Après avoir vu le pape, réunions plus politiques pour Biden à Rome

Brendan SMIALOWSKI avec Aurélia END à Rome

Arès un long et chaleureux entretien avec le pape, le président des Etats-Unis Joe Biden, arrivé à Rome à la veille du sommet du G20, va s'attacher à raviver les relations transatlantiques en rencontrant Mario Draghi puis Emmanuel Macron.

Le pléthorique convoi présidentiel américain - 84 véhicules, respectant les règles de distanciation sociale en Italie - sillonne la capitale italienne depuis la matinée.

Après le Vatican et une visite protocolaire au président italien Sergio Mattarella, Joe Biden s'est rendu peu après 16h00 (14h00 GMT) au Palazzo Chigi pour y rencontrer le chef du gouvernement italien, Mario Draghi.

Hôte du sommet du G20 qui a lieu samedi et dimanche, l'ancien patron de la Banque centrale européenne suscite bien de l'intérêt aux Etats-Unis et ailleurs avec ses promesses de réformes.

Certains commentateurs peignent "Super Mario", passé par le prestigieux Massachusetts Institute of Technology et par la banque américaine Goldman Sachs, des noms familiers dans les élites américaines, en nouvelle étoile de la scène politique européenne.

- Avortement -

Avant cela, Joe Biden a fait une visite plus personnelle : le deuxième président catholique des Etats-Unis, un fervent pratiquant, a vu le pape François pendant plus d'une heure, un entretien particulièrement long pour un président américain et un souverain pontife.

Sur des images enregistrées par le Vatican, beaucoup de sourires et de longues poignées de main.

Joe Biden, manifestement ému, a dit au pape : "Vous êtes le soldat de la paix le plus important que j'aie jamais rencontré". Il lui a offert un médaillon officiel rappelant un régiment dans lequel son fils chéri Beau Biden, mort en 2015 d'un cancer, a servi.

Le président a plusieurs fois raconté comment il avait trouvé dans sa foi la force de surmonter plusieurs deuils familiaux.

Interrogé plus tard sur cette rencontre, pendant qu'il posait aux côtés de Mario Draghi, Joe Biden a dit avoir fait bénir par le pape le chapelet de Beau, qu'il porte sur lui.

Au cours de cette quatrième rencontre entre les deux hommes, leur première depuis l'élection de M. Biden, il a été question de la lutte contre la pauvreté, le changement climatique et la pandémie, selon la Maison Blanche et le Vatican.

Ont-ils parlé d'avortement, quand Joe Biden défend le droit à l'IVG alors que le pape parle de "meurtre" ?

"Non", a assuré Joe Biden, qui va à la messe chaque semaine. "Nous avons parlé du fait qu'il est content que je sois un bon catholique."

Le souverain pontife lui a aussi dit qu'il devait continuer à recevoir la communion, a assuré le président américain.

Les évêques américains veulent interdire ce rite essentiel aux responsables politiques soutenant le droit à l'avortement, actuellement attaqué par les Etats conservateurs du sud des Etats-Unis.

- Raviver la flamme -

Après ce moment plus personnel que politique, place à la diplomatie pure.

Depuis son élection, Joe Biden a perdu de son aura. Au sommet du G20 samedi et dimanche à Rome puis à la COP26, la grande réunion sur le climat à Glasgow, en Ecosse, la semaine prochaine, le président américain devra montrer qu'il n'a pas seulement rompu avec les outrances verbales de Donald Trump, mais aussi avec les tentations de repli et d'unilatéralisme.

Le retrait chaotique d'Afghanistan en août a perturbé les alliés des Etats-Unis. Et Joe Biden arrive les mains vides en Europe.

Il a certes présenté avant de quitter Washington un programme d'investissements vertigineux : 500 milliards de dollars pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, 1.750 milliards de dépenses sociales (éducation, santé, etc.), sans compter les ponts, routes, réseaux électriques que la Maison Blanche veut rénover ou construire.

Mais Joe Biden n'arrive pas à Rome avec un texte ratifié par le Congrès, faute d'accord au sein de son propre parti démocrate.

C'est un revers indéniable pour l'ancien sénateur, aujourd'hui âgé de de 78 ans. Il veut faire des Etats-Unis un modèle de prospérité et d'efficacité démocratique, face aux régimes comme ceux de la Chine et de la Russie, dont les présidents ne feront le déplacement ni à Rome ni à Glasgow.

En leur absence, le président américain veut rallumer la flamme avec ses alliés.

Après Mario Draghi, il doit voir Emmanuel Macron, qui le recevra en quelque sorte sur ses terres, à la Villa Bonaparte, l'ambassade de France près le Saint-Siège.

Les deux présidents espèrent sceller leur réconciliation, après une grave crise diplomatique autour d'un contrat de fourniture de sous-marins à l'Australie, que les Etats-Unis ont soufflé à la France.

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