Dans un hôpital de Moscou, l'interminable défilé des morts du Covid

Evan GERSHKOVICH
<p>Des médecins portant un équipement de protection examinent des patients à l'unité de soins intensifs contre le Covid-19 de l'hôpital Sklifossovski à Moscou le 20 octobre 2021</p>

Depuis près de 20 mois, le docteur Evguéni Riabkov voit défiler les mourants du Covid-19 dans son hôpital de Moscou, confronté comme toute la Russie à une nouvelle flambée de l'épidémie. Dans leurs derniers instants, beaucoup de malades regrettent de ne pas s'être fait vacciner.

"D'habitude ils cherchent des excuses, ils disent qu'ils voulaient le faire demain", raconte le médecin à l'AFP, lors d'une visite mercredi de son unité Covid à l'Institut Sklifossovski, dans le centre de la capitale russe.

"Malheureusement, demain est arrivé aujourd'hui."

Ces dernières semaines, la hausse des contaminations et des morts du Covid est à nouveau dramatique en Russie. Mercredi, 1.028 décès se sont ajoutés au macabre bilan. Un nouveau record.

Le pays a recensé à ce jour près de 230.000 morts dus à l'épidémie, selon les chiffres du gouvernement. Mais ce bilan est sous-estimé. L'agence russe de statistiques Rosstat dénombrait plus de 400.000 décès à la fin août.

Confrontées à une quatrième vague depuis l'été, portée par le variant Delta, les autorités ont toutefois tardé à réagir. Vladimir Poutine a finalement ordonné mercredi une semaine chômée début novembre pour tenter d'endiguer la pandémie.

<p>Un patient alité à l'unité de soins intensifs contre le Covid-19 de l'hôpital Sklifossovski à Moscou le 20 octobre 2021</p>

Mais les pouvoirs publics se refusent toujours pour l'heure à des mesures plus restrictives, comme un confinement, par crainte de fragiliser l'économie. Dans les rues de Moscou, de loin le principal foyer épidémique du pays, les bars et restaurants restent ouverts. Le port du masque est peu suivi et peu contrôlé.

La vaccination, elle, avance très lentement face à la méfiance traditionnelle des Russes. Moins du tiers d'entre eux sont vaccinés, selon le site spécialisé Gogov.

- Envie de crier -

Face à tout cela, le docteur Evguéni Riabkov, sur le front depuis des jours et des jours, ne cache pas sa frustration.

<p>Un médecin portant un équipement de protection fait faire des exercices à des patients à l'unité de soins intensifs contre le Covid-19 de l'hôpital Sklifossovski à Moscou le 20 octobre 2021</p>

"Si je fais un tour en voiture, je vois des gens sans masques qui s'amusent, des vieux et des jeunes, ça m'exaspère car je travaille pour eux. Malheureusement ils ne comprennent pas", souffle ce médecin de 54 ans.

"Dans ces cas-là, j'ai envie de crier." Il a lui-même perdu cinq de ses collègues emportés par le Covid.

Le chef du service de réanimation de l'hôpital, Alexandre Chakotko, en est certain : seule la vaccination peut vaincre la maladie. "Nous avons besoin de responsabilité sociale", lance-t-il.

L'une de ses patientes, Olga Ryjko, une architecte de 51 ans, reconnaît avoir repoussé à plusieurs reprises sa vaccination, sans y être opposée. Elle est désormais redevable éternellement à ses médecins. "Je ne serais pas là s'ils ne m'avaient pas sauvée."

D'autres n'ont pas eu cette chance. Lundi, l'une de ses voisines de chambrée est morte.

Un autre patient du service de réanimation, Anatoli Poliakov, policier à la retraite, est là depuis deux semaines. Lui aussi n'était pas vacciné. Il dit qu'il attendait avec sa femme l'arrivée d'un vaccin "solide".

<p>Une patiente alitée à l'unité de soins intensifs contre le Covid-19 de l'hôpital Sklifossovski à Moscou le 20 octobre 2021</p>

"On a attendu, attendu et encore attendu. Et voilà ce qu'on a eu", regrette cet homme de 76 ans. S'il sort vivant de l'hôpital, il jure de dire "à tout le monde" qu'il faut se faire vacciner au plus vite.

Les médecins de cette unité Covid, épuisés, refusent d'envisager la fin. Un moyen de trouver encore des forces.

"Lors des deux premières vagues, on se disait, allez, il faut tenir encore un peu puis on retrouvera une vie normale", se souvient le réanimateur Alexandre Chakotko. "Mais on n'y pense plus. Car maintenant, pour nous, c'est ça une vie normale."

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