Corée: Séoul et Pyongyang procèdent à des tirs de missiles balistiques le même jour

Kang Jin-kyu, Claire LEE
<p>Une capture d'écran d'images diffusées par le ministère sud-coréen de la Défense montrant le test de missiles balistiques mené par Séoul le 15 septembre 2021</p>

La Corée du Nord et la Corée du Sud ont procédé toutes deux mercredi à des tirs de missiles dans ce qui ressemble à une véritable course à l'armement entre ces deux pays toujours techniquement en guerre.

Les Etats-Unis ont "condamné" le tir nord-coréen effectué "en violation de plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU" et qui "représente une menace pour les voisins". Mais ils ont aussi réaffirmé leur appel au "dialogue", resté jusqu'ici sans réponse de la part de Pyongyang depuis l'arrivée du président Joe Biden à la Maison Blanche en janvier.

Le lancement de deux missiles balistiques nord-coréens vers la mer a été suivi quelques heures après par celui d'un missile balistique depuis un sous-marin par la Corée du Sud, supervisé par le président Moon Jae-in.

<p>Le sous-marin sud-coréen Ahn Chang-ho lors de la cérémonie de sa mise en service le 13 août 2021 sur l'île méridionale de Geoje</p>

Le Sud est ainsi devenu le septième pays au monde à disposer de cette technologie de pointe, une avancée stratégique importante pour Séoul qui lui donne une longueur d'avance sur son voisin du Nord.

Ce dernier est soumis à des sanctions internationales en raison de ses programmes d'armes nucléaires et de missiles balistiques interdits.

"Le fait d'avoir deux Corées qui effectuent des tirs d'essai de missiles balistiques le même jour relève d'un timing extraordinaire", a déclaré à l'AFP John Delury, professeur à l'université Yonsei. "Cela montre bien qu'il y a une course aux armements dans cette région à laquelle tout le monde doit prêter attention."

<p>Un homme regarde sur un écran à la gare de Séoul, le 15 septembre 2021, un reportage sur le lancement par la Corée du Nord d'un missile balistique</p>

Selon l'armée de Séoul, le Nord a tiré "deux missiles balistiques de courte portée depuis la province de Pyongan Sud (centre) en direction de l'est vers la mer". Ils ont parcouru environ 800 kilomètres à une altitude maximale d'environ 60 kilomètres.

Le ministre japonais de la Défense, Nobuo Kishi, a estimé qu'ils étaient tombés dans les eaux de la zone économique exclusive du Japon.

Le missile balistique mer-sol (SLBM) sud-coréen a lui été tiré depuis le sous-marin Ahn Chang-ho, récemment mis en service, et a parcouru la distance prévue avant d'atteindre sa cible, a fait savoir la présidence sud-coréenne.

Tous les pays disposant de SLBM sont dotés de l'arme nucléaire.

La Corée du Sud dispose désormais "d'une dissuassion suffisante pour répondre aux provocations de la Corée du Nord à n'importe quel moment", a déclaré le président Moon.

Il s'est attiré une riposte cinglante de l'influente soeur du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Kim Yo Jong a condamné "l'attitude illogique de Séoul" qui considère ses tirs de missiles balistiques comme "des actions légitimes pour soutenir la paix, et nos actions comme une menace contre la paix", a-t-elle dit, selon les médias officiels nord-coréens.

- "Renouer le dialogue"-

<p>Photomontage non daté diffusé par l'agence de presse officielle nord-coréenne KCNA le 13 septembre 2021 montrant un essai de missile de croisière longue portée</p>

Il s'agit du deuxième tir de Pyongyang en moins d'une semaine, selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA qui avait fait état lundi du lancement d'un "missile de croisière longue portée" au cours du week-end.

Les tirs de mercredi du Nord comme du Sud sont intervenus au moment où le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, est à Séoul pour s'entretenir avec son homologue sud-coréen.

S'exprimant avant l'annonce de ces tirs, le ministre avait dit espérer que tous les pays contribueraient "à la paix et à la stabilité dans la péninsule coréenne", selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, les invitant "tous à travailler ensemble à renouer le dialogue".

Pour les analystes, ces tirs sont un signal destiné à la Chine, principal allié diplomatique et partenaire commercial du Nord bien que les relations entre les deux pays soient parfois tendues.

Après son arrivée au pouvoir fin 2011, Kim Jong Un a attendu plus de six ans avant de se rendre en Chine mais s'est ensuite entretenu à plusieurs reprises avec le président chinois Xi Jinping. Pékin considère que le Nord fait partie intégrante de sa sphère d'influence.

- "Message indirect" -

<p>Carte localisant les tirs de missiles balistiques effectués par la Corée du Nord et par la Corée du Sud le 15 septembre</p>

Yang Moo-jin, professeur à l'Université des études nord-coréennes, estime que ces tirs "ressemblent à un message indirect de la Corée du Nord et même à une demande adressée à Pékin pour que la péninsule coréenne soit traitée par la Chine comme un dossier prioritaire".

"Dans le même temps, Pyongyang semble affirmer et souligner que la Corée du Nord prend la tête sur le dossier de la péninsule coréenne", a-t-il ajouté.

Environ 28.500 soldats américains sont déployés en Corée du Sud, et Washington a réaffirmé mercredi son engagement "inébranlable" envers la défense de Séoul et Tokyo.

Pyongyang est actuellement plus que jamais isolé depuis la fermeture de ses frontières en début d'année dernière pour empêcher la propagation du coronavirus.

Ses pourparlers avec les Etats-Unis sont dans l'impasse depuis l'échec du sommet de 2019 à Hanoi entre Kim Jong Un et le président américain de l'époque Donald Trump.

En début de semaine, les émissaires des Etats-Unis, du Japon et de la Corée du Sud pour la Corée du Nord se sont rencontrés à Tokyo.

Depuis l'arrivée de Kim Jong Un à la tête du pays, les programmes en matière d'armement ont progressé, mais Pyongyang n'a procédé à aucun essai nucléaire ou tir de missile balistique intercontinental depuis 2017.

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