Ethiopie: une marche rebelle sur la capitale aggravera la situation humanitaire, prévient l'USAID

Robbie COREY-BOULET
<p>Veillée à la mémoire des victimes du conflit au Tigré, le 3 novembre 2021 à Addis Abeba, en Ethiopie</p>

L'agence humanitaire américaine USAID a mis en garde jeudi contre une marche des rebelles sur la capitale éthiopienne Addis Abeba qui viendrait aggraver une situation humanitaire déjà désastreuse, un an après le début du conflit qui ravage le nord du pays.

Un an jour pour jour après l'envoi de l'armée fédérale au Tigré, la région la plus septentrionale de l'Ethiopie, les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont renversé la situation et sont désormais à quelques centaines de kilomètres d'Addis Abeba.

Ce week-end, ils ont revendiqué la prise de plusieurs villes stratégiques dans la région de l'Amhara, où ils ont avancé après avoir repris l'essentiel du Tigré en juin. Mercredi, ils ont annoncé s'être emparés de la localité de Kemissie, à 325 kilomètres au nord de la capitale.

Un porte-parole du TPLF a indiqué que les rebelles tigréens y ont rejoint les combattants d'un groupe rebelle de l'ethnie oromo, l'Armée de libération oromo (OLA) avec qui ils ont fait alliance.

<p>Cartes montrant les régions éthiopiennes où le Front de libération du peuple du Tigré et ses alliés ont lancé des offensives et de la capitale Addis Abeba</p>

Un porte-parole de l'OLA a affirmé qu'Addis Abeba pourrait tomber en quelques semaines.

Même s'il dément perdre du terrain, le gouvernement a décrété mardi l'état d'urgence, qui a été approuvé jeudi par le Parlement, tandis que les autorités de la capitale demandaient aux habitants de s'organiser pour défendre la ville.

"Toute marche vers Addis provoquerait une augmentation des déplacements (de population), une augmentation des besoins et des souffrances pour le peuple éthiopien", a prévenu jeudi un haut responsable de l'agence humanitaire américaine USAID.

"Cela augmenterait certainement le besoin d'aide humanitaire, tout en compliquant la capacité à fournir cette assistance", a-t-il ajouté.

- Obstruction "flagrante" -

La situation humanitaire est déjà désastreuse dans une grande partie nord du pays, gagnée par les combats.

Abiy Ahmed avait proclamé la victoire le 28 novembre 2020, après avoir envoyé l'armée au Tigré pour destituer les autorités dissidentes issues du TPLF qu'il accusait d'avoir attaqué des bases militaires fédérales.

<p>Cartes montrant les régions éthiopiennes où le Front de libération du peuple du Tigré et ses alliés ont lancé des offensives et de la capitale Addis Abeba</p>

Mais en juin, les combattants pro-TPLF ont repris l'essentiel de la région, puis ont poursuivi leur offensive dans les régions voisines de l'Afar et de l'Amhara.

Plus de 400.000 personnes sont au bord de la famine au Tigré, soumis à un blocus "de facto" selon l'ONU.

Le gouvernement et le TPLF s'accusent mutuellement d'entraver l'acheminement de l'aide et d'affamer la population.

Mais le responsable de l'USAID a estimé jeudi que le gouvernement menait contre le Tigré "peut-être l'obstruction humanitaire la plus flagrante au monde".

"Pratiquement aucun carburant, argent liquide, médicament ou fourniture médicale n'est entré depuis des mois, obligeant les (organisations) humanitaires à réduire ou arrêter complètement leurs programmes", a-t-il indiqué.

Ces deux dernières semaines, aucune aide n'a pu atteindre le Tigré, a-t-il affirmé, soulignant que les besoins sont également croissants en Afar et Amhara, où des centaines de milliers de civils fuient les combats.

- Rhétorique dangereuse -

Les États-Unis ont dépêché leur émissaire pour la Corne de l'Afrique, Jeffrey Feltman, qui devait arriver jeudi à Addis Abeba pour promouvoir une solution pacifique au conflit.

L'ambassade américaine a annoncé jeudi qu'elle autorisait le départ volontaire de la plupart de son personnel et déconseillé les voyages en Ethiopie jugeant "une nouvelle escalade probable" et que "des troubles civils et des violences ethniques peuvent survenir".

<p>Le chef de la Commission éthiopienne des droits de l'homme Daniel Bekele et sa directrice de cabinet Albab Tesfaye présentent le rapport sur le conflit au Tigré, à Addis Abeba le 3 novembre 2021</p>

L'administration américaine est une des plus critiques envers le gouvernement fédéral éthiopien au sujet de la guerre au Tigré. Mais malgré les appels répétés à la fin de la violence, la rhétorique guerrière persiste dans les deux camps.

Meta, la société-mère de Facebook, a déclaré mercredi avoir supprimé un message d'Abiy Ahmed daté de dimanche appelant les Éthiopiens à "enterrer" le TPLF. Ce post a été supprimé "pour violation de nos politiques contre l'incitation et le soutien à la violence", a indiqué un porte-parole.

Un post publié mercredi dans lequel Abiy jure "d'enterrer cet ennemi avec notre sang et nos os et d'élever la dignité de l'Éthiopie" est toujours en ligne.

En septembre, le département d'État avait condamné un discours d'un conseiller d'Abiy comparant les rebelles tigréens au diable et déclarant qu'ils devraient être "les derniers de leur espèce".

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