La demande américaine d'extradition de Julian Assange de retour devant la justice britannique

Joe JACKSON, Julie EZVAN
<p>Manifestation contre l'extradition de Julian Assange aux Etats-Unis, le 27 octobre 2021 devant la Haute Cour de Londres</p>

La justice britannique a entamé mercredi l'examen de l'appel des Etats-Unis contre le refus d'extrader le fondateur de Wikileak Julian Assange, poursuivi pour une fuite massive de documents.

Absent, l'Australien de 50 ans, détenu depuis deux ans et demi à la prison haute sécurité de Belmarsh, a choisi de ne pas apparaître en visioconférence à l'ouverture de l'audience devant la Haute Cour de Londres, selon son avocat Edward Fitzgerald, pour des raisons qui seront exposées ultérieurement.

En janvier, Julian Assange avait remporté une victoire majeure: la juge britannique Vanessa Baraitser avait rejeté la demande américaine d'extradition, avançant un risque de suicide de Julian Assange, qui risque 175 ans de prison aux États-Unis, dans une affaire dénoncée par ses soutiens comme une dangereuse attaque contre la liberté de la presse.

Mais Washington a obtenu de pouvoir faire appel de cette décision, remettant notamment en cause la fiabilité d'un expert qui avait témoigné en sa faveur. Le psychiatre, Michael Kopelman, avait en effet reconnu avoir trompé la justice en "dissimulant" le fait que son client était devenu père de deux enfants alors qu'il était cloîtré à l'ambassade d'Equateur à Londres.

C'est ce risque de suicide, plus que le fond des poursuites ou leur éventuel caractère politique, qui doit être débattu lors de cette audience d'appel prévue sur deux jours à la Haute Cour. Une décision n'est pas attendue avant plusieurs semaines.

Ces audiences constituent l'un des derniers recours pour Washington, qui, en cas de nouvelle défaite, n'aurait plus comme possibilité que de saisir la Cour suprême britannique, sans garantie qu'elle accepte de prendre le dossier.

En cas de victoire, ce ne serait pas la fin de l'affaire, qui serait alors renvoyée devant un tribunal amené à se prononcer sur le fond.

- "Mal en point" -

L'enjeu est de savoir si la justice britannique "va extrader un journaliste vers le pays qui a comploté pour l'assassiner", a estimé avant l'audience Stella Moris, la compagne de Julian Assange, "très inquiète" après l'avoir vu "très maigre" en prison samedi.

<p>Julian Assange: les grandes étapes de la saga judiciaire du fondateur de WikiLeaks</p>

"J'espère que la cour va mettre fin à ce cauchemar", a-t-elle déclaré devant plusieurs dizaines de partisans de l'Australien rassemblés devant la Haute Cour de Londres. Julian Assange est soutenu par nombre d'organisations de défense de la liberté de la presse.

"Il n'a rien fait de mal du point de vue légal, éthique ou moral", a estimé Sadia Koknie, 40 ans, interrogée par l'AFP devant la Haute Cour. "Il a été incarcéré dans des conditions répugnantes. (...) Il ne devrait pas être là et c'est totalement ridicule tout ce qu'il a traversé".

"Une extradition reviendrait à une peine de mort", a jugé de son côté Ruby Allen, 20 ans.

Julian Assange est poursuivi pour avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700.000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, notamment en Irak et en Afghanistan.

Il a été arrêté par la police britannique en avril 2019 après avoir passé sept ans reclus à l'ambassade d'Equateur à Londres, où il s'était réfugié alors qu'il était en liberté sous caution. Il craignait une extradition vers les États-Unis ou la Suède, où il a fait l'objet de poursuites pour viol, depuis abandonnées.

Julian Assange se trouve sous le coup de poursuites lancées sous la présidence de Donald Trump. Sous son prédécesseur Barack Obama, qui avait Joe Biden pour vice-président, la justice américaine avait renoncé à poursuivre le fondateur de WikiLeaks.

<p>Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, le 1er mai 2019 à son arrivée devant un tribunal de Londres</p>

Mais l'élection de Joe Biden à la Maison Blanche n'a pas apporté l'inflexion espérée par les soutiens de Julian Assange.

Plusieurs organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse, dont Amnesty International, Human Rights Watch et Reporters sans frontières, "profondément inquiètes", ont demandé mi-octobre dans une lettre ouverte au ministre américain de la Justice Merrick Garland d'abandonner ses poursuites.

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