Un menu de fin d'année chargé au Congrès américain

Frankie TAGGART
<p>Le Capitole à Washington le 4 mars 2021</p>

Plans d'investissements historiques, plafond de la dette, financement du gouvernement fédéral: la fin d'année sera chargée au Congrès américain, sur fond de dissensions au sein du parti démocrate de Joe Biden, qui a vu sa cote de popularité dégringoler.

Le président américain, fin connaisseur des arcanes du Congrès, n'a pas ménagé ses efforts pour pousser les élus à voter ses grandes réformes sur la santé, l'éducation et le climat promises pendant la campagne, avec en ligne de mire les élections de mi-mandat en novembre 2022.

D'autant que les majorités démocrates très minces à la Chambre des représentants et au Sénat rendent ces négociations hautement périlleuses.

- Dépenses sociales et climatiques -

Le plan baptisé "Build Back Better" ("Reconstruire en mieux") a pour ambition de transformer en profondeur la société américaine, en réduisant notamment les frais de garde d'enfants et d'éducation, et en créant des millions d'emplois.

Le volet climatique prévoit 550 milliards de dollars pour réduire d'ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre de 50 à 52% par rapport aux niveaux de 2005, des crédits d'impôt pour les énergies vertes et des incitations aux entreprises pour stimuler l'innovation technologique.

Ce plan a déchiré les démocrates. Les centristes, dénonçant des dépenses trop élevées, ont obtenu des concessions qui ont provoqué la colère de l'aile gauche.

Après d'âpres négociations, le montant du plan a été ramené à 1.750 milliards de dollars, moitié moins qu'annoncé initialement.

Il peut être voté à la majorité simple dans les deux chambres, mais le camp démocrate au Sénat doit être à l'unisson, sa majorité étant ténue (50-50).

Le texte, dont la version finale est en discussion, pourrait être soumis à la Chambre dès la semaine prochaine, ou d'ici la mi-novembre.

Son approbation offrirait à Joe Biden une double victoire politique éclatante, car elle déclencherait le vote d'un autre grand projet de loi.

- Infrastructures -

Routes, ponts, transports, mais aussi internet à haut débit et investissements dans le réseau de voitures électriques, ce vaste plan (1.200 milliards de dollars) de rénovation des infrastructures est soutenu par les démocrates et certains républicains.

Approuvé par le Sénat en août, il est depuis bloqué à la Chambre par les démocrates progressistes qui réclament de voter en même temps le plan "Build Back Better", craignant que les centristes refusent de soutenir ce projet très coûteux après avoir obtenu le chèque pour les infrastructures.

- Plafond de la dette -

Le plafond de la dette américaine doit être relevé d'ici le 3 décembre, sans quoi les Etats-Unis seront à court d'argent.

Un défaut de paiement des Etats-Unis provoquerait "des dégâts irréparables pour l'économie américaine", a prévenu la secrétaire au Trésor Janet Yellen, et entraînerait une déflagration financière mondiale.

Pourtant, un vote au Congrès semble encore loin car républicains et démocrates défendent des positions diamétralement opposées.

Les chefs démocrates martèlent que les républicains doivent se joindre à eux pour approuver cette mesure, comme c'est la tradition. Ils soulignent l'avoir fait en 2019, pendant le mandat de Donald Trump.

Les chefs républicains répondent qu'ils n'approuveront pas une telle mesure destinée, selon eux, à financer les plans Biden.

Les démocrates peuvent le faire seuls, répètent-ils, grâce à la voie parlementaire exceptionnelle utilisée pour le plan de réformes sociales et climatiques. Mais pour l'instant, les démocrates s'y refusent pour ne pas avoir à en assumer seuls la responsabilité.

- Menace d'un "shutdown" -

Ce bras de fer au Congrès s'annonce d'autant plus tendu qu'il se fera en même temps que les négociations pour approuver un nouveau budget avant le 3 décembre.

Si les parlementaires ne se mettent pas d'accord avant cette date, les financements de l'Etat fédéral seront soudainement coupés (ce qui est surnommé "shutdown"), poussant des centaines de milliers d'employés au chômage technique.

Or les démocrates ont impérativement besoin du soutien des républicains pour approuver une nouvelle loi de finances.

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