres assaillants, armés de fusils d'assaut, mitraillent des terrasses de cafés et de restaurants. Un autre commando fait irruption dans la salle de spectacle du Bataclan, avec armes de guerre et ceinture explosive. Le bilan est connu: 130 morts, des centaines de blessés. Des familles meurtries à jamais.

Jean-Louis Périès va s'employer à détailler les événements et préciser autant que faire se peut les zones d'ombre qui demeurent.

Les enquêteurs - jusqu'à 1.000 au début de l'enquête - et les cinq magistrats antiterroristes saisis avaient rapidement établi que les attentats avaient été coordonnés depuis la Belgique. Ils ont aussi identifié leur commanditaire en Syrie: Oussama Atar, un Belge surnommé "Abou Ahmad al-Iraki", membre important de l'EI, vraisemblablement mort en 2017 dans une frappe de la coalition en zone irako-syrienne.

Le président parlera devant les victimes - on compte plus de 1.800 parties civiles - qui attendent enfin que justice soit rendue.

Sur le banc des accusés, 14 hommes seront aussi attentifs, ou près à se faire remarquer comme l'a fait depuis l'ouverture du procès Salah Abdeslam, au grand dam des parties civiles, choquées par son attitude.

- Parasiter les débats -

Quasi mutique durant toute l'instruction, le Franco-Marocain de 31 ans, seul membre des commandos encore en vie, a revendiqué haut et fort son appartenance à l'EI. "J'ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l’État islamique", a lancé Salah Abeslam, accusé de complicité de crimes terroristes et qui encourt la perpétuité.

Jeudi, il a récidivé en lançant une nouvelle diatribe. "Je ne cautionne pas votre justice", a-t-il clamé.

<p>Un gendarme français surveille les abords du Palais de Justice à Paris, le 8 septembre 2021</p>

Jean-Louis Périès s'est engagé à faire du procès "historique" et "hors norme" du 13-Novembre, un procès exemplaire, dans "le respect de la norme, des droits de chacun, à commencer par les droits de la défense".

Face aux provocations d'Abdeslam, il a répondu jusqu'à présent avec un calme non dénué de détermination, n'entendant pas qu'il confisque la parole. "M. Abdeslam, vous avez eu cinq ans pour vous exprimer (devant les juges d'instruction français, ndlr), vous n'avez pas voulu le faire et c'est votre droit le plus strict. J'entends aujourd'hui que vous allez le faire et c'est très bien, mais ce n'est pas le moment" encore, lui a-t-il dit, jeudi, avant de lui couper le micro.

Le procès est prévu pour durer neuf mois.

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