Pour le climat, une centaine de pays taclent le méthane et protègent les forêts

Martine PAUWELS et Amélie BOTTOLLIER-DEPOIS
<p>Des délégués à la COP26, à Glasgow, le 2 novembre 2021</p>

Moins de méthane et plus d'arbres: les chefs de la planète sont venus au secours du climat mardi à la COP26 avec deux accords ambitionnant de contenir les très néfastes gaz à effet de serre.

Avec en ligne de mire un réchauffement de la planète limité à +1,5°C, les dirigeants mondiaux sont sous pression pour en faire davantage contre le dérèglement climatique, lors de la conférence climatique de l'ONU prévue sur deux semaines à Glasgow (Ecosse).

Une centaine d'entre eux, représentant plus de 40% des émissions mondiales de méthane, se sont ainsi engagés à réduire drastiquement les émissions de ce gaz d'au moins 30% d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2020. S'il y a parmi eux les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis, de gros pollueurs comme la Chine, la Russie et l'Inde manquent toutefois à l'appel.

"Le méthane est l'un des gaz que nous pouvons réduire le plus vite. Ce faisant, cela permettra de ralentir immédiatement le changement climatique", a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, soulignant que ce gaz est responsable d'"environ 30%" du réchauffement de la planète depuis la révolution industrielle.

"C'est un des plus puissants gaz à effet de serre", a renchéri le président américain Joe Biden, assurant que les signataires de cet engagement représentaient 70% du PIB mondial.

Moins connu que le tristement célèbre CO2, le méthane (CH4) est le deuxième gaz à effet de serre lié à l'activité humaine, principalement l'élevage, les combustibles fossiles (surtout des fuites remédiables dans l'industrie) et les déchets. Surtout, s'il subsiste moins longtemps dans l'atmosphère, son effet de réchauffement est bien supérieur que celui du dioxyde de carbone, jusqu'à plus de 80 fois.

"C'est un moment historique", a salué le patron de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol. En dix ans, l'engagement pris équivaut, selon lui, à éliminer les émissions de "tout le secteur des transports" dans le monde.

Pour le centre de réflexion Ember, cet accord va "changer la donne", malgré l'absence de pays très impliqués dans l'extraction du charbon. "Cela montre que le monde prend conscience de l'impressionnant impact climatique du méthane". A court terme, le méthane ayant fuit des seules mines de charbon pèse plus que toutes les émissions de CO2 de l'Europe, selon lui.

- Crainte d'échec -

Émettre moins, mais aussi absorber plus. Une centaine de pays abritant 85% des forêts mondiales, dont le Brésil, très critiqué pour sa politique environnementale, ont aussi promis mardi d'enrayer la déforestation.

Poumons de la planète avec les océans, les forêts jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique en absorbant une partie importante des milliards de tonnes de gaz à effets de serre libérés chaque année dans l'atmosphère par les activités humaines.

L'initiative bénéficiera d'un financement public et privé de 19,2 milliards de dollars (16,5 milliards d'euros) sur plusieurs années.

"On ne peut faire face à la perte dévastatrice d'habitats et d'espèces sans lutter contre le changement climatique, et on ne peut faire face au changement climatique sans protéger notre environnement naturel et respecter les droits des peuples autochtones", a déclaré le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Les forêts reculent actuellement au "rythme alarmant" de 27 terrains de football chaque minute, selon la présidence britannique de la COP26. Et d'après l'ONG Global Forest Watch, la déforestation dans le monde a accéléré ces dernières années.

Le nouvel engagement contre la déforestation fait écho à la Déclaration de New York sur les forêts de 2014, quand de nombreux pays, entreprises et peuples autochtones s'étaient engagés à diviser par deux la déforestation en 2020 et d'y mettre fin en 2030.

Mais pour des ONG comme Greenpeace, l'objectif de 2030 mis en exergue mardi reste beaucoup trop lointain et donne le feu vert à "une décennie supplémentaire de déforestation".

Global Witness a dit craindre de voir se répéter "les échecs de précédents engagements" similaires, en raison d'un financement insuffisant et d'un suivi incertain de la parole donnée.

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