Biden revoit son plan d'investissement, l'accord du Congrès incertain

Sebastian SMITH et Delphine TOUITOU
<p>Joe Biden, suivi par la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, arrive au Capitole le 28 octobre 2021</p>

Joe Biden a annoncé jeudi, avant de partir pour l'Europe, avoir trouvé le cadre d'un accord pour son "plan historique" en faveur des familles et de l'environnement, mais l'indispensable soutien de plusieurs élus du Congrès à ce texte restait encore incertain.

"Je pense que nous avons le cadre d'un plan économique historique. Je sais que nous avons le cadre d'un plan économique historique", a déclaré le président américain. "C'est un cadre qui créera des millions d'emplois, fera croître l'économie, investira dans notre nation et notre peuple", a-t-il ajouté lors d'une allocution depuis la Maison Blanche.

Il a ensuite embarqué à bord d'Air Force One sans faire de commentaire, avant de s'envoler vers l'Europe.

Pour rallier les centristes, celui qui a passé 36 ans sur les bancs du Sénat a consenti à ramener le montant de son plan baptisé "Build Back Better" ("Reconstruire en mieux) à 1.750 milliards de dollars sur une décennie, soit moitié moins que ce qu'il envisageait initialement.

"Nous avons fait des progrès considérables", a réagi sur Twitter la sénatrice Kyrsten Sinema, dont l'approbation et celle de son collègue Joe Manchin sont indispensables, car la majorité démocrate au Sénat est si ténue qu'une seule voix dissonante équivaut à un veto.

Ces deux sénateurs centristes avaient jusqu'alors fait obstruction, jugeant le montant trop élevé et s'opposant à la manière de le financer, notamment par des hausses d'impôts sur les sociétés ou sur les ménages les plus aisés.

"Je veux voir un solide projet de loi +Build Back Better+", a souligné de son côté Bernie Sanders, tempérant l'optimisme ambiant. Le très progressiste sénateur indépendant, favorable à des dépenses plus substantielles, a toujours souligné que sans un plan ambitieux, il n'y aurait pas d'accord sur l'autre programme d'investissements en faveur des infrastructures.

<p>L'élue démocrate Pramila Jayapal au Capitole le 28 octobre 2021</p>

A la gauche du parti démocrate, l'élue de New York à la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez et sa collègue de l'Etat de Washington Pramila Jayapal ont souligné qu'elles voulaient voir le texte finalisé avant de s'engager à le voter.

"Personne n'a eu tout ce qu'il voulait, moi y compris", a commenté Joe Biden, qui souhaite afficher une victoire politique majeure.

Il a misé une partie de sa présidence sur l'adoption de plans d'investissements d'envergure pour réformer l'Amérique.

- Investissement pour le climat -

Alors qu'il s'apprête à participer au sommet international sur le climat, la COP26, à Glasgow (Ecosse), le président a souligné que son projet comprenait "le plus grand investissement jamais réalisé pour faire face à la crise climatique".

L'administration Biden propose en effet d'investir 550 milliards de dollars pour réduire à l'horizon 2030 les émissions de gaz à effet de serre de 50 à 52% par rapport aux niveaux de 2005.

<p>Joe et Jill Biden s'apprêtent à embarquer à bord de l'hélicoptère Marine One pour rallier l'avion présidentiel, le 28 octobre 2021 à Washington</p>

C'est un investissement "unique (...) dans l'histoire" américaine, qui cible les bâtiments, les transports, l'industrie, l'électricité, l'agriculture et l'eau, avait souligné plus tôt la Maison Blanche.

Joe Biden entend présenter en Europe l'image d'Etats-Unis engagés dans la transition énergétique et la croissance, ainsi que dans la lutte contre les inégalités sociales et l'évasion fiscale.

Lors des difficiles tractations, Joe Biden et son administration ont inlassablement mis en avant l'importance de ces dépenses, arguant que les Etats-Unis sont en perte de compétitivité et font figure de mauvais élève parmi les pays avancés, que ce soit en matière d'éducation, d'environnement ou du filet de sécurité sociale.

- "Pas de déficit supplémentaire" -

<p>Le capitole américain, le 28 octobre 2021</p>

Dans un document détaillant les mesures, la Maison Blanche relève ainsi que ce plan permettrait "à la plupart des familles américaines d'économiser plus de la moitié de leurs dépenses de garde d'enfants" et "offrira(it) deux ans d'école maternelle gratuite pour chaque enfant de 3 et 4 ans en Amérique".

Aujourd'hui, la majorité des écoles du pays n'accueillent pas les enfants avant l'âge de 5 ans.

La Maison Blanche maintient que ce plan peut être financé par "les grandes entreprises rentables" et Joe Biden a assuré jeudi que ces dépenses ne créeraient pas de déficit supplémentaire.

Le projet contient ainsi des mesures pour que ces entreprises "ne puissent pas réduire leur facture fiscale à zéro" et prévoit des dispositions pour que les millionnaires et milliardaires mettent davantage la main au pot.

En revanche, il n'intègre pas la taxe sur les super-riches présentée mercredi, qui supposait d'imposer les plus-values latentes des milliardaires, ces gains dormants dans les épais portefeuilles d'actions des grandes fortunes américaines.

Le Congrès doit aussi valider un second plan de quelque 1.000 milliards de dollars destiné à moderniser les infrastructures du pays et dont le vote à la Chambre des représentants est suspendu à un accord sur le plan "Build Back Better".

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