Alpinistes disparus au Népal: la France dépêche des secours

Hassan AYADI
<p>Photo d'un hélicoptère participant aux recherches des trois alpinistes fançais disparus au Népal, diffusée par Kailash Helicopter Services, le 1er novembre 2021</p>

La France dépêche vendredi au Népal une équipe de secours pour tenter de retrouver les corps des trois jeunes alpinistes emportés par une avalanche alors qu’ils tentaient une première sur un sommet de 6.000 m dans le massif de l'Everest.

L'équipe de 14 personnes est composée de gendarmes, d'experts et d'un chien d'avalanche, a déclaré jeudi à l'AFP le lieutenant-colonel Lionel André, commandant de l'Unité de coordination technique de Montagne. Ils emporteront avec eux quelque 600 kilos de matériel.

Le chien d'avalanche, qui répond au nom d'Irco, est considéré un "outil parmi d’autres" pour retrouver les corps, selon le lieutenant-colonel André. "On ne repose pas tous nos espoirs" sur lui car, en raison de la dureté de la neige, il n'y aura "pas forcément d’odeurs" à renifler, a-t-il dit.

Sur place, localiser et récupérer les corps pourrait s'avérer difficile, voire impossible avant la fonte des neiges, estiment de fait des experts.

<p>Carte du Népal localisant le Kangtega</p>

"D'une manière générale, un dépôt (avalancheux) durcit avec le temps", explique à l'AFP Frédéric Jarry, chargé de mission à l'Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches (Anena), à Grenoble.

Les difficultés sur le site de l'avalanche, situé à 5.000 m dans la vallée du Khumbu vont "vraiment dépendre du type de neige mis en mouvement, de la météo qui a suivi et de l'orientation au soleil. Il y a pas mal de choses qui font que (la neige) peut être plus ou moins dure", estime-t-il.

La mission quittera Genève vendredi pour Katmandou, précise Anne-Claire Legendre, porte-parole du ministère des affaires étrangères. L’opération est organisée par le centre de crise du ministère avec l’ambassade de France au Népal et mise en œuvre par le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM).

Les secouristes, pour la plupart des membres du PGHM de Chamonix, ont passé les derniers jours en préparatifs, emballant sacs d'avalanches, cordes, sondes et jalons pour explorer et marquer la zone, et examinant sur grand écran des images de la coulée.

De premières recherches entreprises par des guides népalais en début de semaine étaient restées vaines et ont été suspendues mercredi, selon Ang Norbu Sherpa, président de l'Association nationale des guides de montagne du Népal.

- "Plusieurs centaines de mètres" -

Emportés par une avalanche fin octobre, les trois alpinistes, âgés de 27 à 34 ans, avaient entrepris l’ascension de la face ouest du Mingbo Eiger (6.070 mètres d'altitude). De premières reconnaissances ont permis de localiser leurs traces jusqu’à 5.900 mètres d'altitude, alors qu'ils avaient semble-t-il fait demi-tour à une centaine de mètres en dessous du sommet.

Selon les informations disponibles, ils ont été "projetés au pied de la face" par l'avalanche, soit une chute de "plusieurs centaines de mètres", a déclaré mardi à l'AFP le président de la FFCAM, Nicolas Raynaud.

"On est allé au pied de la face, on a constaté qu'il y avait un dépôt de neige très important avec de la neige extrêmement compacte, voire complètement gelée avec des indices à la surface, des sacs à dos, du matériel. Et qui laisse à penser que les corps des trois alpinistes se trouvent sous ce dépôt d'avalanche", a-t-il noté.

L'objectif est désormais de les récupérer, "si tant est qu'on puisse le faire", a-t-il ajouté.

<p>Photo du site au Népal où trois alpinistes français ont disparu, diffusée le 31 octobre 2021 par la Kailash Helicopter Services</p>

Parmi les moyens habituellement utilisés dans ce type de mission de secours figurent "les chiens, le sondage (par perches métalliques, ndlr) ou le système Recco", qui permet la localisation rapide de réflecteurs intégrés dans les équipements des skieurs et alpinistes, souligne Frédéric Jarry.

A l'inverse, les détecteurs de victimes d'avalanche (DVA), devenus usuels dans les Alpes, sont peu utilisés lors des expéditions dans l'Himalaya, souligne-t-il.

"Il n'est pas exclu que l'on ne puisse récupérer les corps qu'à la fonte" des neiges, estime pour sa part l'ancien commandant-adjoint du PGHM de Chamonix Stéphane Bozon, qui avait supervisé la recherche des victimes après une avalanche meurtrière au pied du Kang Guru (6.981 m) au Népal en octobre 2005, cité jeudi par le Dauphiné Libéré.

Sept Français et onze Népalais avaient été ensevelis par une coulée qui avait balayé leur camp de base alors qu'ils étaient endormis, et les derniers corps n'avaient été dégagés qu'en juillet 2006.

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