Climat: le G20 arrive à la COP26 avec un accord qui ne convainc qu'à moitié

Brigitte HAGEMANN, Sophie ESTIENNE
<p>Un délégué à l'intérieur du bâtiement où se tient le sommet du G20 à Rome, le 31 octobre 2021</p>

Les pays du G20 n'arriveront pas les mains vides à la conférence de Glasgow sur le climat, mais les engagements sur lesquels ils se sont entendus dimanche à Rome laissent sur leur faim les organisations de défense de l'environnement.

Une déclaration qui va légèrement au-delà de l'accord de Paris sur l'objectif de limitation du réchauffement climatique à +1,5°C, avec un engagement à ne plus subventionner les centrales au charbon à l'étranger. Mais pas de date claire pour sortir complètement du charbon ou des énergies fossiles, ni pour arriver à la neutralité carbone.

"Si le G20 était une répétition en costumes pour la COP26, alors les leaders mondiaux ont raté leur réplique", a estimé Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace International. Et de dénoncer un communiqué final du G20 "faible, manquant d'ambition et de vision".

"Tout ce que nous avons vu, c'était des demi-mesures plus que des actions concrètes", a renchéri Friederike Röder, vice-présidente de Global Citizen.

"Nous nous sommes engagés à conserver l'objectif de 1,5 degré à portée de main", a affirmé pour sa part le Premier ministre italien Mario Draghi, dans un discours concluant le sommet du G20, que son pays présidait cette année. "Nous sommes fiers de ces résultats, mais nous devons avoir en tête que ce n'est que le début."

Après leur sommet romain, les dirigeants du G20 partiront directement pour Glasgow, où s'est ouvert dimanche la conférence climat de l'ONU, une réunion de deux semaines considérée comme cruciale pour l'avenir de l'humanité. Et le signal qu'allait envoyer ce groupe, qui réunit les principales économies développées (UE, Etats-Unis) mais aussi de grands émergents comme la Chine, la Russie, l'Inde ou le Brésil, était d'autant plus attendu que ces pays représentent 80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Ils peuvent "faire le succès ou enterrer l'espoir de garder l'objectif de à +1,5°C à portée", a commenté Alok Sharma, président de la COP26 qui accueillera lundi plus de 120 dirigeants du monde à Glasgow.

Le communiqué final du G20, négocié jusqu'au bout de la nuit de samedi à dimanche, réaffirme l'objectif de l'accord de Paris de 2015, à savoir "maintenir l'augmentation moyenne des températures bien en-dessous de 2°C et poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5°C au-dessus des niveaux pré-industriels".

<p>Changement climatique : les conséquences pour l'humanité</p>

Mais il insiste en ajoutant: "Conserver (l'objectif de) 1,5°C à portée nécessitera des actions et des engagements significatifs et efficaces de tous les pays". Soit un "langage plus fort" qu'en 2015, ont assuré à l'AFP deux sources ayant participé aux négociations.

- Neutralité carbone "au milieu du siècle" -

Les pays du G20 se sont également entendus pour mettre fin "à l'octroi de financement public à l'international pour de nouvelles centrales électriques au charbon d'ici la fin de 2021". Il ne donne pas en revanche d'objectif pour l'abandon du charbon au niveau national. Beaucoup de pays, notamment émergents, restent très dépendants de cette source d'énergie pour leur production électrique, a fortiori dans le contexte actuel de crise énergétique mondiale.

Pas de date précise non plus pour atteindre la neutralité carbone. Le G20 évoque seulement le "milieu du siècle". Un horizon moins précis que l'horizon de 2050 voulu notamment par la présidence italienne du G20, "mais tout à fait significatif, considérant la diversité des pays qui participent au G20", selon la présidence française. La Chine notamment s'est jusqu'ici seulement engagée pour 2060.

<p>Les dirigeants du G20 réunis en sommet à Rome, le 30 octobre 2021</p>

La COP26 est "le dernier et le meilleur espoir" de parvenir à limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C, objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, a déclaré Alok Sharma à l'ouverture de cette conférence dimanche en Ecosse. Pendant la pandémie de Covid-19, "le changement climatique n'a pas pris de vacances. Tous les voyants sont au rouge sur le tableau de bord du climat", a-t-il ajouté.

Les sept années de 2015 à 2021 seront probablement les plus chaudes jamais enregistrées, a ainsi annoncé dimanche l'Organisation météorologique mondiale (OMM), décrivant un climat mondial entrant en "terrain inconnu".

Ce rapport annuel sur l'état du climat "révèle que notre planète est en train de se transformer sous nos yeux", et la conférence climat COP26 à Glasgow doit "marquer un tournant décisif pour l'humanité comme pour la planète", a commenté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dans un communiqué.

Le pape, très sensibilisé sur les sujets environnementaux, a de son côté invité dimanche à prier pour le succès de la COP26, depuis ses fenêtres au palais apostolique au Vatican. "Prions pour que le cri de la terre et le cri des pauvres soient entendus", a-t-il déclaré après la prière de l'Angélus, et pour que "cette rencontre puisse donner des réponses efficaces".

bur-soe-bh-abd/gab/abb

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.