Après Ryad et Manama, Koweït expulse le chargé d'affaires libanais

AFP
<p>Des journaux portant en gros titres la querelle diplomatique du Liban avec l'Arabie saoudite, sur un stand à Beyrouth, le 30 octobre 2021</p>

Après Ryad et Manama, Koweït a décidé samedi d'expulser le chargé d'affaires libanais et de rappeler son ambassadeur à Beyrouth, pour protester contre les propos d'un ministre libanais critiquant l'intervention de l'Arabie saoudite dans la guerre au Yémen.

Le Premier ministre libanais Najib Mikati s'est désolidarisé des déclarations du ministre de l'Information George Kordahi, d'autant plus que le Liban misait sur une potentielle aide financière des riches monarchies du Golfe pour relancer son économie en plein effondrement.

Dans une émission télévisée datant du 5 août et diffusée lundi, M. Kordahi, qui n'était pas encore ministre, a qualifié "d'absurde" l'intervention de la coalition militaire dirigée par Ryad dans la guerre au Yémen entre pouvoir et rebelles, et affirmé que ces rebelles se défendaient "face à une agression extérieure".

Intervenue en 2015 au Yémen, cette coalition à laquelle participent aussi les Emirats arabes unis et Bahreïn, soutient le pouvoir face aux rebelles Houthis, appuyés par l'Iran chiite, grand rival de l'Arabie saoudite sunnite.

<p>Cette combinaison d'images créée le 30 octobre 2021, montre les drapeaux nationaux koweïtien, bahreïni, saoudien et libanais</p>

"Le Koweït a décidé le rappel pour consultations de son ambassadeur au Liban et le départ du chargé d'affaires libanais dans les 48 heures", a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

Il explique sa décision par l'"échec" du gouvernement libanais à "répondre aux propos inacceptables et répréhensibles tenus contre l'Arabie saoudite et le reste des (six pays) du Conseil de coopération du Golfe (CCG)".

Le ministère pointe également l'"échec du gouvernement" libanais à "prendre les mesures nécessaires pour empêcher la contrebande de drogue vers le Koweït et le reste des pays du CCG".

- Démission? -

Chef de file du CCG, qui comprend outre l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, Koweït et Oman, le royaume saoudien a rappelé vendredi son ambassadeur au Liban et décidé l'expulsion de l'ambassadeur du Liban, invoquant les propos de M. Kordahi.

<p>L'ambassade du Koweït à Beyrouth, la capitale libanaise, le 30 octobre 2021</p>

Ryad a estimé que ceux-ci portaient "atteinte aux efforts de la coalition" et n'étaient "pas en harmonie avec les relations historiques" entre le Liban et l'Arabie saoudite.

Ryad a également décidé d'arrêter toutes les importations libanaises.

Samedi, le petit royaume de Bahreïn a suivi donnant 48 heures à l'ambassadeur du Liban pour quitter son territoire.

M. Kordahi a souligné que ses propos reflétaient son "opinion personnelle" avant sa nomination le 10 septembre comme ministre de l'Information mais a refusé de s'excuser.

Le Premier ministre libanais a lui dit "regretter profondément la décision du royaume" saoudien, soulignant que les propos de M. Kordahi "ne reflétaient en aucun cas la position du gouvernement".

M. Mikati a appelé à mots couverts M. Kordahi, nommé au gouvernement par un parti chrétien allié au puissant mouvement armé Hezbollah, à démissionner, lui demandant de privilégier "l'intérêt national".

Mais le Hezbollah, allié indéfectible de l'Iran et poids lourd de la politique libanaise, a dit qu'il s'opposait à toute démission.

- Téhéran VS Ryad -

Selon des experts, la crise diplomatique entre Ryad et Beyrouth va au-delà des propos de M. Kordahi, et reflète une lutte d'influence entre l'Iran et l'Arabie saoudite, dont le Liban paie le lourd tribut.

Samedi, le président libanais Michel Aoun, un allié du Hezbollah, s'est dit "soucieux d'avoir les meilleures relations avec l'Arabie saoudite soeur".

Il a estimé que ces relations ne doivent "pas être tributaires des positions de certains qui provoquent des crises entre les deux pays".

<p>L'ambassade d'Arabie saoudite à Beyrouth, la capitale libanaise, le 30 octobre 2021</p>

Déjà en mai, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent, Charbel Wehbé, avait démissionné après avoir qualifié les pays du Golfe de "bédouins" et les avoir accusés de liens avec le groupe jihadiste Etat islamique.

M. Mikati a formé une cellule de crise qui s'est réunie samedi à Beyrouth en présence du numéro deux de l'ambassade américaine, Richard Michaels. A l'issue de la réunion, le ministre de l'Education, Abbas Halabi, a déclaré avoir "bon espoir" de régler la crise et "d'ouvrir une nouvelle page" dans les relations avec les pays du Golfe.

Déclenchée en 2014, la guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts, des civils pour la plupart, et des millions de déplacés.

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