Transat Jacques Vabre: Jean Galfione n'a "jamais eu peur en bateau"

Sabine COLPART
<p>L'ancien perchiste français Jean Galfione, champion olympique à Atlanta (1996) et désormais skipper, lors d'une séance photo, le 22 septembre 2021 à Paris, avant de participer à la Transat Jacques Vabre, dont le départ aura lieu le 7 novembre au Havre</p>

Passé de la perche à la barre, l'ancien champion olympique Jean Galfione s'est ouvert une nouvelle voie avec la course au large. Il prendra le départ dimanche de la Transat Jacques Vabre, sa 5e transatlantique, en n'ayant "jamais eu peur en bateau" alors que perchiste, il a connu "une peur", confie-t-il à l'AFP.

Q: Que représente une transatlantique pour vous ?

<p>Les skippers français Gilles Favennec (g) et Jean Galfione, à bord de leur monocoque "Nivéa", le 11 avril 2008 au large de Concarneau, neuf jours avant le départ de la AG2R Transat entre Concarneau et l'Ile de Saint-Barthélémy</p>

R: "En 2012, la Route du Rhum, j’osais même pas prononcer le nom alors que j’étais parti dans l’histoire de la course au large. J’avais fait ma première transatlantique en double avec Tanguy de la Motte, c’était des rêves d’enfant, des rêves inaccessibles. J’étais tellement spécialisé dans mon domaine, c’était ma vie pendant 15, 20 ans, que tout ce qui était autour était exotique pour moi. C’était comme monter l’Everest, tenir un premier rôle dans un film ou chanteur d’opéra. J’aimais le bateau mais je ne naviguais pas. Et un jour me retrouver sur les pontons avec Michel Desjoyeaux, Roland Jourdain, Jean Le Cam et me dire: 'on va participer à la même course !' Ma première transatlantique en solo c’était génial, j’avais l’impression de grandir de 20 cm et d’apprendre sur moi plus que dans toute ma vie. C’est aussi ça que je vais chercher".

Q: Il y a une dimension de danger dans la voile qu'il n'y a pas avec la perche. Comme avez-vous appréhendé cela ?

<p>Le skipper français Jean Galfione, à la manoeuvre à bord de son monocoque Class40 "Serenis Consulting", le 6 octobre 2014 au large de Concarneau, avant de prendre le départ de la Route du Rhum, le 2 novembre depuis Saint-Malo</p>

R: "C’est pas le même danger. A la perche, c’est une discipline très acrobatique, où il faut de l’engagement, se lancer, tu finis à 40 km/h et tu rentres dans un mur. Il faut accepter que la technique soit propre, les épaules vers l’avant, y a un vrai défi. En bateau, le risque est par rapport aux éléments et la connerie que tu peux faire à bord. il y a la mer, le vent, à la perche y avait pas ! Mais il y a quelque chose qui nous dépasse parfois et qui peut être angoissant. Moi je n’ai jamais eu peur en bateau, j'ai été parfois impressionné par une situation. A la perche, parfois y a eu des blocages de peur de ne plus pouvoir sauter. Je ne pouvais pas déclencher un saut et tous les perchistes connaissent ça, il faut effacer le pus vite possible ce moment. C’est le refus d’obstacle, c’est une peur. A la voile je n’ai pas eu cette peur, par contre y a des moments où je me suis dit: là c’est chaud. Mais en fait tu ne peux pas te permettre de te mettre dans cette situation de peur parce que tu dois réagir. Tu gères le truc et après tu relativises. Ce n’est pas du tout le même comportement".

Q: Comptez-vous encore faire du bateau longtemps ?

<p>Le skipper français Jean Galfione, à bord de son monocoque Class40 "Serenis Consulting", le 4 octobre 2014 au large de Concarneau, avant de prendre le départ de la Route du Rhum, le 2 novembre depuis Saint-Malo</p>

R: "Après la Route du Rhum (2022), je ne sais pas s'il y aura une suite. Ce n’est pas le sujet, j’y vais sans lendemain, sans calcul. Comme quand je préparais les Jeux quand j’étais athlète, j’étais incapable de prévoir l’avenir après l’échéance olympique, pour moi la vie s’arrêtait là. Je ne peux pas dire que je sais ce que sera exactement l’avenir. Parfois je me dis aussi que l’avenir c’est bien aussi de partir en voyage, se balader en bateau en famille avec un projet autre. Pourquoi pas".

Q: Vous n'avez pas de plan de carrière dans la voile ?

<p>Le skipper français Jean Galfione, à bord de son monocoque Class40 "Serenis Consulting", le 29 octobre 2018 à Saint-Malo, à six jours du départ de la Route du Rhum</p>

R: "Là j’ai un plan de carrière sur 4 ans. La suite n'est pas définie. A la fois c’est inquiétant et j’aime aussi l’idée d’avoir cette liberté un jour de remonter un truc à zéro. Mais j’aimerais bien aller jusqu’au bout de ce que j’ai entrepris dans mon domaine sportif du bateau. Ce qui aurait pu me décevoir à la perche, c'était de finir sur blessure, ce qui aurait pu être le cas. J’ai trois grandes fiertés: avoir été champion olympique, avoir fait 6 mètres et avoir arrêté ma carrière en étant presque dans les dix meilleurs au bilan mondial et finir aux Championnats du monde. Je me suis arrêté en paix grâce à ça. Et en bateau, j’ai envie d’aller jusqu'au bout d’un truc que j’ai entrepris et pas que ça se finisse en queue de poisson. C’est mon truc personnel à moi".

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