Pédocriminalité: les évêques reconnaissent "la responsabilité institutionnelle" de l'Eglise

Karine PERRET
<p>Ouverture de l'Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, pour examiner le rapport Sauvé sur la pédocriminalité, le 5 novembre 2021 à Lourdes (Hautes-Pyrénées)</p>

Une "première étape": sous la pression des victimes et du rapport Sauvé, les évêques catholiques de France ont reconnu vendredi officiellement la "responsabilité institutionnelle" de l’Église dans les violences sexuelles sur mineurs commises depuis 1950.

Trois jours avant la fin de son assemblée plénière réunie à Lourdes, le président de la conférence des évêques de France (CEF), Mgr Éric de Moulins-Beaufort, a pris la parole pour l'annoncer à la presse.

<p>Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques (CEF), le 5 octobre 2021 à Paris</p>

Il y a un mois, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a mis au jour l'ampleur du phénomène de la pédocriminalité dans l’Église et lui a recommandé de reconnaître sa responsabilité civile et sociale, "indépendamment de toute faute personnelle de ses responsables".

L'ensemble de l'épiscopat reconnaît "la dimension systémique" de ces actes pédocriminels, "rendus possible par un contexte général, des fonctionnements, des mentalités, des pratiques au sein de l’Église", a expliqué Mgr de Moulins-Beaufort. "Cette responsabilité entraîne un devoir de justice et de réparation".

Les 120 évêques réunis à Lourdes doivent examiner, d'ici la fin de leurs travaux lundi, la questions de la réparation, comprenant, entre autres, une dimension financière, envers les personnes victimes.

Leur décision a été prise lors d'un vote "massif" - au moins deux-tiers des évêques - mais pas unanime vendredi matin, selon une source interne à l'épiscopat qui n'a pas souhaité en révéler le résultat exact.

"Nous devions aux personnes victimes si nombreuses, dont la plupart restent inconnues encore (...) d'exprimer cette responsabilité en quelques mots", a déclaré pour justifier cette décision M. de Moulins-Beaufort devant quelque 130 responsables et associations de fidèles venus plancher sur les 45 recommandations de la Ciase.

- "Assumer" -

En mars, les évêques avaient déjà annoncé que l’Église voulait "assumer sa responsabilité en demandant pardon pour ces crimes et pour ces défaillances".

Selon le rapport de la Ciase, quelque 216.000 personnes de plus de 18 ans ont fait l'objet de violences ou d'agressions sexuelles, quand elles étaient mineures, de la part de prêtres, diacres, religieux ou religieuses depuis 1950.

<p>Données sur les violences sexuelles commises au sein de l'Eglise catholique en France entre 1950 et 2020, d'après le rapport de la Ciase</p>

En ajoutant les personnes agressées par des laïcs travaillant pour l’Église (enseignants, surveillants, mouvements de jeunesse...), ce nombre grimpe à 330.000.

La commission estime par ailleurs à environ 3.000 le nombre de prédateurs impliqués en soixante-dix ans.

"C'est une première étape, très importante. Maintenant on attend surtout ce qui va avoir lieu derrière, les votes et les décisions qui seront prises à l'issue de cette assemblée", a réagi auprès de l'AFP Olivier Savignac, du collectif de victimes Parler et revivre.

- "Un sacré pas" -

"C'est le début du processus. Je suis soulagée d'entendre enfin la reconnaissance officielle de la responsabilité institutionnelle de l’Église (...) et que cette responsabilité entraîne un devoir de justice et de réparation", s'est réjouie Véronique Garnier, une victime présente à Lourdes. "On n'est plus dans le don, la charité, mais dans le devoir et la dette. On a avancé".

François Devaux, cofondateur de l'association de victimes La parole libérée, aujourd'hui dissoute, a salué une "première étape essentielle". "Il faut finir d'éclaircir la reconnaissance de la responsabilité institutionnelle de l’Église pour les majeurs. Après, peut-être qu'il serait intéressant de parler réparation", a-t-il dit.

"C'est un sacré pas", a lui aussi jugé Jean-Pierre Sautreau, du collectif 85 de victimes vendéennes. "Quand on reconnaît cette responsabilité, on ne peut couper par la suite à l'indemnisation des victimes".

"Nous sommes dans la perspective d'un processus de réparation, de justice +réparatrice+", un processus dans lequel "il y a d'abord un travail d'accueil des personnes victimes, d'écoute, de reconnaissance de ce qu'elles ont subi, de médiation et de réparation, avec une dimension financière", a affirmé à la presse Luc Crépy, évêque de Versailles.

Il a promis lundi "des gestes forts" ainsi qu'un "échéancier précis" de mesures à mettre en œuvre.

Autres gestes forts voulus par l'épiscopat: samedi matin, les évêques vont dévoiler une photo prise par une victime, un geste "mémoriel" qui annoncera la construction future d'un lieu de mémoire, a annoncé Hugues de Woillemont, porte-parole de la CEF.

Il sera suivi d'un "temps de pénitence", une prière lue et récitée devant la Basilique du Rosaire, "avec la sonnerie du glas", a-t-il ajouté.

L'après-midi, des rassemblements en soutien aux victimes sont prévus simultanément à Paris et Lourdes.

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