Bagdad: un manifestant tué lors de heurts entre forces de sécurité et partisans de groupes pro-Iran

AFP
<p>Des Irakiens partisans de groupe pro-Iran manifestent contre le résultat des législatives, à Bagdad, le 5 novembre 2021</p>

Un manifestant a été tué vendredi à Bagdad lors de heurts entre les forces de sécurité et des partisans de groupes pro-Iran qui protestaient contre les résultats des législatives, marquées par un recul de la vitrine politique de ces factions.

Plus de 100 personnes ont en outre été blessées dans cet accès de fièvre survenu au moment où les partis politiques mènent des tractations en vue de former des coalitions parlementaires sur la base des résultats préliminaires du scrutin du 10 octobre.

L'Alliance de la conquête, vitrine politique du Hachd al-Chaabi, influente coalition d'anciens paramilitaires, a vu son nombre de sièges fondre à l'issue du vote et dénonce une "fraude massive". Les résultats définitifs du scrutin devraient être publiés d'ici quelques semaines.

Après une accalmie en début de soirée, les heurts ont repris tard vendredi aux abords de la Zone verte, secteur ultra-protégé abritant des bâtiments gouvernementaux et l'ambassade américaine.

Un manifestant "a été touché par des tirs et est mort à l'hôpital", a indiqué une source sécuritaire ayant requis l'anonymat, sans préciser d'où provenaient les tirs.

Une source au sein des Brigades du Hezbollah, une faction membre du Hachd, a pour sa part affirmé que "deux manifestants avaient été tués". Sur Telegram, certaines chaînes pro-Iran ont affirmé que la police avait tiré "à balles réelles" sur les manifestants.

Dans l'après-midi, plusieurs centaines de partisans du Hachd al-Chaabi ont d'abord "bloqué trois des quatre accès à la Zone verte", a indiqué la source au sein des forces de sécurité.

"Repoussés" par les forces de l'ordre, ils ont lancé "des pierres et toutes sortes d'objets" en direction des forces de l'ordre, a indiqué cette même source selon laquelle la police "a tiré en l'air".

Le ministère de la Santé a fait état de 125 blessés, dont 27 manifestants et 98 membres des forces de sécurité, précisant qu'"aucun décès" n'était à déplorer.

La Zone verte abrite notamment le bureau du Premier ministre, plusieurs ministères et la commission électorale.

Le Premier ministre, Moustafa al-Kazimi, a "ordonné une enquête complète sur les événements de vendredi", a fait savoir son bureau. Le président Barham Saleh a, lui, appelé à la "retenue".

- Appels à la retenue -

La mission de l'ONU en Irak a "déploré l'escalade de la violence" et également appelé "toutes les parties à faire preuve du maximum de retenue".

Selon la source sécuritaire, les manifestants étaient des membres des Brigades du Hezbollah et d'Assaïb Ahl al-Haq, une autre faction pro-Iran faisant partie du Hachd al-Chaabi.

Le Hachd est une coalition pro-Iran d'anciens paramilitaires intégrés aux forces régulières, dont l'un des leitmotivs est le départ des troupes américaines d'Irak.

Une partie des Irakiens les accuse d'être le relais du grand voisin iranien. Certains les ont également pointés du doigt lorsqu'après la révolte populaire d'octobre 2019, des dizaines de militants anti-pouvoir ont été victimes d'enlèvements, d'assassinats et de tentatives d'assassinat.

Plusieurs centaines de partisans du Hachd ont entamé il y a un peu plus de deux semaines un sit-in à proximité de la Zone verte pour dénoncer les résultats préliminaires des législatives.

<p>Des Irakiens partisans de groupe pro-Iran manifestent contre le résultat des législatives, à Bagdad, le 5 novembre 2021</p>

Vendredi encore, certains manifestants brandissaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire: "Non à la fraude!" et "Oui au peuple!".

Malgré sa déroute, le Hachd restera une force politique importante au Parlement, grâce au jeu des alliances et la cooptation des élus indépendants.

Toujours selon les résultats préliminaires, le courant sadriste dirigé par l'influent leader chiite Moqtada Sadr a remporté la première place aux législatives, avec plus de 70 sièges sur les 329 que compte le Parlement.

Sur Twitter, Moqtada Sadr s'est voulu apaisant au sujet des heurts de vendredi, rejetant la "violence", qu'elle vienne des manifestants ou des forces de l'ordre.

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