A Lourdes, les évêques cherchent la réponse au rapport Sauvé

Daniel MARTINEZ, avec Arthur CONNAN à Paris
<p>Réunion annuelle des évêques de France à Lourdes le 2 novembre 2021</p>

Les évêques catholiques, réunis depuis mardi à Lourdes pour leur réunion annuelle, ont débuté leur examen du rapport choc de la commission Sauvé sur la pédocriminalité dans l’Église, afin d'apporter des réponses concrètes à "l'immense attente" des victimes et des fidèles.

Pendant sept jours, les quelque 120 prélats consacreront près de la moitié de leurs travaux à la lutte contre les violences et les agressions sexuelles sur mineur.

Ils ont été accueillis par le président de la Conférence des évêques (CEF), Mgr Eric de Moulins-Beaufort qui "a évoqué la question de la responsabilité" de l’Église, "une question centrale qui nous est posée par le rapport Sauvé" et qui sera "au coeur de notre réflexion tout au long de la semaine", selon Mgr Luc Crepy, évêque de Versailles.

"Lors de la dernière assemblée des évêques en mars, il y a déjà eu une affirmation très forte de cette responsabilité de l’Église, des évêques", a poursuivi Mgr Crepy, en conférence de presse, précisant : "Je pense qu’au terme de cette semaine, nous irons plus loin.

Eric de Moulins-Beaufort a aussi "souligné ce qui anime les évêques: il y a une immense attente, de la part des personnes victimes, de beaucoup de fidèles", a-t-il ajouté.

Les évêques ont ensuite fait "une pause de silence en mémoire des victimes". Certains d'entre eux se sont recueillis face à la grotte où, selon la tradition catholique, la Vierge Marie est apparue à Bernadette Soubirous en 1858.

Puis ils se sont réunis à nouveau à huis clos pour commencer à examiner le rapport Sauvé.

"Certains évêques ont choisi de lire telle ou telle parole de personnes victimes pour toute l'assemblée. Nous avons d’abord été à l’écoute. Puis un certain nombre d’évêques ont été chargés de nous dire ce qui dans leur lecture les touchaient", a indiqué M. Crepy.

Les chiffres du rapport sont effrayants. Quelque 216.000 personnes de plus de 18 ans ont fait l'objet de violences ou d'agressions sexuelles pendant leur minorité de la part de clercs (prêtres ou diacres) ou de religieux et religieuses depuis 1950. La commission estime à environ 3.000 le nombre de prédateurs impliqués en soixante-dix ans.

Si quelques victimes ont été invitées à Lourdes, seule une poignée fera le déplacement. Aucun des collectifs et associations qui les représentent n'y sera présent, regrettant que le rapport Sauvé ne soit pas le sujet unique de l'assemblée.

- Indemnisation -

"Je ne suis pas représentatif des absents mais je tiens à ce que les absents soient présents, ne serait-ce qu'à travers le fait que je pourrai dire pourquoi ils sont absents", a déclaré à l'AFP Jean-Luc Souveton, un prêtre victime de violences sexuelles qui doit arriver à Lourdes mardi après-midi.

<p>Le président de la Ciase Jean-Marc Sauvé (G) remet des copies de son rapport au président de la Conférence des évêques de France, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le 5 octobre 2021 à Paris</p>

Il participera à la séance en assemblée plénière mardi et est invité à s'exprimer, avec d'autres victimes, devant les évêques vendredi, avec des membres de la Corref (Conférence des religieux et religieuse de France), des laïcs et clercs ayant participé à des groupes de travail, des membres de cellules d'écoute et des responsables de l'enseignement catholique.

Les questions de "responsabilité" de l’Église mais aussi du dispositif financier permettant de verser, à l'avenir, une contribution aux victimes, seront à l'étude pendant cette conférence, et même parmi "les priorités" de cette rencontre, selon l'épiscopat.

<p>Eric de Moulins-Beaufort (c), président de la Conférence des évêques de France (CEF), à l'ouverture de leur réunion annuelle, à Lourdes, le 2 novembre 2021</p>

Après une semaine de travaux, plusieurs sujets - dont on ignore encore la teneur - seront soumis au vote des évêques lors de la clôture, le 8 novembre.

Parmi ses 45 recommandations, la commission Sauvé propose de reconnaître la responsabilité civile et sociale de l’Église "indépendamment de toute faute personnelle de ses responsables".

Elle préconise aussi d'individualiser le calcul de l'indemnisation due à chaque personne victime en fonction des "préjudices subis".

Pour financer le fonds d'indemnisation, la commission écarte la piste d'un appel aux dons des fidèles, préconisant de financer les indemnités versées aux victimes "à partir du patrimoine des agresseurs et de l’Église de France".

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