Malgré les morts, les Soudanais toujours mobilisés contre le putsch

AFP
<p>De jeunes Soudanais protestent à Khartoum contre le coup d'Etat militaire, le 28 octobre 2021</p>

Les Soudanais hostiles au coup d'Etat militaire mobilisent vendredi pour des manifestations monstres le lendemain qui seront, a prévenu Washington, "un test" pour le général Abdel Fattah al-Burhane après la mort déjà de huit manifestants.

Depuis le putsch mené lundi par le général Burhane qui a coupé net les espoirs d'une transition démocratique dans ce pays miné par les conflits, les forces de sécurité ont régulièrement recouru à la force pour dégager les avenues de Khartoum barrées par les barricades des partisans d'un pouvoir civil.

Balles réelles ou en caoutchouc et grenades lacrymogènes ont régulièrement plu dans plusieurs quartiers de la capitale où au moins huit manifestants ont été tués et plus de 170 blessés par les forces de sécurité, selon des médecins.

Mais cela n'entame pas la détermination des manifestants, décidés à relancer la transition vers des élections libres dans un pays sous la férule des militaires de façon quasi-inimterrompue depuis son indépendance en 1956.

A Omdourman, ils ont défilé vendredi par dizaines pour rameuter leurs troupes. "On se prépare pour demain, on va dire au monde qu'on veut une transition démocratique et pas de coups d'Etat militaires", affirme ainsi Taha Abderrahmane à l'AFP.

- Journée "test" -

Les Etats-Unis ont exhorté l'armée a ne pas réprimer violemment les manifestations, prévenant qu'ils surveilleraient la réaction des généraux. Cette journée, a affirmé un haut responsable, "sera un vrai test sur les intentions des militaires".

Les autorités ont beau couper l'internet, les manifestants s'organisent pour se retrouver à Khartoum et dans d'autres villes. Même si syndicats et autres associations ont été dissous, ceux-ci continuent de mobiliser pour la "désobéissance civile" et la "grève générale" qui ont transformé Khartoum en ville morte depuis cinq jours.

Samedi, les opposants au putsch promettent "un million" de Soudanais dans les rues. Leurs slogans sont clairs: "Burhane, quitte le pouvoir" ou encore "Burhane à Kober!"

Kober est la prison de haute sécurité à Khartoum, où est détenu aujourd'hui Omar el-Béchir, un général parvenu au pouvoir par un putsch et mis à l'écart par l'armée en avril 2019 sous la pression de la rue après 30 années de dictature.

<p>Le général Abdel Fattah al-Burhane, aux commandes du Soudan après le coup d'Etat, lors d'une conférence de presse le 26 octobre 2021</p>

Lundi, le général Burhane a totalement rebattu les cartes au Soudan, où civils et militaires s'étaient engagés après la chute de Béchir à s'associer au sein d'autorités intérimaires pour mener le pays vers des élections libres fin 2023.

<p>Carte de la capitale soudanaise Khartoum</p>

Au petit matin du putsch, des soldats ont raflé le Premier ministre Abdallah Hamdok, la plupart de ses ministres et les membres civils du Conseil en charge de la transition. Le lendemain, M. Hamdok a été ramené chez lui mais il n'est "pas libre de ses mouvements", selon l'ONU.

A l'instar de la cheffe de la diplomatie Mariam al-Sadeq al-Mahdi et d'autres rares éléments encore libres du cabinet, le ministre de l'Irrigation Yasser Abbas a exigé vendredi sur Twitter la libération des responsables arrêtés, invitant les Soudanais à poursuivre leur mobilisation "jusqu'à la victoire".

Outre l'arrestation de nombreux responsables civils, les nouvelles autorités, cherchant à museler toute opposition au putsch, continuaient d'arrêter vendredi des figures politiques, des militants et même des passants.

<p>De jeunes Soudanais protestent à Khartoum contre le coup d'Etat militaire, le 28 octobre 2021</p>

Du côté des médias, les soldats ont pris d'assaut la télévision d'Etat dont le patron, partisan d'un pouvoir civil, a été limogé jeudi, et l'agence officielle Suna.

- "Message clair" -

Vendredi, le journal al-Democrati a été ciblé. Des soldats "ont obligé le gardien du bâtiment à partir, ils ont scellé la porte et lui ont dit de ne plus jamais revenir", a raconté l'un de ses journalistes à l'AFP, sous le couvert de l'anonymat.

La veille, ils ont mis sous scellés toutes les antennes des radios de la bande FM.

<p>Des Soudanais dans les rues de Khartoum pour protester contre le coup d'Etat au Soudan, le 27 octobre 2021</p>

Face à cette répression, le général Burhane affirme, lui, que le Soudan "ne vit pas un coup d'Etat" mais "un redressement de la voie de la révolution".

Une expression reprise mot pour mot dans le sermon de la prière du vendredi retransmis par la télévision d'Etat. "Il faut aimer les forces régulières et leur faire allégeance: les insulter, c'est insulter la patrie", a martelé le prêcheur devant un parterre de fidèles, civils ou en uniformes militaires.

Mais la communauté internationale maintient la pression.

Le patron de l'ONU, Antonio Guterres, a enjoint vendredi l'armée "à la retenue" face aux manifestants, "le peuple soudanais doit être autorisé à manifester pacifiquement", a affirmé, de son côté, le président américain Joe Biden.

Et le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé jeudi "le rétablissement d'un gouvernement de transition dirigé par des civils", après que l'Union africaine a suspendu le Soudan et la Banque mondiale fermé le robinet de l'aide.

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