Biden embarque l'Australie et le Royaume-Uni dans une nouvelle alliance stratégique

Aurélia END
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Les Etats-Unis, qui cherchent à renforcer tous azimuts leurs alliances face à la Chine, ont annoncé mercredi avec l'Australie et le Royaume-Uni un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique, qui pourrait malmener les ambitions françaises dans la région.

"La première grande initiative de (ce nouveau pacte appelé) +AUKUS+ sera de livrer une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire à l'Australie", a dit le Premier ministre australien Scott Morrison, apparaissant en visioconférence, ainsi que le Premier ministre britannique Boris Johnson, lors d'un événement présidé par Joe Biden à la Maison Blanche.

A la suite de cette annonce spectaculaire, qui voit les Etats-Unis partager une technologie particulièrement sensible, l'Australie devrait annuler, selon la presse australienne, une gigantesque commande de sous-marins conventionnels à la France, pesant des dizaines de milliards d'euros, et que le président Emmanuel Macron s'est engagé à défendre.

Et il n'est pas sûr que Paris se console avec les propos conciliants de Joe Biden, qui a assuré mercredi que les Etats-Unis voulaient "travailler étroitement avec la France" dans cette zone très stratégique.

Paris "est un partenaire clé" des Etats-Unis, a-t-il encore dit.

"Le Royaume-Uni, l'Australie et les Etats-Unis vont être liés encore plus étroitement, ce qui reflète le degré de confiance entre nous et la profondeur de notre amitié", a déclaré Boris Johnson, qui engrange là un succès diplomatique certain dans sa stratégie pour éviter l'isolation internationale après le Brexit.

- Sous-marins -

"Sur la base de notre histoire commune de démocraties maritimes, nous nous engageons dans une ambition commune pour soutenir l'Australie dans l'acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire", selon un communiqué commun des trois partenaires, qui précise qu'il s'agit bien de propulsion, et non d'armement.

"Le seul pays avec lequel les Etats-Unis ont jamais partagé ce type de technologie de propulsion nucléaire est la Grande-Bretagne" à partir de 1958, avait indiqué plus tôt un haut responsable de la Maison Blanche. "C'est une décision fondamentale, fondamentale. Cela va lier l'Australie, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour des générations."

La Chine n'a été mentionnée mercredi ni dans les déclarations orales, ni dans le communiqué qui évoque la "paix et la stabilité dans la région indo-pacifique", mais il ne fait aucun doute que la nouvelle alliance vise d'abord à faire face aux ambitions régionales de Pékin.

Joe Biden répète depuis son élection qu'il entend se confronter à la Chine, comme son prédécesseur Donald Trump, mais de manière très différente, sans s'enfermer dans un face-à-face.

Mercredi, il a ainsi dit vouloir "investir dans notre plus grande source de force, nos alliances" et vouloir "les mettre à jour pour mieux faire face aux menaces d'aujourd'hui et de demain."

- Le "contrat du siècle" pour la France menacé -

Le président américain réunit d'ailleurs le 24 septembre à Washington les Premiers ministres australien, indien et japonais pour relancer un format diplomatique, le "Quad", qui végétait depuis plusieurs années.

Mais l'annonce de mercredi, malgré les précautions de langage de Joe Biden, risque bel et bien de jeter un coup de froid sur une autre alliance, avec la France, si l'Australie dénonce effectivement ce qui est parfois qualifié de "contrat du siècle" pour l'industrie de défense française.

Un accord-cadre conclu en 2016 par l'Australie, mais qui bat de l'aile, prévoit la construction de 12 sous-marins à propulsion conventionnelle de classe Attack, conçus à partir des sous-marins nucléaires d'attaque français Barracuda.

Le coût global du programme dont le français Naval Group a la charge s'élève à 50 milliards de dollars australiens (constants, 31 milliards d'euros).

Le groupe spécialisé dans la construction navale de défense a fait part mercredi de "sa grande déception".

Lors d'un entretien avec Scott Morrison mi-juin, Emmanuel Macron avait pourtant réaffirmé "l'engagement plein et entier" de la France à aller jusqu'au bout du contrat.

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