Meng Wanzhou, "princesse" de Huawei et visage de la "Guerre froide 2.0"

Dan MARTIN à Hong Kong et Anne-Sophie THILL à Montréal
<p>Meng Wanzhou, directrice financière de Huaweil, quitte son domicile pour se rendre à la Cour suprême de Colombie-Britannique, le 18 août 2021 à Vancouver</p>

Elle dit avoir commencé tout en bas de l'échelle à Huawei avant de devenir connue sous le surnom de "princesse" du groupe: c'est par Meng Wanzhou, directrice financière du géant chinois des télécommunications et fille de son président, que la grave crise diplomatique entre Ottawa et Pékin est arrivée.

A 49 ans, Mme Meng est au cœur d'une saga diplomatico-judiciaire longue de près de trois ans qui semble approcher de son épilogue: alors que la Chinoise était visée par une procédure d'extradition vers les Etats-Unis, la justice américaine a entériné vendredi un accord entre Washington et Huawei qui va lui permettre de rentrer dans son pays contre "un report" des poursuites engagées contre elle.

Meng Wanzhou avait été arrêtée le 1er décembre 2018 à l'aéroport de Vancouver à la demande de Washington.

<p>Les portraits des Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig, détenus en Chine, lors d'une manifestation pour leur libération, le 6 mars 2019 à Vancouver</p>

Quelques jours plus tard, deux Canadiens, Michael Spavor, un homme d'affaires, et l'ancien diplomate Michael Kovrig, étaient arrêtés en Chine, provoquant une crise entre Pékin et Ottawa.

"Tout commence avec elle: c'est par elle que le scandale arrive, tout le dossier est défini par elle, les deux Michael ne seraient pas une histoire s'il n'y avait pas eu son arrestation", affirme Frédéric Mégret, professeur de droit spécialiste en extradition à l'université McGill.

- "Fille de" -

Aujourd'hui N.2 du géant chinois, l'intéressée insiste sur ses débuts en bas de l'échelle. Selon les médias chinois, elle aurait raconté dans une note interne avoir commencé comme standardiste/dactylo.

Elle a ensuite obtenu un diplôme de gestion en Chine avant de rejoindre les services financiers de Huawei.

<p>Des manifestants demandent la libération de Meng Wanzhou devant la Cour suprême de Colombie-Britannique, le 11 décembre 2018 à Vancouver</p>

A la différence des hommes d'affaires un peu ternes qui peuplent les conseils d'administration des grandes entreprises chinoises, Mme Meng a la réputation d'être souriante et accessible, en dépit de son surnom de "princesse de Huawei".

Toujours selon la presse chinoise, elle faisait à ses débuts preuve d'une grande discrétion, au point que peu de gens savaient qui était son père -- ne serait-ce que parce qu'elle porte depuis son plus jeune âge le nom de famille de sa mère, pour une raison inconnue.

Ren Zhengfei, toujours président du groupe, "est un patron au travail et un père à la maison", a déclaré Mme Meng, cherchant à démontrer que son ascension n'avait rien à voir avec son état de "fille de".

Dans ses interviews, elle parle du "président Ren", jamais de "mon père".

Elle s'exprimerait facilement en anglais et a pris deux prénoms à consonance occidentale, "Cathy" et "Sabrina".

Son père, 76 ans, ancien ingénieur de l'armée chinoise, a fondé Huawei en 1987 avec un capital initial de quelques milliers de dollars.

- Visage d'une compétition "féroce" -

Début 2020, Huawei était le premier fabricant mondial de smartphones avant d'être placé sur la liste noire de l'ancienne administration Trump. Il ne figure plus depuis parmi les cinq premiers mondiaux du secteur.

<p>Meng Wanzhou, bracelet électronique à la cheville, quitte son domicile pour se rendre à la Cour suprême de Colombie-Britannique, le 27 octobre 2020 à Vancouver</p>

"Meng Wanzhou est le visage de cette nouvelle compétition féroce entre la Chine" et les Etats-Unis qui "menace de remettre en question la position hégémonique mondiale des Américains" et "l'ordre mondial libéral" qu'ils dirigent depuis la Guerre froide, observe Roromme Chantal, professeur à l'Ecole des hautes études publiques (HEP) de Moncton et spécialiste de la Chine.

"La forme que prend cette compétition féroce est principalement une rivalité technologique", explique-t-il, évoquant une "Guerre froide 2.0".

Tout au long de la procédure, le gouvernement chinois a estimé que l'administration américaine cherchait avant tout à affaiblir Huawei, entreprise chinoise de pointe et leader mondial des équipements et réseaux 5G, sans équivalent côté américain.

"Une affaire d'extradition sur dix mille concerne des individus à fort capital social et politique", souligne Frédéric Mégret, de l'université McGill.

Mme Meng est "une représentante en bonne et due forme du capitalisme chinois incarné par Huawei, conquérant mais faisant aussi l'objet de méfiances" industrielle et sécuritaire en termes d'espionnage, ajoute-t-il.

Pressentie avant son arrestation pour succéder à son père, Mme Meng vit depuis en liberté surveillée, avec couvre-feu et bracelet électronique à la cheville, dans une des luxueuses maisons qu'elle possède dans cette ville de l'Ouest canadien.

<p>Meng Wanzhou quitte son domicile pour se rendre à la Cour suprême de Colombie-Britannique, le 25 septembre 2019 à Vancouver</p>

Tout au long de cette saga judiciaire, Meng Wanzhou est souvent apparue avec un sourire face aux photographes lorsqu'elle quittait son domicile pour se rendre aux audiences de la Cour suprême de Colombie-Britannique.

Fin 2020, son mari, Liu Xiaozong, et ses deux enfants avaient été autorisés à la rejoindre, alors que le Canada avait fermé ses frontières aux étrangers à de rares exceptions.

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