Inverser la tendance de l'inflation, une "priorité absolue" pour Joe Biden

Delphine TOUITOU
<p>Le président américain Joe Biden à la Maison Blanche à Washington le 6 novembre 2021</p>

Joe Biden a signalé mercredi que sa "priorité absolue" était d'"inverser la tendance de l'inflation", alors que les prix de la consommation ont encore accéléré en octobre aux Etats-Unis, atteignant même leur plus haut niveau en 30 ans sur une année.

Le président américain est arrivé mercredi dans la ville portuaire de Baltimore, à une heure de route de Washington, où il doit évoquer la manière dont son administration compte s'y prendre pour faire baisser les prix, résoudre le problème des pénuries ou encore remettre les Américains au travail.

"L'inflation fait mal au portefeuille des Américains", a reconnu l'hôte de la Maison Blanche dans un communiqué publié avant son départ.

Les fermetures ponctuelles d'usines liées au Covid, la congestion des ports provoquée par la pénurie de camionneurs combinée à une forte demande de produits importés ont considérablement augmenté ces derniers mois les coûts d'expédition des aliments, des meubles, des voitures, de l'énergie et d'une myriade d'autres produits.

Ces coûts, répercutés en partie sur les consommateurs, suscitent inquiétude et mécontentement, contribuant à dégrader la cote de confiance de Joe Biden, tombée à 43%, selon le site FiveThirtyEight, qui fait la synthèse de divers sondages.

En octobre, les prix ont augmenté de 6,2% comparé à octobre 2020, après 5,4% en septembre, selon l'indice CPI du département du travail.

C'est la plus forte hausse enregistrée depuis fin novembre 1990, a précisé mercredi le ministère dans un communiqué.

<p>Un rayon de supermarché à San Francisco, en Californie, le 4 octobre 2021</p>

Sur un mois, la hausse des prix s'est élevée à 0,9% le mois dernier contre 0,4% en septembre, bien plus que les attentes des analystes (+0,6%).

L'administration Biden de même que la Banque centrale américaine (Fed) martèlent depuis des mois que ces augmentations de prix sont "temporaires". Une opinion partagée par de nombreux économistes même si des voix s'élèvent pour évoquer une tension sur les prix qui pourrait durer jusqu'à la fin 2022.

- "Douleur économique" -

"La menace posée par une inflation record pour le peuple américain n'est pas +transitoire+ et s'aggrave au contraire", s'est insurgé mercredi le sénateur démocrate Joe Manchin sur Twitter.

"De l'épicerie à la pompe à essence, les Américains savent que l'inflation est réelle et (la capitale fédérale) DC ne peut plus ignorer la douleur économique que les Américains ressentent chaque jour", a poursuivi l'élu centriste de Virginie-Occidentale.

<p>Le sénateur démocrate Joe Manchin lors d'une conférence de presse au Capitole de Washington, le 1er novembre 2021</p>

Joe Manchin représente l'opposant principal dans le camp démocrate au second plan d'investissements gigantesque de Joe Biden, portant sur des mesures sociales et environnementales. Selon lui, ces dépenses, chiffrées à 1.750 milliards de dollars, contribueraient encore davantage à l'inflation, un argument partagé par les républicains.

Les républicains de la commission du commerce et de l'énergie de la Chambre des représentants ont estimé que les Etats-Unis faisaient face à une crise de "Bidenflation". "Dépenser des milliards de dollars supplémentaires en impôts et en dépenses ne fera qu'aggraver la crise à laquelle les Américains sont confrontés", ont-ils tweeté.

En octobre, aux Etats-Unis, la hausse s'est en effet généralisée à tous les secteurs même si elle est particulièrement marquée pour l'énergie, le logement, la nourriture et le secteur automobile, a souligné le ministère.

Joe Biden prononcera un discours devant le port de Baltimore pour défendre les mesures déjà prises par son équipe pour accélérer les livraisons de marchandises et remédier aux pénuries.

- Début de décongestion des ports ? -

Pour tenter de fluidifier le système, la Maison Blanche a poussé récemment pour l'ouverture du port de Los Angeles 24 heures sur 24 afin d'accélérer le débarquement des marchandises et diminuer la file d'attente des cargos attendant leur tour pour décharger.

Le conseiller économique du président, Brian Deese, a tweeté un graphique montrant qu'en une semaine entre les 1er et 8 novembre, le nombre de conteneurs séjournant sur les quais du port de Los Angeles et Long Beach depuis au moins neuf jours a chuté de plus de 20%. "C'est un signe précoce mais prometteur que chaque maillon de la chaîne travaille ensemble", selon un billet de blog de la Maison Blanche.

A l'approche de la période des fêtes et de son déluge de cadeaux, pour beaucoup importés, le gouvernement américain prévoit d'utiliser une partie du récent plan sur les infrastructures, que Joe Biden ratifiera lundi, pour décongestionner les ports.

<p>Des porte-conteneurs attendent leur entrée dans les ports de Los Angeles et de Long Beach à l'aube, le 15 octobre 2021</p>

Mercredi, le président ne manquera pas ainsi de vanter les mérites de ce gigantesque programme de modernisation des infrastructures d'un montant de 1.200 milliards de dollars adopté au forceps la semaine dernière par le Congrès.

L'enjeu, pour le président démocrate, est que celui-ci commence à produire des effets, au moins politiques, avant les élections législatives de mi-mandat, dans un an.

Ce scrutin, traditionnellement compliqué pour le pouvoir en place, pourrait bien coûter aux démocrates leur mince majorité parlementaire.

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