Afghanistan: crainte d'une catastrophe humanitaire, l'ONU appelle au dialogue avec les talibans

Mohamad Ali Harissi, Emmanuel DUPARCQ
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La communauté internationale doit discuter avec les talibans pour éviter une catastrophe humanitaire en Afghanistan, a affirmé lundi le chef de l'ONU, alors qu'un premier vol commercial s'est posé lundi à Kaboul, l'un des premiers signes de normalisation du pays depuis le retour des islamistes au pouvoir.

La situation devient critique pour des millions d'Afghans, déjà affectés par une sécheresse aigüe et les conséquences de la pandémie du Covid-19. Selon l'ONU, en l'absence de soutien, la quasi-totalité de la population afghane (97%) risque de basculer sous le seuil de pauvreté l'an prochain, contre 72% aujourd'hui.

"Si nous voulons faire progresser les droits de l'Homme pour le peuple afghan, le meilleur moyen est d'aller de l'avant avec l'aide humanitaire, de dialoguer avec les talibans et de tirer avantage de cette aide humanitaire pour pousser à la mise en œuvre de ces droits", a déclaré Antonio Guterres.

Il s'exprimait en marge d'une réunion ministérielle à Genève lors de laquelle l'ONU a demandé plus de 600 millions de dollars d'aide pour les organisations humanitaires dans ce pays.

"Et nous sommes bien sûr très soucieux de faire en sorte que l'aide humanitaire serve de levier pour obtenir un réel engagement des talibans dans tous les autres aspects qui préoccupent la communauté internationale", a-t-il poursuivi, citant encore "le terrorisme", "la drogue", ou "la nature du gouvernement".

Les talibans ont pris Kaboul mi-août sans combattre, du fait de l'effondrement de l'Etat afghan pourtant soutenu depuis deux décennies par la communauté internationale.

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Mais depuis leur retour au pouvoir, après un premier règne de cinq ans (1996-2001) marqué par la terreur et les brutalités, l'Afghanistan est en partie à l'arrêt, notamment en raison de l'interruption des flux financiers avec l'étranger qui perfusaient une économie sinistrée par 40 ans de guerres.

La communauté internationale doit trouver des mécanismes "afin de s'assurer que nous ne laissons pas l'économie afghane s'effondrer", a appelé M. Guterres, quand nombre de pays refusent de fournir directement de l'aide au nouveau régime pour tenter de le faire plier. L'écroulement du pays aurait "des conséquences dévastatrices pour le peuple afghan" et "pourrait déclencher un exode massif", a-t-il encore averti.

- 'Jour d'espoir' -

Ces déclarations sont intervenues alors qu'un premier vol commercial de la compagnie pakistanaise PIA a atterri lundi matin à l'aéroport de Kaboul, contrôlé depuis deux semaines par les talibans et remis progressivement en état, avec l'aide du Qatar notamment, après le départ précipité et sous haute tension des forces américaines le 30 août.

La capacité des islamistes à relancer le trafic international à Kaboul va être un test pour leur régime, qui après avoir annoncé son gouvernement, consolide son emprise sur le pays sans résistance notable à ce stade, sauf dans la petite province enclavée du Panchir (Nord-Est).

Les Américains et leurs alliés avaient quitté l'Afghanistan au terme de 20 ans de guerre infructueuse contre les talibans, organisant dans les ultimes semaines un gigantesque pont aérien qui a permis d'évacuer 123.000 personnes.

"C'est un moment important, un jour d'espoir", a déclaré à l'AFP un employé de l'aéroport de Kaboul, en espérant que d'autres compagnies allaient suivre rapidement l'exemple de PIA, qui n'a toutefois pas encore établi un programme de vols réguliers.

L'avion pakistanais, qui n'avait transporté que de rares passagers à Kaboul, est reparti vers Islamabad avec près de 70 personnes à son bord, dont des Afghans ayant travaillé avec des organisations internationales et leurs proches.

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"Je suis évacuée, je vais au Tadjikistan" après Islamabad, a déclaré à l'AFP dans la file d'attente à Kaboul une femme de 35 ans employée par la Banque Mondiale. Elle compte revenir en Afghanistan, mais "une fois que les hommes et les femmes pourront de nouveau travailler et se déplacer librement".

Les talibans ont annoncé la semaine dernière leur gouvernement, marqué par la présence de nombreux caciques de leur régime fondamentaliste des années 90. Ils se sont engagés à gouverner de façon moins brutale et rigoriste que lors de leur premier règne entre 1996 et 2001, lorsque les femmes ne pouvaient pas travailler ou étudier.

Mais ils ont également violemment réprimé, puis interdit, des manifestations organisées dans plusieurs grandes villes du pays, auxquelles participaient de nombreuses femmes réclamant notamment de pouvoir continuer à travailler pour nourrir leurs familles.

A Genève, la Haute-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU Michelle Bachelet s'est dite "déçue" du manque de diversité du gouvernement des talibans, et s'est inquiétée du traitement des femmes et de la répression de plus en plus violente des voix dissidentes.

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