Philippe Manœuvre, textes, drogues et rock'n'roll

Philippe GRELARD
<p>Philippe Manoeuvre à Paris, le 16 mars 2019</p>

"J'ai skié sur des montagnes de cocaïne, remonté des torrents de whisky": Philippe Manœuvre, célèbre critique-rock, narre dans un livre drôle et émouvant comment il a tourné la page de ses addictions.

"J'ai une personnalité addictive, ça m'a servi avec le rock, ma passion devenue métier, et d'ailleurs quand j'ai arrêté l'alcool, je suis devenu accroc à l'eau gazeuse", s'amuse le journaliste rencontré par l'AFP dans une brasserie parisienne (où il a commandé un café allongé).

Comme il le raconte dans "Flashback acide", qui sort jeudi (Robert Laffont), le milieu du rock dans les années 1980 rime avec paradis artificiels. "J'ai revu récemment un survivant de cette époque qui m'a dit +mais c'était quoi ce blizzard de coke tombé sur tout Paris+ ?".

La vie de "Philman", son surnom, colle alors au cliché du rock'n'roll circus. Soit un dernier trait de cocaïne en sortant du Palace, boîte parisienne emblématique, au petit matin, avant de prendre un avion pour l'interview d'une star à Londres ou à New-York.

Comme David Bowie, ce "caméléon de la pop" qu'il croisera souvent. Et qui s'absentait parfois pour un petit remontant prohibé dans la salle de bains de la suite d'hôtel où il recevait la presse.

Ou comme Lemmy, leader de Motörhead. Tout est dit dans le nom de ce groupe: ce terme argotique, "Tête de moteur", désigne les accrocs au speed, "toujours à bloc". Drogue que Lemmy conjuguait avec du whisky, "un régime crucifiant" comme le dit Manœuvre dans son éternelle panoplie lunettes noires-blouson de cuir.

"L'alcool allait tellement bien avec le rock", poursuit l'ancien rédacteur en chef de Rock & Folk, qui, à un moment, ne pouvait plus se lever le matin sans commencer par boire une bière.

- Virginie Despentes lui sauve la vie -

<p>Philippe Manœuvre, au festival de Cannes, le 15 mai 2019</p>

Et quand les addictions présentent l'addition, le tribut est lourd à payer. Un passage du livre est consacré à Nikola Acin, jeune confrère et musicien proche de Manœuvre, décédé dans les années 2000. Et en interview, "Philman" cite aussi Nicolas Ker, leader du groupe Poni Hoax, disparu récemment. "Deux soldats perdus du rock", déplore l'ex-présentateur de l'émission télé culte "Sex Machine".

Comment s'en est-il sorti ? L'écrivaine Virginie Despentes, avec qui il vécut un temps, lui a "sauvé la vie", admet-il d'emblée. "Avec elle, c'était +qu'est-ce qu'on pourrait arrêter aujourd'hui ?+", en rigole le sexagénaire.

L'autrice de "Baise-moi" et de "Vernon Subutex" flaire aussi quand il donne un coup de canif dans leur contrat de confiance. Un jour, à peine rentrée, elle lui lance "ça pue la coke ici !". Il vient de retomber sur un dealer, une vieille connaissance. Le couple détruira ce qui reste du sachet.

Manœuvre est "clean" depuis 20 ans. Mais il y a 10 ans, il découvre une paille à cocaïne utilisée par sa fille aînée, alors dans sa vingtaine. "J'aurais pu la coincer entre quatre z'yeux, lui dire +tu ne sors plus+ mais ça aurait été une connerie, un peu comme Bowie qui dit à son fils +tu ne t'habilles pas excentrique comme ça pour aller à un concert+ alors que lui-même a inventé le maquillage avec un éclair en travers de la figure (rires)".

Manœuvre a alors "redoublé d'attention, de tendresse: on va voir ensemble l'aube qui se lève, on va voir ensemble des films, faire des voyages". Un jour, elle lui dit, que, comme lui, elle a tout arrêté.

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