Afrique du Sud: élections municipales à hauts risques pour l'ANC

James OKONG'O
<p>Un bureau de vote dans le township de Mabopane, au nord de Pretoria, le 1er novembre 2021</p>

L'ANC, au pouvoir en Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid il y a près de 30 ans, jouait gros lundi lors des élections municipales qui pourraient voir le parti passer pour la première fois de son histoire, sous la barre des 50%.

Les bureaux de vote ont ouvert dès 05H00 GMT mais les quelque 26,2 millions de Sud-Africains sur 40 millions en âge de voter, inscrits sur les listes électorales pour choisir les représentants de plus de 250 municipalités, se présentaient au compte-gouttes. A la mi-journée, 13% d'entre eux avaient voté, selon la commission électorale. Les bureaux de vote doivent fermer à 19H00 GMT.

"Je ne voterai pas parce que le gouvernement ne se préoccupe pas du sort des gens comme moi", a déclaré à l'AFP Xihluke Mitileni, 27 ans, de Soweto. Au chômage, cette mère de deux enfants raconte vivre dans des "squats".

Depuis des années, le parti historique de Nelson Mandela est face à la désillusion d'une population confrontée à un chômage record (34,4%) et écoeurée par les multiples scandales de corruption impliquant des hauts responsables du parti, dont l'ex-président Jacob Zuma.

Dans un bureau de vote du township de la banlieue de Johannesburg où il a grandi, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, aussi patron du Congrès national africain, a affirmé croire à une "victoire écrasante" à ce scrutin test avant la présidentielle en 2024.

Mais les sondages suggèrent qu'une majorité d'électeurs pourraient pour la première fois se détourner de l'ANC.

Samuel Mahlaule, 55 ans, dit voter depuis les premières élections démocratiques en 1994. Mais cette fois, il veut "un changement" et peste contre les "promesses vides" du parti.

Même désir d'autre chose à Danville, banlieue de la capitale Pretoria dominée par une classe ouvrière blanche: "une vie meilleure pour tous", réclame Charmaine Barnard, 57 ans.

- A l'abandon -

<p>Marquage à l'encre du doigt d'un électeur dans un bureau de vote d'Eldorado Park, près de Johannesburg, le 1er novembre 2021</p>

Des années de mauvaise gestion et de corruption généralisée ont aussi laissé des services publics à l'abandon en Afrique du Sud, où le quotidien est miné par les coupures d'électricité et d'eau.

"La plupart du temps, il n'y a pas d'eau dans les robinets", assure à l'AFP Simon Makambeni, 31 ans, père de deux enfants.

En juillet, le pays a connu une vague d'émeutes et de pillages à Johannesburg et dans la province du Kwazulu-Natal (est), qui ont fait plus de 350 morts. Au départ déclenchée par l'incarcération de M. Zuma, condamné pour outrage à la justice, les violences ont également été le signe d'un climat social et économique tendu. L'armée a été appelée en renfort de la police pour les élections.

A part quelques incidents sporadiques, le scrutin se déroulait lundi dans le calme. Huit personnes ont été tuées pendant la campagne, selon la police, des candidats pour la plupart.

<p>Le président asud-africain Cyril Ramaphosa s'entretient avec les journalistes après avoir voté à Soweto, le 1er novembre 2021</p>

Dans le KwaZulu-Natal, des habitants ont bloqué l'accès à un bureau de vote dans la zone rurale d'Umzinto, en signe de protestation contre le candidat local de l'ANC, a constaté un photographe de l'AFP. Le bureau est resté fermé, une douzaine de personnes ont été arrêtées.

Ces dernières semaines, l'ANC et Cyril Ramaphosa en tête ont tenté de grappiller les voix en faisant du porte-à-porte, répétant aux électeurs être en train de "nettoyer le parti". Le successeur de Jacob Zuma (2009-2018) a fait de la lutte contre la corruption un cheval de bataille.

Ce dernier, en liberté conditionnelle pour raison médicale depuis septembre, est apparu en milieu de journée dans un bureau de vote de son fief de Nkandla, en pays zoulou. Appelant à voter pour l'ANC, il a été salué par la foule.

<p>Les délégués d'un petit candidat indépendant en campagne à Folweni, près de Durban, le 30 octobre 2021</p>

Lors des municipales de 2016, l'ANC avait enregistré son plus mauvais score (54%) et perdu des villes clefs dont Pretoria et Johannesburg.

"Notre pays est prêt à rompre avec des décennies de corruption, de mauvaise gestion et d'échec", a déclaré après avoir voté à Durban, John Steenhuisen, de l'Alliance démocratique (DA), plus grand parti d'une opposition qui reste divisée dans le pays.

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